Le père Gabriel Bard (1883-1957) : l’infatigable documentaliste et biographe du père Anizan
Ancien ingénieur des mines et connaissance du père Anizan, le père Gabriel Bard (1883-1957) entre tardivement dans les ordres. Il se tourne vers les Fils de la Charité où son apostolat se fit principalement par son action dans l’Union des Œuvres et la transmission du savoir. Homme érudit, féru de documentation et enseignant l’histoire, le nom du père Bard est très associé à sa biographie du fondateur. Ses archives nous permettent d’approcher davantage son parcours original.
Jeunesse et études
Gabriel Bard de Coutance naît dans une famille aristocratique le 30 juillet 1883 à Bonneville, en Haute-Savoie. Il est le fils aîné de Georges Bard, qui est avocat, et de Gabrielle Jeanne Rouhier de Julliac. Il a deux frères, Louis et Joseph-Alfred. Il perd son père en 1902. Gabriel Bard ne se tourne pas vers la prêtrise lors de ses études : admissible à Polytechnique, il présente sa candidature à l’école préparatoire des Mines où il est admis en 1904. Il entre en première année à l’École Supérieure des Mines de Paris le 17 juillet 1905, dont il est diplômé le 20 juin 1908.
Photographie de la promotion de Gabriel Bard à l’École des Mines (1905, archives de Mines Paris-PSL)
Relevé de notes de Gabriel Bard à l’École des Mines (1906-1908, archives de Mines Paris-PSL)
Après ses études, il intègre la Société des Mines de Lens en tant qu’ingénieur de fond, puis devient quelques années plus tard secrétaire du directeur général. Vers 1908, Gabriel Bard rejoint l’Union des Œuvres Catholiques. Il y rencontre vraisemblablement le père Anizan avant la Première guerre mondiale.
Un ingénieur des mines au cœur de la guerre
Lorsque la Première guerre mondiale éclate, Gabriel Bard est mobilisé. Âgé de 31 ans, il est affecté au 30e d’infanterie comme soldat de deuxième classe. Ses deux frères sont également mobilisés ; Joseph-Alfred, soldat dans l’infanterie, décède le 11 décembre 1914 des suites de blessures après le combat de Vermelles. En tant qu’ingénieur, Gabriel Bard devient rapidement officier, d’abord comme caporal puis sergent dans son unité. Il est par la suite aspirant puis sous-lieutenant aux 140e et 75e d’infanterie, puis sous-lieutenant et enfin lieutenant aux 6e et 3e génie. Il fait notamment des campagnes dans la Somme, à Verdun et dans les Vosges. L’action de Gabriel Bard est d’autant plus importante lorsqu’il est envoyé dans le Génie vers 1916. En effet, l’ingénieurie se développe considérablement pendant la guerre, notamment à des fins défensives. Blessé plusieurs fois, il reçoit la Croix de guerre avec deux citations (à l’ordre de sa brigade et de sa division), pour son dévouement et sa bravoure.
Durant toute la guerre, le père Anizan et Gabriel Bard correspondent régulièrement. Le père Anizan correspond également avec la mère de celui qu’il surnomme « Monsieur Gabriel », et se rend chez elle à Bonneville dans les années 1920 pour prendre du repos. L’autre frère de Gabriel Bard, Louis, est présent à Verdun comme le père Anizan, permettant à ce dernier de lui parler et de donner de ses nouvelles à ses proches. Après la guerre, Gabriel Bard reprend ses activités à la Société des Mines de Lens, et est détaché à Paris en tant que chargé de service commercial. Il est promu en 1928 capitaine de réserve du génie, avant d’être démobilisé en 1931.
Lettres de Jean Émile Anizan à Gabriel Bard (1915-1918, archives des Fils de la Charité, 01C/G/04A et 01/C/G/04B)
Entrée dans les ordres
Après la guerre, Gabriel Bard reprend son activité d’ingénieur. En 1920, il soutient une thèse de droit à Paris. La même année, sa vie prend un tournant lorsqu’il décide d’entrer au séminaire. Il est ordonné prêtre en 1923, à l’âge de 40 ans, et rejoint les Fils de la Charité chez lesquels il prononce ses vœux perpétuels en 1927. La raison de cette réorientation n’est pas connue, mais il est très probable que sa relation avec le père Anizan ait été décisive dans son choix d’entrer chez les Fils de la Charité
Lettre d’ordination de Gabriel Bard (1923, archives des Fils de la Charité, 2E06/03)
Secrétaire de l’Union des Œuvres
Le père Bard commence en 1924 son ministère dans la paroisse parisienne Notre-Dame d’Espérance, où il ne reste qu’un an avant de rejoindre la communauté de l’Union des Œuvres. Il en est nommé secrétaire par le père Anizan en 1926, prenant la suite d’Alexandre Josse. Il assure l’administration de l’Union, sa gestion financière et organise les congrès annuels. Il renonce à cette fonction en 1938, mais continue de suivre le fonctionnement de l’Union.
