Adieu ma Russie : Nicolas Werth, un historien face à la Russie de Poutine

30 Sep 2026 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : Les Belles Lettres

Adieu ma Russie : Nicolas Werth, un historien face à la Russie de Poutine

Dans “Adieu ma Russie” l’historien Nicolas Werth entremêle son histoire familiale à celle de l’URSS. Un livre testament publié aux Belles Lettres sur une Russie aimée puis perdue.

Une société qui perd la mémoire

“Il existe une maladie grave, la perte de la mémoire. Elle condamne l’individu à la perte des facultés humaines les plus précieuses : le sentiment de continuité, la connexion personnelle avec son propre passé. Que se passe-t-il si une telle maladie s’empare de la société dans son ensemble ?”

Poutine a pris le temps de réécrire l’histoire et de l’imposer. Il s’agit pour lui de légitimer la première guerre du 21ème siècle sur le continent européen.

Nicolas Werth, historien de l’URSS

Nicolas Werth est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur l’histoire de l’URSS; et président de la branche française de l’association Mémorial-International interdite aujourd’hui en Russie. Dans ce livre en forme de testament, l’historien entremêle, avec émotion parfois, son histoire familiale à celle du pays auquel son père et lui ont consacré leur vie. Ils ont cherché à comprendre une Russie toujours déroutante.

Alexander Werth, le père : de Saint-Pétersbourg à 1968

Le père, Alexander, né à Saint-Pétersbourg, journaliste reconnu et respecté, correspondant à Moscou pour la presse britannique pendant la seconde guerre mondiale, auteur de La Russie en guerre notamment, n’avait pas anticipé l’invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968. Après une forte dépression, il s’est donné la mort six mois plus tard, laissant un fils de 18 ans.

Nicolas Werth et la Russie : plus de vingt ans sur place

Ce fils, Nicolas, a voulu comprendre à son tour cette Russie qui avait à ses yeux plus d’importance que lui. Elevé dans la langue et la culture russe, il passera plus de vingt ans en Russie, jusqu’à son expulsion en 2018. Dans ce livre, il parle de ses nombreux amis moscovites, tentés par la dissidence sans pour autant rompre avec le régime. Il évoque aussi ce peuple bariolé qu’il va rencontrer dans de lointaines provinces, peuple qui garde son quant à soi, loin des simplismes militants. Comme son père avant lui, il s’est attaché à ces hommes et ces femmes pris dans les tourbillons de l’histoire.

Les archives soviétiques et la violence du pouvoir

Au point peut-être d’en oublier la violence qui se trouve au cœur de l’exercice du pouvoir en URSS ? L’auteur de ce livre a publié une Histoire de l’Union soviétique : de l’Empire russe à la Communauté des États indépendants (1900-1991), livre qui fut traduit en russe et devint même pour quelque temps le manuel recommandé dans les universités de Russie. Dès le début des années 90, malgré quelques difficultés à la soviétique, il s’est plongé dans des archives de l’Etat soviétique, pour faire le portrait de Félix Dzerjinski, qui a dirigé la Tcheka, cette première police politique chargée de réprimer les opposants au régime. Les archives le concernant se sont fermées assez rapidement et avec elles l’espoir de cette biographie.

Des historiens ont pu consulter d’autres archives, par exemple celles du Komintern, concernant le Parti communiste français, lues en plus grande distance de leurs sujets ; il y eut des débats.

Défendre la Russie, défendre son père

Aujourd’hui Nicolas Werth reconnaît qu’en défendant la Russie, il défendait aussi son père, militant antifasciste dans sa jeunesse. Que l’on ose comparer le régime communiste russe au nazisme était pour lui impensable. Comme son père en 1968, jusqu’au dernier jour, et malgré les avertissements de ses amis du Mémorial, il n’imaginait pas que la Russie de Poutine puisse envahir l’Ukraine en février 2022. Le père et le fils sont devenus orphelins de cette Russie qu’ils aimaient.

Guerre en Ukraine : ce que veut Poutine selon Nicolas Werth

Aujourd’hui, il dit avec force que ce qui est en cause dans cette agression préparée depuis longtemps contre l’Ukraine, ce que veut Poutine, ce n’est pas quelques hectares de terre mais l’anéantissement de ce pays au nom d’un passé impérial, d’une Russie héroïque toujours. À l’inverse, dit-il, cette guerre permet à l’Ukraine de devenir définitivement une nation.

Gérard Marle fc

Fiche pratique du livre

  • WERTH, Nicolas. Adieu ma Russie. Les Belles Lettres, 2026. 398 pages.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les oreilles de l’évêque, à propos des diacres

Les oreilles de l’évêque d’Étienne Grieu : qui sont les diacres, au service de la liturgie et des plus pauvres ? Coup de cœur.

Hommage au père Eric Récopé fc (19/03/1945–16/10/2026)

Le père Eric Récopé de Tilly Blaru fc est décédé à Paris dans la nuit du 15 au 16 octobre 2026 à l’age de 81 ans.

Prendre le positif de la vie, même dans les galères

Marie-Juliette raconte son père prisonnier de guerre, son enfance de gauchère contrariée et comment prendre le positif de la vie face aux épreuves.

Vieillir dans la foi : chaque jour mène à Dieu

Vieillir dans la foi, entre isolement et dépouillement : Bernard invite à faire de chaque jour un chemin vers Dieu, à l’exemple de Nazareth.

Accompagner des souffrances par Françoise Niessen

Accompagner des souffrances : Françoise Niessen éclaire la souffrance, la fin de vie et l’art d’accompagner.

Saint Carlo Acutis à Romariz : une statue et une relique pour la jeunesse

Le 4 octobre 2026, la paroisse de Romariz a accueilli la statue et une relique de saint Carlo Acutis. Flávio Alvés fc nous explique pourquoi.

Ouverture d’une Annexe paroissiale à Vindoulou-Obambi en République du Congo

L’Annexe paroissiale Sainte Faustine ouvre le dimanche 25 octobre 2026 à Vindoulou-Obambi en République du Congo, lors d’une messe à 8 heures.

Bogotá : le Festival Anizan fait vivre le charisme au cœur d’un quartier populaire

A Bogotá, le Festival Anizan rassemble jeunes et habitants autour de la figure du père Anizan, de la foi, du service et de la fraternité.

Un siècle plus tard, le pèlerinage des Auxiliatrices de la Charité refait le chemin des origines

Les Auxiliatrices de la Charité ont fait un pélerinage en trois étapes pour revivre les origines de la congrégation, cent ans après sa fondation.

Veillée du pape Léon au Stade de France : témoignage de Margaux

Margaux témoigne de la veillée du pape Léon XIV au Stade de France : 80 000 jeunes, chants, procession des saints et message fort.

Share This