L’école Michel Gobin à Brazzaville

L’école Michel Gobin à Brazzaville

Ignace Pemba, Fils de la Charité de Brazzaville au Congo, nous partage l’histoire d’une école née d’un besoin crucial d’éducation pour les enfants d’un quartier coupé du reste de la ville. Ce n’est pas pour rien qu’elle a reçu le nom de Michel Gobin, un des tous premiers Fils sur cette terre congolaise

L’école est née après les successives guerres civiles, interethniques, politiques et militaires que le Congo a connues. La commune de Mfilou Ngamaba qui avait été le théâtre des affrontements n’avait plus d’eau, d’électricité, ni d’école. Elle était devenue un quartier fantôme coupé du reste de la ville. Les familles, appauvries par les affres de la guerre, étaient presque toutes incapables d’inscrire les enfants dans d’autres écoles de la ville. Les distances et la question du transport restaient pour eux un casse-tête. Les enfants qui erraient dans les quartiers à longueur de journées étaient perçus non seulement comme des enfants abandonnés, laissés pour compte, sans avenir et oubliés par l’état, mais inquiétaient les familles et constituaient un souci pour leurs parents. Comment les occuper et surtout les instruire, les scolariser ? La réflexion a fait germer l’idée de les regrouper pour les cours d’alphabétisation. Les locaux de la paroisse servaient de salles de classes. Les plus grands encadraient et enseignaient les plus jeunes. La complicité entre, d’une part les parents soulagés par cette esquisse de solution pour l’avenir de leurs enfants, et d’autre part l’équipe Fils, a abouti à la mise en route d’une équipe d’enseignants pour démarrer un cycle préscolaire, suivi du primaire. C’était la naissance de l’école Michel Gobin, nom du formateur des Fils de la charité au Congo, qui avait initié avec les jeunes religieux et d’autres jeunes du quartier des ateliers scolaires.

Un réseau d’entraide  pour mettre en route le projetEcole Michel Gobin

Pour mettre l’œuvre en route, il a fallu des hommes disponibles, de la concertation, une collecte d’argent et des aides venues d’un peu partout. Les paroissiens qui voyaient leurs enfants traîner s’étaient mobilisés autour du Père Gérard SIMON pour aider et soutenir ce qui semblait être la seule et unique alternative pour les enfants du quartier La volonté, le courage et la détermination de l’équipe de Fils a largement contribué à mettre en route le projet avec les autorisations nécessaires. Commencé par le bénévolat, il a fallu après songer aux salaires de ceux qui, désormais, se consacreraient à la cause de l’éducation des enfants du quartier, penser aussi à toutes les dépenses d’une école. Les parents bien qu’en majorité pauvres ont accepté de participer, dans la mesure de leurs moyens à ces dépenses. L’école a fait du chemin. Elle est partie de l’informel, un centre d’alphabétisation et d’encadrement, pour passer à une école formelle et reconnue. Depuis, le complexe compte parmi les écoles sérieuses de notre circonscription. Elle se développe et s’impose. Des étudiants y sont même envoyés pour les stages de formation au métier d’enseignant.

Une solidarité financière

Jusqu’ici l’œuvre, qui grandit et s’accroît d’année en année, a bénéficié et bénéficie toujours d’une aide financière et des encouragements des fidèles, des parents d’élèves et de l’institut des Fils de la Charité. Aujourd’hui l’école s’autofinance grâce aux frais de scolarité. Mais notre bonne volonté ne suffit pas. Si nous voulons pérenniser l’œuvre et la conserver dans sa spécificité, il nous faut garder, maintenir un élan de solidarité permanente. Surtout nous ne devons pas oublier que l’enseignement et la qualité de celui-ci restent pour le Congo Brazzaville un souci majeur. La circonscription manque énormément d’écoles publiques. Celles qui existent ont des classes qui, chacune, peuvent compter 150 à 200 élèves. Nos besoins sont énormes et nos défis nombreux. Nous comptons encore et toujours sur nos partenaires et bienfaiteurs pour améliorer les conditions de travail des élèves et des enseignants ainsi qu’accroître les capacités d’accueil. L’institut, à travers un réseau d’amis, d’associations et de bienfaiteurs, a créé une solidarité financière sans précédent pour payer la scolarité d’enfants de familles pauvres, la fabrication de tables, de bancs ou la construction d’une salle de classe. Nous nous en réjouissons mais les besoins d’une école qui grandit augmentent de jour en jour. Aujourd’hui, 1726 élèves, 89 agent, 34 classes : des gens pouvant aider à scolariser des enfants démunis et à entretenir les bâtiments et le mobilier du complexe scolaire, nous en cherchons toujours.

