Où les étoiles tombent : un hymne à la vie après l’accident
Une chute qui bouleverse toute une existence
Deux passionnés de montagne s’envolent en parapente le 12 août 2022. Cédric se tourne, il ne voit plus Mathilde. Dans le halètement des minutes incertaines le menant vers le lieu de la chute, seules des questions. A-t-elle survécu ?
Et tout commence !
C’est un parcours. Cédric Sapin-Defour, l’auteur du livre, prend le parti d’écrire. Cela devient le roman-vrai d’un couple. Il n’y a pas de chapitres mais l’instant J, en alternance avec J heure par heure et J au fil des jours. Pendant un an tout va se croiser pour décrire leur cheminement. Ce n’est plus simplement lui qui écrit mais ce qu’ils vivent l’un comme l’autre dans une confrontation permanente.
C’est une marche en avant et cela devient un hymne à la vie :
« Ta joie t’appartient, elle persiste, elle résiste aux brisures du corps et à l’endormissement d’un tas de rêves. »
La vie devant soi.
L’épreuve, les soins et la reconstruction
Alors il faut vivre l’épreuve avec toutes les questions qui se posent. L’organisation des secours, l’hospitalisation en Italie, loin de leur port d’attache mais les proches sont là, des liens forts s’établissent à l’hôpital. L’espoir renaît puisqu’une opération est envisagée.
Cédric lui parle mais il lui faudra attendre que Mathilde commence à lui répondre. C’est un accompagnement journalier, une présence de l’un à l’autre sous des formes tellement différentes de ce qu’ils ont vécu ensemble.
Plus tard, ce sera le transfert vers un hôpital à Grenoble, d’autres relations et soins à établir, puis l’organisation pour réapprendre à vivre.
Apprendre à vivre autrement
C’est un questionnement constant. Comment éviter de revenir sur le passé pour penser la vie autrement ?
Il faut savoir tourner la page, vivre le présent, vivre les premiers pas de Mathilde :
« Tu souris sans tourner la tête et tu l’agites pour dire oui, c’est vrai. »
Pourtant le passé est toujours là, le manque de la montagne agit. Comment ne pas l’évoquer ?
Mais il faut tourner la page :
« Nous avons exploré des géographies, découvert des univers, rencontré des inconnus, nous nous sommes éloignés de nous-mêmes. »
C’est une prise de conscience.
Un cheminement à deux
Finalement, c’est bien un cheminement à deux, chacun à son pas.
L’auteur prend le temps d’écrire sa réflexion, tout ce que cette situation fait advenir dans leurs parcours respectifs :
« Pour ne pas avoir mal, je penserai à trois opiums. Que tu es partie en sachant que je t’aimais. Que tu es partie en être libre. Et que certains jurent qu’au-delà, on se retrouve. »
C’est ainsi qu’il découvre le regard bienveillant de l’autre. Il vit cette épreuve comme un voyage mais pas tout seul.
Cela passera non seulement par le ré-apprentissage de la marche pour Mathilde que de la marche ensemble vers un avenir à vivre :
« Chaque minute de la vie suivante, la source s’éloigne mais son courant est là. Qui nous porte s’il s’agit de joie. Qui nous hante s’il s’agit de peines. »
Alors, pour Cédric, revient le souvenir du jour du drame. Il lui a fallu marcher pour rejoindre Mathilde au lieu de la chute comme il avait marché avec elle bien avant ce 12 août 2022.
Une lecture qui invite à l’espérance
À la lecture de ces pages je me suis laissé imprégner par ces démarches.
Faisant suite à une telle catastrophe pour un couple particulièrement uni, comment ne pas se laisser gagner par le fatalisme ? Mais ce dernier ne mène à rien sinon à subir et se laisser habiter par l’épreuve.
Cette lecture est un appel à la vie.
Il m’a fait penser à cette lecture d’un passage de l’évangéliste saint Matthieu (Mt 11, 28-30) :
« Venez à moi, vous qui peinez sous le poids du fardeau. Prenez sur vous mon joug : mon joug est facile à porter. »
Le joug est cette pièce de bois qui relie deux bœufs attelés à la charge. Le Christ propose à ses amis non pas une charge supplémentaire mais de la porter avec eux.
Bernard Deshoulières fc

0 commentaires