Chroniques du temps de peste par François Cassingena-Trévedy

20 Sep 2021 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : Tallandier

Chroniques du temps de peste par François Cassingena-Trévedy

Mettre des mots sur les événements qui nous arrivent

Il me semble que nous formons désormais une réelle communauté qui prend de la consistance, de la cohésion, de la profondeur. Serait-ce là une paroisse d’un nouveau genre, particulière, exigeante, fondée non sur la simple assistance mais sur la réflexion partagée ?

Interrogation de ce moine bénédictin du monastère de Ligugé, ancien élève de l’École Normale Supérieure dont il a gardé un amour des belles lettres, de celles qui autorisent le lecteur à prendre le temps de la lecture. Tel un sculpteur qui sait voir ce dont est porteur tel bloc de pierre, François Cassingena-Trévedy cherche à mettre des mots sur les événements qui nous arrivent, « il s’agit de désigner les choses », d’élargir notre vie aux dimensions du monde, de sortir Dieu des discours inaudibles, archaïques, intenables sinon monstrueux, du type entendu çà et là que la pandémie serait un châtiment de Dieu.

Recueil de lettres de François Cassingena-Trévedy pendant le confinement

Ce livre est le recueil de ses lettres écrites durant le premier confinement, courtes puis davantage développées, renouant avec l’apostolat épistolaire inauguré par Saint Paul. Il s’en sentait la responsabilité, faisant ainsi apparaître une « Église de l’ombre », faisant découvrir,

au fond du puits sans fond que nous sommes, cette eau vive qui jaillit en vie éternelle, et que Jésus indiquait à la Samaritaine. Étonnant ce silence qui s’étend aujourd’hui partout alentour, qui eût cru que cela fut possible ? Il y a trop de choses dont nous ne voulons plus, car nous n’en pouvons plus.

Détresse vertigineuse analusée par François Cassingena-Trévedy

Il avait pour comprendre ces temps d’une détresse vertigineuse les textes des dimanches du temps pascal, qui découvrent sur nos chemins de terreur la présence de celui qui a surgi du monde de la mort.

Nous ne savons pas, nous ne voyons pas l’origine ni le terme de la route, mais quelqu’un vient se joindre à nous sur la route, en cours de route, et c’est assez. Le Compagnon blanc. Non pas un fantôme, mais un ami. Un ami qui vient se tenir là, au milieu, au beau milieu. ‘Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux’ (Mt 18,20).

Le corps du Christ

La peur qui toujours nous accompagne, parce que nous sommes mortels, trouve son Maître. Il y eut cette agitation devant la fermeture des églises, ce catholicisme du « non » qui crie à la persécution. Pourquoi toujours ce catholicisme de l’entre-soi, du pour-soi, qui hésite à embrasser le monde, à s’avouer pauvre, balbutiant, désemparé, comme tout le monde, devant le mystère énorme de la vie ? A ceux-là, le moine reproche de ne pas prendre la mesure de ce qui arrive, de ne pas revisiter la signification de cette messe qui leur manque tant. Nous gagnerons tous à lire et à réagir sur le chapitre intitulé « De la fabrique du sacré à la révolution eucharistique », éclairant le « Ceci est mon corps » (Mt 26,26) par l’affirmation de Paul : « Vous êtes, vous, le corps du Christ » (1 Cor 12,27) et de cette parole de Jésus lui-même : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Mt 18,20). L’eucharistie est la célébration festive de notre difficile construction commune en corps du Christ. Aussi invraisemblable que cela puisse être et particulièrement en ces jours, c’est la communauté faite de celles et ceux qui croient en lui au point de partager son repas qui devient corps du Christ, qui témoigne du Vivant. A vrai dire, nous le chantons : Devenez ce que vous recevez, vous êtes le corps du Christ.

Dans une lettre postérieure qui suit le rapport Sauvé, François Cassigena-Trévedy continue un chemin qui ne refuse pas l’épreuve.

L’Église n’est ni à détruire au bulldozer comme une bicoque, ni  simplement à restaurer comme un monument historique : elle est à construire tout court, à construire sans cesse, à incarner sans cesse dans l’histoire.

Le vent se lève, il faut tenter de vivre.

Gérard Marle fc

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