La Maison des Rêves de Nora Hamadi : une enfance à La Rocade

8 Jan 2026 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : Editions Flammarion

La Maison des Rêves de Nora Hamadi : une enfance à La Rocade

C’est l’histoire d’une enfant qui fréquente régulièrement le local B10-B11 de la résidence La Rocade et qu’elle appelle La Maison des Rêves : « J’y passe mes vacances, mes heures d’après l’école, le mercredi aussi. J’y fais mes devoirs, je joue mes premières scènes de théâtre au damier, sur la dalle, au milieu des tours XXL. » Nora Hamadi, 45 ans, raconte avec douceur son enfance heureuse dans ce grand ensemble de Longjumeau. Sa revue de presse sur France Inter rassemble près de 5 millions d’auditeurs.

Des racines kabyles à la vie en HLM

Après quatre ans de guerre, un débarquement en Corse, en Provence et jusqu’en Allemagne, son grand-père quitte la Kabylie avec une seule valise et entre comme OS à Renault Billancourt en 1947. Il arrive à Longjumeau en 1975 et aménage avec sa famille un logement HLM en 1982. Ses parents, ascensoriste et assistante commerciale, s’installent dans un pavillon avec beaucoup de travaux dans une ville voisine. Sa grand-mère garde Nora à Longjumeau.

L’éducation populaire : fabriquer des rêves en banlieue

« Comment ça se fabrique, les rêves ? Comme partout ailleurs finalement : une sorte de cave, avec quelques jeux, un tableau et surtout, des animateurs et animatrices missionnaires qui pouvaient, au plus fort des vacances scolaires, gérer une centaine de gosses par jour. Des crayons, du papier crépon et des trombones, et nous étions embarqués dans une immense aventure théâtrale. Nous inventions nos histoires, nos personnages, nos intrigues […] Théâtre, cours de danse ou de dessin, visite d’un musée, parc d’attractions, chaque jour était une nouvelle épopée. Si les animateurs ne nous voyaient pas pendant quelques jours, ils venaient nous chercher à domicile. Ils n’étaient pas payés pour faire tout ça.

À la maison des rêves, si ce n’était pas un spectacle, alors c’était la fête. Tout était prétexte à la fête […] La bouffe, comme ciment communautaire. Le couscous par exemple, c’est une langue. Recevoir ou donner une assiette, c’est signe de confiance, c’est de l’amour en sauce. Ramener un gamin à ses parents, c’était l’assurance d’une portion de couscous en retour. Garder la fratrie en attendant que l’aîné les récupère. Couscous. Rentrer de la piscine ou du théâtre. Couscous. Fin des vacances scolaires. Couscous.

Confrontation à la réalité : entre mixité et désagrégation

Comment avons-nous cohabité toutes ces années dans cette ville-monde ? Le racisme existait peu ou n’était pas encore perceptible. J’ai pourtant le souvenir d’un agent de la municipalité au volant d’une voiture des services techniques qui m’avait jeté un ‘Sale arabe. Retourne dans ton pays’, alors que je traversais la rue pas loin du collège. J’avais à peine 10 ans. Une saillie gratuite et violente qui avait valu au maire un courrier salé de mes militants de parents. » Elle parle avec nostalgie de ces trois semaines de classe transplantée dans le Haut-Jura, de l’implication des professeurs alors, comme tout au long de l’année scolaire.

« C’est au collège que le paradis s’écorne. On découvre l’autre moitié de la ville. Ceux des pavillons, on les croit bourgeois, ils nous croient sauvages. » Puis le lycée, la fac. Études qu’elle doit financer en travaillant durement. Elle entre dans le métier de journaliste par hasard, en 2003, en remplaçant une assistante au Parisien. Elle raconte son retour à Longjumeau dix ans après, elle documente la lente désagrégation de ce quartier délaissé par les services publics, auxquels se substituent la drogue, la pauvreté des nouveaux arrivants et un islam plus radical.

Conclusion : une fierté banlieusarde assumée

« Je suis banlieusarde et fière de l’être » dit-elle. Même si l’histoire des grands ensembles ne vous préoccupe pas particulièrement, vous aimerez ce livre.

Gérard Marle fc

Référence bibliographique :
HAMADI Nora. La maison des rêves. Flammarion, 2025. 245 pages

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