Sœurs de douleur par Samuel Lieven, Roseline Hamel, Nassera Kermiche

6 Juin 2025 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : XO Editions

Sœurs de douleur par Samuel Lieven, Roseline Hamel, Nassera Kermiche

Une amitié bouleversante

« Le 26 juillet 2016, en l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, le père Jacques Hamel est assassiné à l’arme blanche par deux jeunes djihadistes alors qu’il finit de célébrer la messe. Ce crime s’ajoute à la pire série d’attentats que le pays ait connue : Charlie Hebdo, Bataclan, Nice. Dans le monde entier, c’est la stupeur. Près de dix ans plus tard, c’est une incroyable amitié que raconte ce livre. Celle qui lie Roseline Hamel, la sœur du prêtre, à Nassera Kermiche, la mère du terroriste Adel Kermiche. » Incroyable, bouleversante, impensable, miraculeuse amitié, les commentaires sont unanimes.

Gérer ensemble la douleur de sœur et de mère

Comment cette amitié a-t-elle pu naître ? Pour Nassera, l’envie de demander pardon puisque son fils mort ne peut le faire ; elle se demandait aussi ce qu’elle avait fait pour mériter cela. Quant à Roseline, après avoir à pleins poumons crié sa colère à Dieu et au monde entier, « j’ai senti que je ne tiendrai pas longtemps dans cette posture. Je me suis demandé quelle serait ma douleur si c’était moi la maman. » Neuf mois après ce drame, l’heure est venue de la première rencontre, celle qui consiste à tomber dans les bras de celle dont elles ne connaissaient que la voix. A la demande de pardon de Nassera, Roseline répond : Je ne suis pas venue pour obtenir un pardon, mais pour gérer ensemble notre douleur de sœur et de mère. Nassera découvrira le domicile-presbytère du frère, Roseline se recueillera devant la tombe du fils en glissant une prière souhaitant à Adel qu’il retrouve la paix.

Surprenant parallélisme entre Roseline Hamel, Nassera Kermiche

Le livre raconte leur vie d’avant, leurs histoires familiales parfois si proches. Dans un commentaire paru dans le Monde fin avril 2025 le journaliste Philippe Bernard souligne ce surprenant parallélisme : Roseline et Nassera sont toutes deux issues de milieu populaire, épouses de routier, mères de cinq enfants et en ayant perdu un, toutes deux ont repris des études sur le tard. La famille de Nassera, précise-t-il, déjoue les stéréotypes sur les Maghrébins, le couple est uni, les frères et sœurs comptent un informaticien, un électronicien, une directrice de centre de loisirs et une chirurgienne. La radicalisation d’Abel, si brutale, est « tellement à l’opposé de ce que nous sommes ».

Leur histoire raconte un magnifique travail humain…

Philippe Bernard ajoute : « Sous l’apparence d’une image pieuse, leur histoire raconte un magnifique travail humain… » Comment peut-il parler ainsi quand il se demande « comment deux femmes qui devraient logiquement se haïr ont-elles pu trouver la force de se parler ? » Donner un sens à sa vie quand tout explose, rester debout dans les moments de grande violence, il n’y a là aucune place à l’apparence ni à l’image pieuse. Je le cite encore : « Cela tient du miracle et de la révélation. Non pas nécessairement au sens de la foi religieuse, car les forces qui leur ont permis de se parler semblent tenir d’abord de la psychologie. » Certes, mais elles deux se disent croyantes simplement. « Je n’ai pas de haine, c’est une grâce que Dieu m’a offerte » dit Roseline ; quant à Nassera, c’est sa foi qui lui apporte la paix.

Les religions doivent apporter le pardon et la paix au monde entier

Elles n’instrumentalisent rien, elles disent seulement que les religions doivent apporter le pardon et la paix au monde entier. C’est l’amitié qui leur a ouvert un chemin de guérison, doucement, sans que rien ne s’impose. J’aime la présence silencieuse de l’archevêque de Rouen lors de leur première rencontre.

Être silencieux mais là ; cela est à la portée de tous, que l’on se réfère ou non à une religion. Philippe Bernard l’écrit avec justesse, ce livre est un impensable appel au vivre-ensemble.

Gérard Marle fc

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bogotá : le Festival Anizan fait vivre le charisme au cœur d’un quartier populaire

A Bogotá, le Festival Anizan rassemble jeunes et habitants autour de la figure du père Anizan, de la foi, du service et de la fraternité.

Un siècle plus tard, le pèlerinage des Auxiliatrices de la Charité refait le chemin des origines

Les Auxiliatrices de la Charité ont fait un pélerinage en trois étapes pour revivre les origines de la congrégation, cent ans après sa fondation.

La vidéo du pape, prier chaque mois en Eglise

La Vidéo du Pape diffuse les intentions de prière mensuelles du Saint-Père. Nous nous associons à la prière mondiale de l’Eglise.

Veillée du pape Léon au Stade de France : témoignage de Margaux

Margaux témoigne de la veillée du pape Léon XIV au Stade de France : 80 000 jeunes, chants, procession des saints et message fort.

Merci à Claude Julien fc : 23 ans à prendre soin des âmes

Merci à Claude Julien fc : 23 ans à prendre soin des âmes A Notre-Dame-de-Grâce de Montréal, Claude Julien fc a reçu un hommage le dimanche 20 septembre 2026 lors de la fête paroissiale organisée à l'occasion de mon départ. Il est le dernier Fils de la Charité à...

N’Douci : “Notre témoignage de vie sera Evangile pour les autres”

A N’Douci en Côte d’Ivoire, Simon-Pierre Kalala fc raconte la vie paroissiale et la fraternité entre religieux.

La paroisse populaire de Sainte-Hélène à Paris attend Léon XIV

A J-1 de la visite du pape Léon, le curé Georges Lumen Ouensavi fc témoigne de l’élan et de la ferveur d’une paroisse populaire à Paris.

Collège Sainte-Faustine : une école catholique à Kinshasa

A Kinshasa, le Collège Sainte-Faustine accueille 215 élèves et répond aux besoins éducatifs d’un quartier populaire en RDC.

27 ans de vie religieuse : “Plus pauvre et plus heureux”

Jean-Claude Tabu fc célèbre 27 ans de vie religieuse et témoigne de sa vocation, de la prière et de sa présence à Bourges-Nord.

À Ciempozuelos, une aventure humaine au contact de la maladie mentale

À Ciempozuelos, Arnaud Sangne fc témoigne de son engagement bénévole auprès de personnes touchées par la maladie mentale et le handicap.

Share This