Le visage du Père Anizan entre les lignes
À travers des lettres longtemps conservées dans une malle, c’est tout un visage du Père Jean-Émile Anizan qui ressurgit peu à peu. Christelle Simonetti raconte son patient travail de retranscription de cette correspondance reçue par le fondateur des Fils de la Charité dans le Bulletin de la Fraternité Anizan de mars 2026.
Au fil des mots, des écritures et des confidences, apparaît un homme sensible, exigeant, profondément attaché à ses proches et marqué par son époque.
Lettres et découvertes
Depuis le 19 décembre 2024, je retranscris le courrier passif du Père Anizan, c’est-à-dire toutes les lettres reçues par ce dernier et qu’il avait précieusement conservées dans une malle. Ce détail peut déjà nous faire pressentir l’intérêt porté à chacune d’entre elles par le Père Anizan et le temps qu’il a dû consacrer, malgré son emploi du temps chargé, à y répondre avec soin.
À travers chaque missive, un visage, une écriture propre, une manière de s’exprimer, un bout d’existence humaine partagée, et quelle existence, chacune unique et si intime… Cela peut nous paraître désuet aujourd’hui et pourtant quel trésor, quelle richesse… Chaque lettre ouverte est une nouvelle aventure, souvent remplie d’émotion : toucher le papier, découvrir une nouvelle écriture pas toujours facile à déchiffrer, il me faut un temps d’adaptation et souvent beaucoup de patience et de persévérance.
Une méthode de travail au fil des découvertes
J’ai dû changer plusieurs fois ma méthode de travail jusqu’à trouver la plus adaptée. Chaque mot, chaque correspondance amènent à percevoir les tempéraments de chacun et le contexte historique d’une époque. Je me laisse guider sur des chemins et des découvertes souvent inattendus dans le souci de nouvelles rencontres, et de la transmission de la mémoire qui rejaillit et essaime bien au-delà de ce que j’aurai pu imaginer.
Le tempérament de Jean-Émile Anizan révélé par les lettres
Paroles confiées, trace du temps qui nous révèlent le tempérament de Jean-Emile Anizan : en 1866, son papa s’inquiète de la très grande timidité de son fils. D’autres traits de caractère apparaissent : l’humilité, la bonté, la rectitude, la douceur, l’obéissance, la fidélité, la mélancolie et une grande sensibilité, une certaine féminité se dégage ; nous sommes bien loin du visage parfois austère du Père Anizan.
Mais il apparaît aussi très exigeant envers ses amis et ses sœurs lorsque les réponses à ses lettres tardent trop (tous les 2 à 3 jours avec sa famille).
Un “chef de famille” très tôt reconnu
On notera également le rôle endossé très tôt de “chef de famille”, sa parole compte, son influence également. De même auprès de ses amis, son amitié est importante. Malgré le contexte difficile de cette période de l’histoire et l’éloignement géographique, le courrier reste dense.
On perçoit déjà un être hyper actif qui se plaint de s’ennuyer pendant ses vacances à Artenay. La première lettre date de 1866, Jean-Emile Anizan se trouve alors au petit séminaire de Ste Croix à Orléans, non pas qu’il aurait éventuellement la vocation pour devenir prêtre mais tout simplement parce que ses parents ont décidé de lui faire faire ses études dans ce lieu en vue d’une bonne éducation.
Une mémoire transmise entre les lignes
Une correspondance en héritage qui nous fera découvrir en filigrane le visage du Père Anizan entre les lignes.
Christelle Simonetti, Fraternité Anizan

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