Pentecôte 2026 sur le chemin du père Anizan à Verdun
La 4ème Saison été Anizan, le 20ème anniversaire du chemin du père Anizan inauguré le 30 avril 2006 à Damloup, près de Verdun et le 55ème groupe que j’accompagne se sont achevés le lundi 25 mai 2026.
À l’occasion de la Pentecôte 2026, un petit groupe de la Famille Spirituelle Anizan a parcouru le chemin du père Anizan dans les paysages marqués par la bataille de Verdun. Entre mémoire, prière et fraternité, cette 4e Saison Anizan a pris une résonance particulière : le 20e anniversaire d’un itinéraire spirituel inauguré en 2006.
Une Pentecôte célébrée dans les ruines d’Ornes
Un groupe composé de sept personnes, deux Fils de la Charité, une sœur Auxiliatrice de la Charité et quatre membres des équipes de la Fraternité Anizan a quitté Issy-les-Moulineaux le samedi matin 23 mai.
Après un pique-nique sous un préau de la mairie de Damloup, accompagnés par le vol et les chants des hirondelles, nous prenons la direction de Bezonvaux, un des neuf villages détruits pendant la guerre et jamais reconstruits. L’entrée du village est interdite à cause de chutes d’arbres et de branches atteints par une maladie.
Nous souhaitions marcher et rejoindre un autre village détruit, Ornes, par des sentiers forestiers. Cette interdiction nous oblige à modifier notre programme. Nous rejoignons en voiture Ornes.
Des panneaux explicatifs, avec textes et photos, nous racontent la vie des habitants de ce village lorrain connu du père Anizan. Nous marchons dans la rue principale, de chaque côté des forêts, quelques bornes indiquant telle ferme, ou la mairie, le presbytère.
Une grande stèle avec le nom du village se trouve en face des ruines de l’église. Nous entrons en silence dans cet espace à ciel ouvert.
Nous célébrons l’eucharistie de la Pentecôte. Un chant à l’Esprit Saint, la lecture des Actes des Apôtres, l’Évangile de Jean nous plongent dans cette fête.
En guise d’homélie, j’avais écrit sur sept papiers différents un des sept dons de l’Esprit avec un court commentaire sur chaque don. Les sept papiers bien pliés dans mes mains, Ghislaine, Christelle, Marie-Hélène, Marie No, Martine, Jean-Jacques vont en choisir un, il me restera le dernier.
La première, Martine, prend un papier avec un don et le lit à tout le groupe. Suit Christelle et les autres. Nous allons de surprise en surprise. Chaque don choisi dit quelque chose de nous.
« Mais c’est incroyable, c’est exactement ce que je suis en train de vivre. »
Sagesse, intelligence, force, science, conseil, piété et crainte sont partagés. Nous sommes sept, il y a sept dons, le compte est bon. Nous sommes stupéfaits et interpellés par ce qui vient de se vivre.
Notre Pentecôte à nous, dans cette église où tant de fêtes de Pentecôte ont été célébrées dans les siècles passés. Sans aucun doute, c’est la première fête de la Pentecôte célébrée dans cette église en ruines depuis 110 ans.
Sur un morceau d’une colonne écroulée est posé le drapeau de la paix avec le pain et le vin. Notre eucharistie se poursuit. Le geste de la paix que le Christ nous donne revêt une densité inhabituelle. Après la communion, un silence habite notre cœur.
La bénédiction, un chant à Marie, et nous quittons les ruines avec ce don que nous sommes invités à vivre tout au long des mois à venir.
De Fleury à Douaumont, la mémoire des blessures de la guerre
Un arrêt dans le village détruit de Fleury que le père Anizan a visité de nombreuses fois. Nous marchons dans la rue principale, la rue Saint-Nicolas.
Des petites stèles nous disent la vie dans ce village agricole. Une chapelle à la place de l’ancienne église est dédiée à Notre-Dame de l’Europe.
Un arrêt à l’Ossuaire de Douaumont, la vision des ossements entassés de 130 000 soldats inconnus, les 15 000 croix dans l’immense cimetière nous redisent la folie de la guerre, mais aussi celle de toutes les guerres d’aujourd’hui.
Nous quittons les champs de bataille pour rejoindre la maison diocésaine de Benoîte-Vaux. Un bel espace marial de calme et de verdure pour notre dîner et notre hébergement.
L’accueil est toujours bien chaleureux. Il est vrai que les Fils de la Charité sont bien connus puisque nous y venons depuis très longtemps.