Note de Gabriel Bard sur l’Union (1946, archives des Fils de la Charité, 2E08/09)
L’Union des Œuvres pris une autre dimension lorsqu’elle permit au père Bard de fonder le journal Cœurs Vaillants. En effet, il se souciait des œuvres de jeunesse et des liens entre patronages et scoutisme. Il cherche alors à fédérer, et créé en 1926 une commission dédiée aux œuvres de jeunesse de l’Union des Œuvres. L’idée d’un journal émerge. C’est en 1928 qu’est publié le premier numéro de Cœurs Vaillants, avec le concours de l’Union. Le père Bard choisit comme adjoint en 1929 le père Gaston Courtois, qui prend sa suite.
Un documentaliste et professeur d’histoire
Le père Bard débute dans l’enseignement au scolasticat d’Issy-les-Moulineaux en 1937, où il enseigne jusqu’en 1943 avant de rejoindre la communauté Saint-Vincent-de-Paul de Clichy. Il reprend l’enseignement en 1947 au noviciat des Frères, puis en 1948 au scolasticat d’Issy-les-Moulineaux où il enseigne l’histoire de l’Église probablement jusqu’en 1957, année de son décès. Il semble avoir trouvé sa méthode pédagogique et s’est investi dans cette mission, ce dont témoignent ses multiples brouillons, notes et frises chrono-thématiques réalisés pour ses cours. Il est également l’auteur d’écrits spirituels, de cours, conférences et ouvrages inachevés.
Le père Bard avait un intérêt prononcé pour la documentation. Il accumulait de la documentation sur de nombreux sujets relatifs à l’Église, constituant un corpus documentaire considérable qui ne put être intégralement conservé aux archives.
Extraits de frises chronologiques réalisées par Gabriel Bard (sans date, archives des Fils de la Charité, 2E08/05)
Biographe et soutien de la cause du père Anizan
Le père Bard réalise une biographie du père Anizan, suite à une demande formulée en 1938 par le supérieur général, Georges Vaugeois. Pour réaliser cette tâche, Gabriel Bard se charge de rassembler les écrits du père Anizan et sa correspondance, notamment en faisant appel aux personnes ayant conservé des lettres écrites par le fondateur. Ce fonds est complété en 1950 par la découverte de caisses d’archives stockées dans le grenier de la maison du Bon Pasteur à Paris, qui avait été la maison-mère de l’Institut. La biographie du père Bard est publiée en 1946, suivie en 1949 des écrits spirituels du père Anizan. L’ouvrage reçoit en 1947 le prix Juteau-Devigneaux de l’Académie française.
Biographies du père Anizan (1946, archives des Fils de la Charité, 110.001 et 110.002)
Travaux préparatoires pour la biographie du père Anizan (années 1940, archives des Fils de la Charité, 248)
Le père Bard avait également travaillé sur les biographies de deux autres Fils : Eugène Maupoint, prêtre et mort pour la France en 1940, et Alexandre Josse, membre fondateur de l’Institut et proche du père Anizan, décédé en 1945. Il débute des recherches, collecte des témoignages et réalise des premiers travaux préparatoires, mais ces projets de biographie n’aboutissent pas.
Les dernières années du père Bard sont mal connues. Il contribue au procès en béatification du père Anizan et est chargé en 1952 par le supérieur, André Monnier, de compiler les écrits du fondateur à cette fin. Ce travail de collecte et de recherche dans les archives fit de Gabriel Bard une sorte d’archiviste de facto.
Photographie d’identité de Gabriel Bard (vers 1953, archives des Fils de la Charité, 2E08/01)
Le père Bard décède le 21 janvier 1957 d’une crise cardiaque, à l’âge de 74 ans. Son décès semble passer assez inaperçu, mais son nom reste connu grâce à sa biographie du père Anizan, qui reste aujourd’hui encore un des ouvrages de référence sur le fondateur.
Bibliographie
Féroldi Vincent. La force des enfants : des Cœurs vaillants à l’A.C.E. Paris, Les Éditions ouvrières, 1987.
Le Clerc Pierre. Histoire des Fils de la Charité en France (1914-1968). Paris, Fils de la Charité, 1997-1999.
Sitographie
École Sainte-Marie à Saint-Chamond : Alfred Bard [https://ecolesaintemarie.canalblog.com/archives/2018/11/04/36875781.html]
Le Sapeur fou : Génie [https://lesapeurfou.com/index.php?title=Genie]
Les Annales des Mines : Gabriel Bard de Coutance [https://www.annales.org/archives/x/bard.html]
Sources extérieures
Livre d’or des anciens élèves du collège Saint-Michel Saint-Étienne, 1920.
Archives de Mines Paris-PSL : Dossier de Gabriel Bard (matricule 1489) (informations et photographies fournies par Monsieur Ludovic Bouvier)

Merci de ces lignes qui ouvrent des lignes d’information sur le Père Gabriel Bard que j’ai croisé lors de mes propres recherches.
Jean-Yves Moy
Merci! Je transmets à l’archiviste qui a réalisé cette belle synthèse. Belle fête du Sacré-Cœur de Jésus à vous