“Nous sommes invités à construire des ponts et pas des murs”

Amaury Picard

Paroles de jeunes : Amaury est engagé notamment à Sant’Egidio

Amaury Picard, 19 ans est en première année au Cours Florent (théâtre) et membre de la communauté de Sant’Egidio. Il habite à Charenton-le-Pont dans le Val-de-Marne. Interview de la revue chantiers.

Comment t’es venu le désir d’entrer au cours Florent, cette école de théâtre ?

C’est l’envie de faire du théâtre et d’en faire mon  métier. Je ne veux pas seulement interpréter des  rôles mais aussi créer, renouveler et transmettre  des messages.

Toutes les pièces de théâtre peuvent  créer un rapport avec ce qui se passe dans notre  société. Le Misanthrope de Molière traite des mondanités. J’aime jouer Alceste qui critique les faux  semblants, la superficialité. Et il y a beaucoup de  superficialité dans notre société aujourd’hui concernant les relations entre les personnes.

Le théâtre a un  rôle à jouer dans notre société : changer les regards,  construire du lien, vivre la tolérance. Avec le théâtre,  on peut dire beaucoup de choses et chaque artiste  doit oser défendre des idées qui lui tiennent à cœur.

Je veux défendre le fait que la paix est possible, pour  ne pas s’habituer à la banalité de la violence.


Extrait de Chantiers n°205 – mars 2020

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Couverture de la revue chantiers de mars 2020 sur
Sommaire de la revue chantiers de mars 2020 sur

À quel moment as-tu eu envie de faire du théâtre ?

Cela remonte au milieu de mes années de collège. Ma mère m’a inscrit au théâtre. Je voulais être doubleur de voix.

Depuis tout petit, je faisais des sketches, je chantais des chansons en anglais. Quand on est devant les autres et quand on va vers les autres, on crée une relation.

Nous sommes une vingtaine en première année, chacun avec une histoire différente, et parfois avec des parcours bien difficiles.

Grâce au théâtre, un ami s’en sort et pourtant il vient de loin. Nous pouvons confronter nos idées. Vraiment, le théâtre permet de briser des barrières. Je postule aussi pour des castings, ou pour faire de la figuration dans des films.

Un de tes derniers films qui serait ton coup de cœur ?

Première année. Des journées de cours et des révisions la nuit dans un environnement de compétition, deux étudiants vont devoir se battre pour trouver un équilibre entre les épreuves et ce à quoi ils aspirent. C’est un super film et avec un de mes acteurs préférés William Lebghil.

Il y aussi Les Misérables réalisé par Ladj Ly, une bonne traduction de ce qui se vit aujourd’hui dans les cités marginalisées. J’aime les films qui “prennent aux tripes”.

Tu vis un autre engagement fort au sein de la Communauté de Sant’Egidio. Tes parents eux-mêmes sont en responsabilité au sein de la Communauté de Sant’Egidio.

Ma mère est responsable de la communication Sant’Egidio en France et du mouvement des Jeunes pour la paix à Paris.

Mon père est vice-président de la communauté de Sant’Egidio, et il est responsable d’un groupe de personnes âgées accompagné par la Communauté de Sant ‘Egidio.

Tu as donc baigné, depuis longtemps, dans cette ambiance Sant’Egidio ?

La communauté Sant’Egidio toute entière m’a appris et pas seulement mes parents. Avec Ludovic, à 11 ans, j’ai découvert les Jeunes pour la paix. J’ai commencé à aller vers les autres et particulièrement les personnes âgées, ce qui n’est pas si simple. Mais aujourd’hui j’ai 54 grand-mères !

Mon engagement, c’est du temps consacré à la paix. De nombreux amis disent que c’est utopique, mais chacun peut la construire à sa manière. Bien sûr, cela demande du temps, la paix est en chacun de nous et ce n’est pas une histoire de Bisounours.

Sant’ Egidio s’organise autour des trois P : Prière, Pauvre, Paix. Nous sommes invités à construire des ponts et non pas des murs, construire un vivre-ensemble, une vraie amitié. Dans notre société, combien de personnes âgées sont mises de côté, des pauvres qui ne servent à rien, et pourtant chacune et chacun devraient avoir une place.

