Aqua de Gaspard Koenig : une source au cœur du village
Une ferme et un projet politique
On trouve d’abord une ferme imposante ; son propriétaire est le maire du village qui, depuis quelque temps, projette de passer la main à un neveu « monté à Paris ». Haut fonctionnaire, il est la fierté de la famille. Il travaille au ministère de l’écologie, qui englobe le domaine des eaux, et pense bien connaître le sujet : brillant, il sait procurer à son ministre et autres sommités des « fiches de langage », faire le sherpa lors de colloques européens ou autres. Il se croit assuré d’être élu maire lors des prochaines élections, concocte des projets pour moderniser le village, et en priorité, réaliser la fameuse interconnexion des eaux. Jusqu’ici son parrain, maire, bricolait pompe, traitement, réseau – ce qui lui permettait au passage, de se servir à la source et puiser sans limite et à moindre coût pour ses propres terres !
Un village normand face à la modernité
Mais ce petit village de Saint-Firmin en Normandie n’est pas loin de villes dont certains veulent s’éloigner à cause du stress, d’où un apport de nouveaux habitants très divers : on y croise une naturopathe, une bouddhiste, un hydrogéologue anticapitaliste, un survivaliste, une sociologue d’origine étrangère, un paysan-boulanger, et même une préfète amoureuse. Bref, sur ce nouvel environnement, ils portent un regard nouveau et curieux qu’ils peuvent partager à « La Lanterne », lieu convivial créé par l’une d’eux, hors cadre, puisque les commerces ont déserté. On bricole à tout-va, même si cela s’avère à la limite de la légalité ; et c’est si chaleureux de partager une diversité de cheminements et d’expériences !
“Gardons notre eau” : une élection inattendue
Le neveu candidat lance aux habitants une invitation à un buffet pour se présenter amicalement. Pour les « pays », c’est joué d’avance puisque c’est la même famille que l’actuel maire. Les nouveaux, eux, y viennent par curiosité et découvrent cette proposition moderne et audacieuse de s’aligner sur les autres villages pour un service commun de l’eau. Mais cette histoire, encore inconnue pour eux, d’une source jamais tarie qui alimente en autonomie le village les intrigue. Après enquête, ils découvrent la fameuse source invisible, dans un petit cabanon. Alors quelle est donc cette modernité qui va les priver d’une bonne eau de source qui n’a jamais tari ? Ils décident de monter leur propre liste pour s’opposer au projet du futur maire « car ce n’est pas en Normandie qu’on va manquer d’eau et voir les sources anciennes tarir » ! Leur slogan est vite trouvé : « Gardons notre eau ». Choc pour les habitants tiraillés entre le choix de garder « notre eau de toujours avec sa source » pour le village, ou entrer dans la modernité en offrant son eau au regroupement, alors que le village voisin domine le Syndicat des eaux !
La gestion de l’eau au cœur du récit
Contre toute attente c’est la liste des « horsains » – les étrangers, pour les non Normands – qui remporte les élections. Une partie de la population a rejoint « les jeunes » pour garder son eau. C’est alors la découverte pour la jeune mairesse (multi diplômée, d’origine roumaine) et ses colistiers d’une multitude d’obstacles administratifs et autres chausse-trappes ! S’ouvre un labyrinthe qui dévoile toute la complexité de la gestion des eaux, les volte-face des amis, la constance des ennemis. Puis arrive une longue canicule et la source semble se tarir. Qui sortira vainqueur ?
Une réflexion sur la modernité et la ressource en eau
Voilà qui donne à voir, au-delà de paysages bucoliques et du calme des pâturages verdoyants entre vaches et pommiers, dans la Normandie profonde, un surprenant sous-sol réglementaire, dont ne sortent pas indemnes ces êtres entre rêves et réalités. Quel pataquès pour une simple source qui nous fait découvrir des personnes face à la modernité. Un régal.
Éric Récopé fc

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