Une histoire des banlieues françaises par Erwan Ruty

26 Mai 2021 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : Editeur François Bourin

Une histoire des banlieues françaises par Erwan Ruty

Je ne saurais trop vous recommander la lecture de ce livre, « Une histoire des banlieues françaises » d’Erwan Ruty, publié aux éditions François Bourin 2020 (414 pages). Après l’avoir entendu lors de la présentation de son livre dans une librairie de saint-Denis. Il n’y résumait pas son livre, il en soulignait l’architecture et ouvrait quelques portes.

La marche pour l’égalité

S’il faut nommer un commencement, Erwan Ruty le voit dans « la marche pour l’égalité », de Marseille à Paris, qui s’échelonnera du 15 octobre au 3 décembre 1983, comme un prolongement des émeutes qui venaient d’avoir lieu dans des villes de la banlieue lyonnaise, notamment aux Minguettes – Vénissieux. Au départ il y eu parmi quelques-uns l’appui d’un prêtre, d’un pasteur, tous deux membres de la Cimade ; diverses personnalités et finalement toute la gauche apporta son soutien, jusqu’au président de la République. Elle fut vite rebaptisée « marche pour l’égalité et le racisme », puis « marche des beurs ». Or transformer une demande d’égalité, républicaine, en démarche identitaire la dénatura complètement : elle portait une visée universelle et elle fut transformée en revendication minoritaire (on dira plus tard communautaire), et l’exigence d’égalité, de similarité devient une revendication de la différence. L’inverse de ce qu’elle portait.

L’impossible rencontre décriée par Erwan Ruty

Cette méprise dure depuis quarante ans, qui montre l’incompréhension de ce que se passe réellement, jusqu’au refus délibéré ici et là de le voir : les presque quarante années suivantes montrent abondamment l’impossible rencontre entre le centre et la banlieue de plus en plus ghettoïsée (malgré les sommes considérables consacrées à la rénovation des principales Zones Urbaines Sensibles par l’ANRU). Alors même que cette banlieue devenue encore plus mélangée donne le ton en matière de culture, tel le rap, le slam, l’art cinématographique, en fait le langage banlieue qui sort la langue française elle-même de l’épuisement.

Une stigmatisation plus profonde

Évidemment, comme l’avaient noté les auteurs du livre « Banlieues populaires » (CEV IPOF 2018), le premier drame est la désindustrialisation et le chômage, mais là encore, ces banlieues montrent une volonté de se débrouiller par soi-même, avec un travail à inventer (startup) – et pas seulement par l’intégration dans le marché de la drogue. On se bouge beaucoup dans ces banlieues, mais qui veut de ces jeunes et de leurs familles ? Au bout du bout, les questions de l’origine, de la « race », de l’identité et de  l’instrumentalisation de la religion envahissent le champ médiatique et conduisent à une stigmatisation plus profonde. Cette marche pour l’égalité, ce fut, écrit-il, « un printemps qui a donné un hiver ».

Erwan Ruty est directeur de Ressources Urbaines

Mais nous savons que l’avenir n’est pas écrit d’avance. Erwan Ruty rejoint un fort courant « écologique » qui remet à l’ordre du jour le « territoire » et ses solidarités sans lesquelles personne ne peut vivre. Convergence des temps avec les « territoires » zéro chômeur de longue durée. Juste une dernière note : ce livre ne surévalue pas mais n’ignore ni ne disqualifie a priori les religions tout au long de cette histoire – Erwan Ruty, qui est directeur de Ressources Urbaines, l’agence de presse des quartiers, lui, n’a pas sur la banlieue un regard pressé et lointain.

Le mur qui sépare plus encore aujourd’hui les banlieues du centre, ce mur que le centre a construit et entretient pour se protéger, ce mur, malgré tout, n’a pas les promesses de la vie éternelle. Des portes s’ouvriront.

Gérard Marle fc

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Saint-Étienne de N’Douci fête ses 10 ans et poursuit la construction de son église

Saint-Étienne de N'Douci fête ses 10 ans et poursuit la construction de son église Extrait du reportage de Frédéric Monnet et des commentaires de Guy Rochiaou dans la revue actualités d'Ecclesia TV Dix ans de foi et d'espérance à N'Douci La paroisse Saint-Étienne de...

ACE et Fils de la Charité : transmettre la flamme à l’approche des 90 ans du mouvement

À l’approche de ses 90 ans, l’ACE avec les Fils de la Charité, ses fondateurs, invitent à soutenir sa mission auprès des enfants des milieux populaires.

Hommage au père Jacques Robbe fc (22/01/1935– 17/06/2026)

Le décès du père Jacques Robbe fc est survenu le mercredi 17 juin 2026 à l’Ehpad de de Savigny-le-Temple, à l’âge de 91 ans.

Rencontre des jeunes Fils de la Charité en mission en Europe

Jeunes Fils de la Charité en mission en Europe : vie religieuse, relecture pastorale, spiritualité et redécouverte du charisme du père Anizan.

Coups de cœur de livres : lecture, plaisir, nécessité !

Depuis 2021, la centaine de coups de cœur de livres des Fils de la Charité invitent à lire, réfléchir, écrire et partager ses découvertes.

Visite du Pape Léon XIV en France en 2026 : Le programme complet

Découvrez le programme de la visite historique du Pape Léon XIV en France du 25 au 28 septembre 2026. Dates, messes et étapes à Paris, Lourdes et Metz.

“Le vivant qui se défend”: un documentaire écologiste entre combat, peur et émerveillement

“Le vivant qui se défend” est un documentaire de Vincent Verzat sur l’engagement écologique, la nature et le sens du combat pour le vivant.

Pentecôte 2026 sur le chemin du père Anizan à Verdun

À Verdun, la Pentecôte 2026 sur le chemin du père Anizan : marche, mémoire, prière et fraternité au cœur des villages détruits.

Hommage au père Félix Piron fc (22/03/1940 – 25/05/2026)

Le décès du père Félix Piron fc est survenu le lundi de Pentecôte 25 mai 2026 à l’Ehpad de Quincy-sous-Sénart, à l’âge de 86 ans.

Le visage du Père Anizan entre les lignes

Christelle Simonetti raconte sa retranscription de la correspondance reçue par le père Anizan dans le Bulletin de la Fraternité Anizan.

Share This