Éloge spirituel de l’abandon par Cécilia Dutter
Éloge spirituel de l’abandon
“Dans notre société postmoderne séculière où la science et la technologie semblent être les deux seuls piliers de la vérité, où le nom de Dieu est un “gros mot” quand il est prononcé dans l’espace public, et où l’homme, ivre d’une liberté individuelle poussée à son paroxysme, entend dessiner de bout en bout son existence et demeurer son propre maître, faire l’éloge spirituel de l’abandon peut paraître aussi abscons que transgressif. Pourtant, croyants ou athées, il nous arrive à tous de vivre des expériences ou épreuves venant entraver durement notre chemin. Nous résistons, mais quand tous nos efforts demeurent vains, nous voilà perdus”.
Entrer dans la sagesse de l’abandon
Elle même reconnaît ce désarroi : “Longtemps j’ai mené ma vie en pratiquant le ‘tout contrôle’. […] Plus je cherchais à maîtriser la situation, plus mon anxiété augmentait quand, inévitablement, un fait échappait à mon emprise, ce qui alimentait encore davantage mon désir de contrôle, m’enfermant dans un cercle vicieux…
J’ai mûri. J’ai consenti à lâcher du lest, à laisser aller les choses selon leurs propres cours et rythme, pour entrer dans la sagesse de l’abandon. J’ai alors découvert la paix de l’âme qu’il procure, née d’une confiance inédite, placée, non plus en moi-même, mais en un au-delà de moi, transcendance qui me libère, me conduit, me soutient et me protège en toute circonstance. S’abandonner à la Réalité suprême est le fruit d’un cheminement patient qui ne se fait pas sans boussole ni guides.”
Cécilia Dutter est l’auteure d’une vingtaine de livres. Dans celui-ci elle puise largement dans “l’or biblique”, et s’appuie sur une bonne quinzaine d’auteurs spirituels comme autant de maîtres ou de guides. L’auteure de ce livre nous apprend à nous décentrer de nous-mêmes pour mieux nous laisser mener par la Vie, dans le sens supérieur du terme, flux magistral qui nous dépasse et nous transcende, autrement appelé “Dieu”.
L’abandon spirituel avec Etty Hillesum
Cécilia Dutter reconnaît avoir découvert ce qu’était l’abandon spirituel en travaillant sur Etty Hillesum, cette jeune femme juive qui a laissé un journal témoignant d’un itinéraire spirituel fulgurant au coeur de la Shoah. Etty a connu cette sensation propre aux grands mystiques d’être “emplis de Dieu”. Toutefois elle est consciente que cet état n’est pas acquis une fois pour toutes. Parfois Dieu peut être enseveli par les soucis et les inquiétudes qui l’assaillent, et surtout en ces temps où la terreur nazie fait croire en l’absence de Dieu. Elle se doit d’agir pour garder Dieu en son sein : “Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. ” Ce qu’elle fera en choisissant de partager le sort de son peuple.
S’abandonner dans la nuit avec Edith Stein
Quand Dieu “n’existe plus” pour le croyant, Edith Stein, elle aussi tuée à Auschwitz, invite ce dernier à s’abandonner en lui, envers et contre le doute : “Dans le jardin d’enfants de la vie spirituelle lorsque nous commençons à marcher et à nous laisser conduire par Dieu, nous sentons très fort sa présence. Mais il n’en est pas toujours ainsi. Celui qui appartient au Christ doit prendre lui aussi le chemin de la Croix, et les souffrances extérieures ne sont rien, en comparaison de la nuit qui envahit l’âme et lorsque la lumière divine ne brille plus : Dieu est toujours là, mais il est caché et il se tait… C’est pourquoi nous devons dire : “Que votre volonté soit faite”, aussi et surtout du sein de cette nuit. “
Ce livre de Cécilia Dutter, on peut le lire plusieurs fois.
Gérard Marle fc

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