C’était pas gagné ! par Marwan Mohammed

13 Avr 2026 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : Editions du Seuil

C’était pas gagné ! par Marwan Mohammed

Dans “C’était pas gagné !” Marwan Mohammed déconstruit le mythe du mérite individuel et raconte un parcours improbable, porté par les autres, révélant les déterminismes sociaux et la force collective derrière chaque réussite dans une société française traversée d’inégalités persistantes fortes.

Du déterminisme à la réussite collective

ll y a cette petite musique de fond, souvent entendue : « J’ai beaucoup travaillé, je ne dois rien à personne ». C’est dire l’empreinte sur nous tous de ce discours vantant la méritocratie et l’individualisme. Au quand on veut, on peut, Marwan Mohammed préfère le quand on peut, on veut. Ce livre raconte avec la finesse d’analyse et la lucidité du sociologue qu’il est comment, n’ayant pas eu le brevet des collèges, ayant échoué à son BEP, il a fini par être recruté au CNRS et devenir un spécialiste reconnu de la délinquance et des bandes de jeunes.

Réussir ensemble contre les déterminismes

« Mon histoire personnelle est une histoire collective. Une remontada se fait en équipe. Et je saisis l’occasion de cette mise par écrit pour rendre hommage à celles et ceux qui m’ont poussé, porté et soutenu. Ils sont nombreux à m’avoir fait la courte échelle et pourraient réclamer des droits d’auteur pour certains chapitres de ma vie. » Histoire française, marocaine et yéménite, histoire coloniale et postcoloniale, populaire et universitaire, histoire comme il en est tant de semblables, qui peut ouvrir des yeux sur ce qui est invisible.

La famille et la foi au cœur de l’engagement

Au cœur de tout, il y a les « miens » comme il dit, et particulièrement la maman. Celle qui n’a jamais désespéré les jours d’embrouille dans la cité, lors des séquences de « violence qui n’a pas besoin d’être recherchée pour advenir » ; Iorsqu’il doutait de lui, elle était là, elle « croyait » et lui en souligne l’importance :

« Si je fonde une association laïque d’éducation populaire, c’est parce que je n’ai jamais conçu d’autres formes d’engagement que celles qui s’adressent à tout le monde et servent les intérêts des classes populaires et de ma banlieue. Le lien avec ma religiosité n’est pourtant pas absent, j’insiste : il y a une continuité entre l’éthique religieuse, la culture, l’éducation familiale et le fait de manifester un intérêt pour les autres, en particulier les plus fragiles, à l’image des nombreuses initiatives et des diverses organisations qui naissent de la philanthropie ou du mécénat religieux.  Les religions n’ont pas le monopole de la solidarité, c’est un fait, mais ce qu’il y a de religieux dans des engagements personnels, publics et des solidarités ne doit pas être invisibilisé non plus. Nous sommes nombreux à nous engager par solidarité territoriale ou de classe, mais aussi parce que nous sommes musulmans, catholiques, protestants, etc. Comme tout le monde, je suis un mélange et un empilement complexe d’influences, et ma religiosité n’est ni tout ni rien, elle est là.»

Marwan MOHAMMED

C’était pas gagné ! Seuil, 2026

Cette approche est précieuse et peu fréquente. Et nullement étrangère à son travail de sociologue.

Marwan Mohammed montre l’importance des solidarités et institutions sociales

Il fut soutenu par un nombre incalculable de personnes tellement diverses. Mais aussi par des institutions. « Si j’ai pu sortir de ma torpeur d’adolescent en échec, c’est parce qu’il y avait des dispositifs, des politiques et des aides publics qui m’ont permis de rester à flot lorsque le budget familial tanguait. » Il n’oublie pas l’Éducation nationale, il insiste plutôt sur le rôle qu’a joué la Caisse nationale des allocations familiales. « Cette institution de l’État providence, née d’initiatives locales, et indissociable de la Sécurité sociale et des conquêtes ouvrières, a bordé mon parcours. » Voilà pour ceux et celles qui se demandent à quoi servent les associations dans les banlieues. Il a des pages passionnantes sur ceux qui fréquentent ou animent ces espaces sociaux.

Le football, école du collectif

Un mot tout de même sur ce football qui l’a accompagné toute sa vie. Non, ce n’est pas un sport de débile, dit-il. C’est un jeu d’équipe, qui exige de savoir se placer et se mouvoir pour se rendre disponible. Bien vu.

Gérard Marle fc

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