Aujourd’hui il se vit du beau grâce à cette initiative

Parmi ce qui se vit de beau grâce à cette initiative, un certain nombre de nouveautés ont attiré mon attention : la solidarité entre enseignants qui s’entraident à travers la Mutuelle créée et gérée par eux- même ; l’aide apporté aux familles des élèves pauvres et démunis ; les aveugles qui y sont scolarisés fascinent ; le suivi et l’accompagnement des enfants qui débouchent sur la connaissance des familles et parfois sur la conversion des parents ; la confiance dont nous bénéficions de la part des familles ; les liens qui se tissent et se créent à tous les niveaux ; les célébrations avec les enfants, les enseignants et les familles sont des moments forts de communion, de partage de la parole de Dieu avec des mots et des paroles d’enfants, d’adolescents et de jeunes. Les Fils de la Charité contribuent à former le congolais de demain en le mettant aussi à l’école de sa spiritualité.
Nous répondons au besoin de la population de ce grand quartier populaire et pauvre ; nous sommes, avec l’Eglise du Congo, acteurs de l’éducation et aidons ainsi le gouvernement qui peine à assumer sa charge.

Ecole Michel GobinUne relecture de foi aujourd’hui

L’œuvre socio-éducative dénommée Complexe Scolaire Catholique Michel Gobin est un des lieux d’Apostolat et d’évangélisation de l’équipe pastorale Fils de la charité. Elle nous met en lien avec des enfants et des jeunes à travers lesquels nous touchons les familles simples, pauvres et démunies. L’œuvre est un outil, un instrument au service de la pastorale de la famille, des enfants et des jeunes dont parle notre fondateur, le Père Jean-Emile Anizan :

« L’œuvre à réaliser à l’heure actuelle dans nos paroisses ouvrières (mais aussi celles des quartiers populaires) est extrêmement complexe… L’un de nos principaux buts doit-être de former des familles chrétiennes… Le zèle nous inspire de chercher les occasions de contact avec les âmes éloignées de Dieu » (Circulaire Notre Apostolat 1923).

Les occasions de contacts avec les familles éloignées de Dieu et de l’Eglise, l’œuvre nous en donne comme Pasteurs et Apôtres. Le dialogue entre nous est permanent et toute l’équipe y travaille. A travers l’œuvre, dans laquelle nous sommes impliqués d’une manière ou d’une autre et à des degrés différents, nous découvrons et faisons l’expérience Africaine de ce que le Père Anizan appelle Paroisse et Œuvre. L’œuvre est une chance pour des Religieux et Prêtres que nous sommes de contribuer à la formation de l’homme congolais de demain en le mettant à l’école de notre spiritualité. Et cela correspond au souhait de l’archevêque de Brazzaville, qui est visiblement heureux de voir les congrégations véhiculer leur spiritualité dans les écoles dont elles ont la charge. C’est à ce titre que j’y travaille comme coordonnateur et aumônier, Patrice et Simon comme professeurs d’instruction civique et de culture religieuse.
Notre présence au travail, à l’école est un témoignage, un signe pour les élèves, nos collaborateurs et les habitants de Mfilou Ngamaba.

Ignace Pemba fc

Extrait de Chantiers n°180 – décembre 2013 – “L’argent pour quoi?”

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Voir la vidéo interview d’Ignace Pemba sur l’école en février 2015 :

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