Prendre le positif de la vie, même dans les galères
Un père prisonnier de guerre, une enfance de gauchère contrariée, des deuils traversés… Marie-Juliette Gérard raconte dans le Bulletin de la Fraternité Anizan d’octobre 2026, comment l’héritage de ses parents lui a appris à faire de chaque épreuve une force.
Prendre le positif de la vie, c’est sans doute une des grandes valeurs que mes parents m’ont donnée à découvrir. Jésus n’impose pas, il demande ; il engage la conversation avec ceux qu’il rencontre. Il me fait penser à quelqu’un qui mène son chemin et, quelles que soient les occasions qu’il a à vivre, il reste lui-même.
Un père prisonnier de guerre en Allemagne
Mon papa, né en 1914, a subi la Seconde Guerre mondiale (39-45). Il n’a pas choisi de vivre la captivité en Allemagne. À 75 ans, nous (ses enfants) lui avons demandé d’écrire ce qu’il retient de sa vie. Dans ses mémoires, il nous dit :
“Oui ! Papy va raconter, mais, raconter quoi ? Mais, tout simplement une période bien sombre de mon existence et qui sûrement a bouleversé ma vie. 10 ans de ma jeunesse ont été sacrifiés [NDLR : départ service militaire en 1935, libération en 1945 à 31 ans]… Dieu merci, ma vie militaire m’a toujours mis en contact avec un éventail social très large. L’examen musical sommaire qu’on nous a fait subir à l’incorporation m’a permis d’être affecté directement dans la chambrée des musiciens. Il y a dans cet ensemble beaucoup d’instituteurs publics et privés, des séminaristes, des militants de tous milieux, communistes ou chrétiens, quelques cultivateurs et des Algériens. Les diversités d’opinions ont entraîné souvent des discussions interminables, parfois houleuses. Chacun respectant les idées de l’autre.”
(extrait de “Papy raconte”, Pierre Lieubeau)
Ainsi, lui qui n’avait pu aller à l’école que 4 ans ½, a appris l’allemand en captivité, pour “comprendre ce que disaient ceux qui les détenaient”. Il est devenu infirmier pour “prendre soin des autres détenus”. Au retour de la guerre, il reprend le vignoble familial. Toute sa vie – avec maman – ils ont milité pour que chacun puisse vivre dignement. Ils se sont engagés au CMR (Chrétiens en Monde Rural) en nous disant que cela les a aidés à trouver un sens. La foi était leur moteur.
Une enfance de gauchère contrariée
C’est dans cet esprit que j’ai grandi, moi qui me suis longtemps révoltée. Gauchère, “ambidextre, à l’école, on m’a obligée à me servir uniquement de ma main droite, allant jusqu’à m’attacher la gauche dans le dos, m’obligeant à faire des tours de cour pendant la récré, le cahier à l’envers, ainsi toutes les copines voyaient les taches d’encre provoquées par ma maladresse. Papa et maman se sont révoltés pour moi, mais rien n’y a fait. La seule solution était de résister pacifiquement et de prouver que je pourrais m’en sortir.
Nous avons eu une enfance joyeuse. Devant les problèmes, nous trouvions une solution. Nous n’avions pas beaucoup d’argent, mais nous étions heureux.
Un obstacle franchi ouvre un horizon heureux
La première fois que je suis allée à Verdun, pour une session de “Allez dire à vos amis”, Philippe Denis fc m’a fait découvrir le parcours de Jean-Emile Anizan. Je retrouvais la même dynamique : un obstacle franchi peut ouvrir la voie vers un horizon heureux. Je crois que ce temps a été fondateur pour moi. Mon engagement à la Fraternité Anizan trouve là un ancrage solide. Toutes ces fondations m’aident à être celle que je suis aujourd’hui. Avec humour, je dirais que je suis en devenir !
Les textes de Mgr Decourtray m’aident à mettre des mots sur la façon dont je réagis devant les difficultés, les obstacles mêmes qui se dressent devant moi. De toute galère, nous pouvons faire une force.
Vivre en paix, dans la simplicité
Marcel et moi avons, petit à petit, pris conscience de l’importance de vivre en paix, dans la simplicité. “Se lever chaque jour et servir par amour. ” Il m’a toujours poussée à cela en me soutenant dans les engagements que j’ai pris. Moi, de mon côté, je l’ai soutenu dans ses engagements au Secours populaire. L’Action Catholique Ouvrière (ACO) nous a bien aidés à unifier notre vie : croire nous oblige à faire ce que l’on dit.
Traverser le deuil ensemble
Les moments difficiles, nous les avons traversés ensemble. Après le décès de Laurent, en 2010, nous avons pris conscience que laisser la douleur nous envahir n’aiderait pas notre petite fille à grandir. Nous ne pouvions pas revenir en arrière, alors nous avons essayé d’en tirer une force pour l’avenir. Depuis le décès de Marcel, j’ai à traverser la même absence physique, le même découragement.
“Je sais que tu peux le faire”
Mgr Decourtray nous décrit un Jésus qui est toujours dans le positif. Il ne dit pas : “Tu n’es qu’un imbécile, un incapable.” Il dit : “Je sais que tu peux le faire.” C’est comme si j’entendais Jésus me dire : “Tu peux le faire, mais en as-tu envie ? N’attends pas de moi que je fasse à ta place, je suis là pour t’aider, te porter, mais c’est toi qui décides.”
Chacun, chacune traverse des galères, je ne suis pas seule. Je veux vivre en paix.
Marie-Juliette Gérard, équipe d’Argentueil de la Fraternité Anizan

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