Microphone par Gerd Altmann de Pixabay

Comment gères-tu ton emploi du temps entre le cours Florent et ton engagement prenant avec la Communauté de Sant’Egidio ?

C’est une manière de s’organiser et de gérer son temps. Le mercredi soir, avec le service des Jeunes étudiants pour la paix, nous préparons des sandwichs que nous allons ensuite distribuer dans le quartier aux gens de la rue.

Le samedi, avec des plus jeunes du mouvement de la paix, nous allons visiter des personnes âgées. Tout cela peut sembler beaucoup mais je vis aussi ma vie de jeune avec des potes.

Le dimanche, à l’eucharistie de 11h30, j’anime les chants. C’est un moment important qui fait du bien. Se poser parce que la semaine a été longue. Vient ensuite le repas avec les sans-abri. Il y a des moments extraordinaires comme lorsque cet ami sans-abri a préparé un super tajine, sucré-salé, une vraie “tuerie”.

Le rassemblement de Cracovie- AP

Il y a aussi des événements, des actions menées par la Communauté de Sant’Egidio auxquels tu participes ?

Les couloirs humanitaires

Il y a une initiative de Sant’ Egidio, en collaboration avec d’autres associations : les Couloirs Humanitaires. Des réfugiés de Syrie, d’Irak qui sont dans des camps au Liban, rejoignent la France par avion. Nous les accueillons à Roissy-Charles-de-Gaulle puis des familles de différents coins de France prennent le relais. Des jeunes arrivent aussi par les couloirs humanitaires. Je pense à Carla. Quitter son pays a été une épreuve, mais aujourd’hui, vivre en France, poursuivre ses études et être aux Jeunes pour la paix est une seconde chance pour elle. En plus, elle a une voix magnifique !

Le repas de Noël

Un autre événement que j’aime beaucoup c’est le repas de Noël le 25 décembre. Habituellement, c’est dans une église. Mais cette année, nous avons accueilli 170 personnes dans la salle des fêtes de la mairie du Vème arrondissement de Paris. Ce repas se vit dans toutes les communautés du monde où sont implantées les communautés de Sant ‘Egidio. Jésus est né dans la précarité. Des réfugiés, des sans-abri vivent et connaissent cette précarité. Ce repas de Noël est une manière de mieux comprendre le monde dans lequel on vit et d’y répondre. Cette année, Mika, un sans-abri n’avait pas vécu de Noël depuis 8 ans. Il est venu s’asseoir à la table de la fraternité.

“Le bonheur est un pain qui se partage” dit Andrea Riccardi, le fondateur de Sant’Egidio.

La canicule des sentiments

Aussi, suite à la canicule et aux milliers de personnes décédées en août 2003, nous organisons l’été de la solidarité, un temps de vacances où l’on est ensemble, jeunes et aînées, que nous appelons aussi “la canicule des sentiments”.

Rencontre internationale des Jeunes pour la paix

Et puis, il y a la Rencontre internationale des Jeunes pour la paix. L’été dernier, nous étions à Cracovie et nous avons visité le camp de concentration d’Auschwitz. Un grand moment intense qui m’a beaucoup marqué, questionné. 1000 jeunes ont participé à cette rencontre qui permet de garder des liens entre nous, de réfléchir à l’engagement des jeunes pour la paix en Europe. Durant ces trois jours de rencontres, on fait aussi la fête avec des chants des jeunes pour la paix. Ainsi, il y a toujours un thème avec l’histoire de la ville dans laquelle on se rencontre ou avec un événement récent. A Barcelone en Espagne, nous avons fait une marche de la paix non prévue, c’était juste après les attentats.

Vraiment ta vie est super remplie !

Oui remplie mais pas aboutie. Il y a toujours à accueillir et à remplir. J’ai encore beaucoup à apprendre dans l’écoute. Mais je suis très heureux de construire et de vivre ainsi ma vie.

Propos recueillis par Pierre Tritz fc

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