Sur les pas du père Anizan, de Damloup à la ferme de Dicourt
Le dimanche 24 mai sera la journée sur les pas du père Anizan.
Nous revenons déposer nos voitures dans le village de Damloup. En 1914, lorsque le père Anizan y arrive en août, le village comptait 323 habitants.
Le pique-nique dans notre sac à dos, notre gourde bien remplie, nous commençons notre marche.
Le livret du chemin du père Anizan rédigé le 21 février 2006, avec l’itinéraire fléché et des textes du père Anizan, va nous accompagner tout le long du chemin.
Une prière au cimetière de Damloup
Une nouveauté qui sera une première ce 24 mai 2026 : un arrêt dans le cimetière de Damloup où se situait l’église au temps du père Anizan.
J’avais repéré dans ce cimetière la tombe de la famille Loevenbruck, cette famille qui habitait la ferme de Dicourt, dans laquelle se rendait régulièrement le père Anizan.
Sur le devant de la pierre tombale est écrit : « Une prière ».
Nous disons ensemble le Notre Père en pensant à toute cette famille qui a accueilli le père Anizan.
Une terre blessée devenue symbole de résilience
Sur le chemin, comme d’habitude, nous ramassons des morceaux d’obus et des petites boules de plomb qui remplissaient des obus appelés Shrapnel du nom de leur inventeur.
De chaque côté du chemin, des champs semés vont laisser les blés, les maïs et le lin croître et grandir.
Un beau symbole : cette terre tellement blessée, abîmée par des tonnes d’obus, a pris le dessus, comme une forme de résilience.
À un endroit sur le chemin, nous apercevons le village de Damloup. C’est ici que nous lisons le texte écrit par le père Anizan le 1er décembre 1914 à Alexandre Josse fc :
« Je me suis offert à Dieu pour être un vrai fils de la Charité “Deus Caritas est”. Mais j’ai soif d’être cela vraiment et dans toute l’étendue du mot. »
Dans une des nuits les plus terribles de l’humanité, celle du désamour et de la haine, le père Anizan écrit ces mots prophétiques. C’est la première fois que ce titre de fils de la Charité jaillit de son cœur et qu’on le trouve écrit de sa propre main.
Entre mémoire, silence et fraternité
Nous poursuivons le chemin à travers la forêt, avec des tranchées de chaque côté et des trous d’obus.
Nous ne pouvons pas nous arrêter au fort de Vaux en travaux, un fort que le père Anizan a visité de nombreuses fois.
Direction ensuite le fort de la Laufée, où le père Anizan venait rendre visite aux soldats. Plus aucune possibilité d’entrer dans cet ouvrage militaire abandonné.
Je raconte les nombreuses célébrations vécues dans la première salle de l’ouvrage dans les années passées. Des moments inoubliables. L’eucharistie célébrée dans une obscurité totale, seulement éclairée par quelques lumignons.
Nous reprenons notre marche jusqu’à cet espace de la forêt qui ouvre notre regard sur l’horizon de ce paysage magnifique où se situait la ferme de Dicourt.
Un lieu magique que j’aime personnellement beaucoup.
C’est ici que m’attend une belle surprise. Christelle, sachant que j’aime cet endroit, me remet au nom du groupe un cadeau signé par chacune et chacun, me rappelant ce 20e anniversaire du chemin du père Anizan.
Je suis rempli d’émotion en lisant les écritures des uns et des autres.
Une Saison Anizan qui s’achève
Nous poursuivons le chemin forestier pour rejoindre le village de Damloup.
Direction les quais de Meuse à Verdun pour une boisson rafraîchissante, en regardant les péniches et les petits bateaux de plaisance.
Des bulles en commençant notre dîner pour « arroser » toujours l’anniversaire. Une bonne nuit récupératrice dans cette ancienne abbaye de Benoîte-Vaux pour reprendre la route du retour lundi matin.
Notre voyage se termine à Issy-les-Moulineaux autour d’une excellente paëlla préparée par Francisco Ortiz fc.
La 4e saison Anizan, saison été, est terminée.
En rédigeant cet article, j’apprends la nouvelle de la mort, le samedi 30 mai 2026, de ce grand Monsieur Edgar Morin, sociologue et philosophe. Lorsque m’est venue l’idée de mettre en place les quatre saisons Anizan — Artenay, Charonne, Verdun, Clichy — j’avais en tête une de ses phrases que j’aime souvent citer :
« La vraie nouveauté naît toujours dans le retour aux sources. »
Tellement juste et vrai.
Pierre Tritz fc

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