La Ballerine de Kiev par Stéphanie Perez

18 Mai 2026 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Jacques Baudet fc
Crédit photos : Editions Récamier

La Ballerine de Kiev par Stéphanie Perez

Un prologue qui annonce le basculement

Kiev, 23 février 2022. Le prologue donne toute la tonalité du livre : « C’est la dernière fois que nous dansons ensemble. Mais nous ne le savons pas. »

Comme toute l’Ukraine, aux premiers jours du conflit, les danseurs du ballet de l’Opéra de Kiev sont happés par la guerre. Dmytro, danseur étoile, s’engage dans l’armée sans hésiter. Svitlana, sa femme également étoile, devient secouriste. Yaroslav, musicien, se raccroche à son violon pour ne pas sombrer.

Eux qui menaient une existence centrée sur leur corps et leur art découvrent la solidarité, la résistance, mais aussi la peur et la mort. La guerre bouleverse les certitudes et pousse à faire des choix impossibles.

Quand l’art rencontre la barbarie

Remonteront-ils sur scène un jour ? Danser a-t-il encore du sens face à la barbarie ? L’art est-il un moyen de résister et de se reconstruire ? Une chose est sûre : Svitlana ne dansera plus jamais comme avant.

« Le ballet coule dans nos veines »

« D’où vient l’alchimie dans un couple de danseurs ? Je me pose souvent la question, lorsque nos corps, rivés l’un à l’autre, ne font plus qu’un, pour un pas de deux à l’étoffe des songes. Le ballet coule dans nos veines. La musique de Tchaïkowski est notre alphabet intime. Ses yeux ne me lâchent pas, nous sortons de nos corps, défions les lois de la pesanteur. Nos âmes se rencontrent en lévitation comme une évidence. Ses mains m’auscultent, me sculptent. Son visage est une caresse. Nous sommes au-delà de la danse, de l’interprétation, c’est peut-être ça, la grâce.

Sous le dôme de l’Opéra, le public nous ovationne. La salle vibre. C’est pour ce tremblement que nous cherchons à nous dépasser, pour atteindre l’universel.

Un rappel. Chaque soir le miracle se produit. Notre couple aimante les regards. L’avenir est à nous. La foule nous enveloppe, nous happe, nous transcende. Cet homme est toute ma vie. La danse est toute ma vie. Ils ne font qu’un. Là-haut, rien ne peut nous arriver, nous sommes indestructibles. C’est la dernière fois que nous dansons ensemble. Mais je ne le sais pas encore. »

Les premières heures de la guerre

Quand ils sortent de l’opéra, les nouvelles ne sont pas bonnes.

Les téléphones frémissent de rumeurs. Les premiers obus russes tordent le ciel à l’aube. À 5h07, précisément. D’abord, juste le noir, et le fracas. Le son sourd des impacts, au loin, par-delà les immeubles de leur bloc.

Ainsi c’est cela la guerre, ce grondement terrifiant surgi d’un ailleurs invisible. Les vitres de leur salon volent en éclats. Ce n’était pas du bluff. Il faut descendre à la cave, vite. De la fumée s’élève des voitures en feu. On ne peut pas rester ici.

Sveta suis-moi. Il faut que tu tiennes le coup.

Dmytro éteint les lumières, suivant les recommandations des autorités, et Svitlana le suit mécaniquement vers l’abri du vieil immeuble. Elle ne voit pas les dizaines de voisins qui descendent les escaliers, troupeau désordonné et affolé.

« Je vais m’engager dans la défense territoriale »

Dmytro ne cherche pas à la ménager. Dans un murmure, il lui souffle la décision qui s’impose à lui.

Je vais m’engager dans la défense territoriale.

La mairie a lancé un appel sur Telegram. Je ne peux pas rester ici les bras croisés en attendant que ça passe. Et je ne vais pas fuir comme un lâche.

Le coeur de la ballerine se fige…

Si on n’y va pas, si on ne se bat pas, les chars russes seront chez nous. Il n’y aura plus de chez nous.

Une écriture bouleversante sur l’Ukraine

Dans une écriture bouleversante nous suivons ce que vit chacun et son entourage, sa famille, les morts, les estropiés, les trahisons de proches, d’amis.

Après cette lecture nous ne pourrons oublier ce qui se passe en Ukraine actuellement.

Un livre à lire.

Jacques Baudet fc

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