Ni le Paradis, ni l’Enfer : la mystique de Rabi’a al-Adawiyya

29 Juin 2026 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Eric Récopé fc
Crédit photos : By Amazon

Ni le Paradis, ni l’Enfer : la mystique de Rabi’a al-Adawiyya

À travers “Ni le Paradis, ni l’Enfer”, Belkacem Ouldabderhmane fait découvrir la vie de Rabi’a al-Adawiyya, l’une des plus grandes figures du mysticisme musulman. Cette recension d’Éric Récopé fc invite à entrer dans une spiritualité fondée sur l’amour gratuit de Dieu.

Une même quête de Dieu

Ce livre m’a renvoyé au dialogue du moine Christian de Chergé avec un musulman du village. « Au fond de notre puits, qu’est-ce que nous allons trouver ? De l’eau musulmane ou de l’eau chrétienne ? – Il y a si longtemps que nous marchons ensemble, tu le sais, ce qu’on trouve, c’est l’eau de Dieu. » C’est aussi ce que nous relate le roman biographique d’une femme musulmane du VIIIe siècle rédigé en courts chapitres par le poète et écrivain algérien Belkacem Ouldabderhmane.

Rabi’a al-Adawiyya, une grande mystique musulmane

Rabi’a al-Adawiyya (713/714-801) est l’une des plus grandes figures mystiques musulmanes. Une « athlète de Dieu » habitée du même feu qui embrasera plus tard des mystiques comme Thérèse d’Avila et Jean de la Croix. Elle a été surnommée par l’élite des maîtres musulmans de son temps « diadème des hommes de Dieu, mère de bonté ». Elle fut une grande poétesse soufie et pour tous, une sainte célèbre en islam ; la figure la plus importante dans la préhistoire du soufisme.

Elle est née à Bassorah, en Irak, la ville du soufisme, en l’an 95 de l’Hégire (713 de notre ère), quatrième fille d’une famille dévote mais très pauvre, elle a vécu avec ses sœurs dans un extrême dénuement. Après le décès de leur père, suivi de celui de leur mère, Rabi’a, qui avait alors environ 10 ans, et ses trois sœurs doivent quitter la ville de Bassorah menacée par la famine. Rabi’a est capturée et vendue comme esclave. Malgré la fatigue de son dur labeur, elle se laissera pénétrer de la présence divine lors de veilles nocturnes.

Une vie offerte à la Présence

Plus tard, libérée par son maître dérouté face à sa densité humaine et spirituelle, elle se retira au désert dans un ermitage pour se livrer à une vie frugale et ascétique faite de méditation, pour accueillir “LA Présence”.

« Dieu me proposa de l’or, de l’argent et des rubis, je lui dis : “Seigneur, ta face est bien meilleure.” »

Ou encore :

« J’ai fait de Toi le confident de mon cœur, dans mon cœur c’est ton Amour qui seul réside. »

Elle acquit très vite une grande renommée et sa demeure devenait un lieu de rencontres et de pèlerinages. Grâce à sa réputation de sainteté, Rabi’a a été capable de critiquer ceux qui réduisent le culte à de simples formalités dénuées de sens.

Aimer Dieu pour Lui seul

Ce qu’elle prêche à ses visiteurs riches ou pauvres, c’est le pur amour de Dieu, illustré par ce récit de Rabi’a se promenant dans la rue avec un brandon allumé dans une main « pour brûler le Paradis » et un seau d’eau dans l’autre main « pour éteindre l’Enfer », en vue de faire valoir une spiritualité totalement désintéressée.

« Mon Dieu, si je ne t’adore que par crainte de Ton Enfer, brûle-moi dans ses flammes ! Et si je ne t’adore que par convoitise de Ton Paradis, prive-moi de ses plaisirs ! Je ne t’adore que pour Toi, car Tu mérites l’adoration. Alors ne me refuse pas la contemplation de Ta face impérissable ! »

Aimer Dieu hors de toute crainte de l’Enfer et de toute espérance du Paradis, c’est le chemin de liberté que nous enseigne Rabi’a. Elle est une figure féminine libre et audacieuse, affranchie de toute idée préconçue. Elle meurt, âgée de quatre-vingt-dix ans à Bassorah.

Une spiritualité qui interpelle aujourd’hui

Quand certains religieux utilisent la religion pour conquérir, d’autres y trouvent le bonheur inaltérable de l’accueil et du don.

On raconte qu’elle priait ainsi, le soir, debout sur le toit de sa maison :

« Mon Dieu, les étoiles resplendissent, les yeux dorment, les rois ferment leurs portes, chaque amant se retire avec son aimée. Et me voici : je demeure entre Tes mains. »

Eric Récopé fc

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