WhatsApp : rester reliés sans être toujours disponibles

14 Sep 2026 | Pastorale | 2 commentaires

Auteur de l'article : Florence Krasowski
Crédit photos : Florence Krasowski

WhatsApp : rester reliés sans être toujours disponibles

WhatsApp s’est imposé comme l’outil de communication privilégié pour travailler, organiser, informer et rester en lien. Mais comment éviter la surcharge numérique et retrouver un usage raisonné et équilibré de WhatsApp, cette messagerie instantanée tellement utile ?

46 groupes WhatsApp : quand le lien devient permanent

Le 1ᵉʳ septembre 2026, j’ai compté le nombre de groupes WhatsApp auxquels j’appartiens : 46. Parmi eux, 6 sont professionnels et 40 privés : famille, amis, organisation d’événements, écoles des enfants, activités culturelles ou sportives, groupes paroissiaux, voisins, entraide…

Derrière cette abondance de conversations, se cachent des relations tissées depuis près d’un demi-siècle. Alors, où est le problème ?

WhatsApp est devenu un outil de proximité exceptionnel : un message suffit pour organiser une rencontre, demander une information ou partager des nouvelles. Un vocal, une photo ou une vidéo remplacent souvent avantageusement un appel téléphonique.

Dans mon travail de communication pour les Fils de la Charité, présents dans 12 pays, WhatsApp permet de maintenir le lien malgré les kilomètres, les décalages horaires et les barrières linguistiques. Il facilite la circulation rapide d’informations et l’organisation du quotidien.

Le problème ne vient donc pas de WhatsApp, mais de la place que nous lui accordons.

Etre connecté vs être disponible

Nos journées sont déjà surchargées : travail, transports, famille, activités, engagements, tâches quotidiennes, lecture, prière… Les sollicitations ne manquent pas.

Et les canaux de communication se sont multipliés : appels, SMS, WhatsApp, e-mails, réseaux sociaux, agendas partagés, ENT One, newsletters… Nous avons désormais les moyens de parler à presque tout le monde, presque tout le temps.

Pourtant, il y a 20 ans, lors de mon Volontariat à la Solidarité Internationale en Équateur, je vivais dans un village de 300 habitants, à 3 500 mètres d’altitude dans la Cordillère des Andes. Pas de connexion Internet. Juste une pièce avec un poste téléphonique fixe, une table, trois chaises… et un “monsieur téléphone” qui frappait aux domiciles si quelqu’un recevait un appel.

Être joignable ne signifie pas être disponible.

La tyrannie de l’instant

Ce qui épuise, ce n’est pas seulement le volume de messages, mais surtout l’absence de hiérarchie. Tout semble devoir être lu, commenté et mériter une réponse immédiate.

Quand quelqu’un ne répond pas, une question surgit : “Pourquoi ne répond-elle pas ?”. Le silence devient alors une information en soi.

Parfois, la tentation est grande de multiplier les canaux pour obtenir une réponse : SMS, téléphone, Messenger, Instagram…

Pourtant, en Équateur, je publiais un journal de 4 pages tous les deux mois, que ma mère envoyait par courrier postal à mes parrains. J’avais même créé un site Internet avec un livre d’or pour favoriser les échanges. Je me rendais régulièrement “à la ville” à une heure de mon village, dans un cybercafé, pour une connexion entre les deux continents. Autant vous dire que les nouvelles ne donnaient pas dans l’instantané.

La fraternité n’est pas la disponibilité permanente

J’associe souvent la fraternité à la disponibilité : être là pour l’autre, lui accorder du temps, répondre à ses demandes. Mais pourquoi l’autre devrait-il être disponible 24h/24 ? Il me semble nécessaire de renoncer à une illusion de toute-puissance : celle de pouvoir joindre quelqu’un dès que je le souhaite et d’en attendre une réponse immédiate.

Réagir n’est pas toujours répondre. WhatsApp a aussi développé un langage de l’instant : ❤️, 👍, 😂, 🙏. En un clic, nous exprimons notre joie, notre soutien, notre accord ou notre compassion. C’est pratique, mais cette réaction rapide ne remplace pas toujours une véritable réponse.
Dans la rédaction d’un e-mail, je me force à prendre du recul, à choisir mes mots, à réellement répondre.

La question se pose aussi pour les groupes WhatsApp : une information en appelle une autre, puis une réaction, une précision, une photo, un commentaire… Chacun y apporte son avis, son émotion, sa demande.
Nous parlons beaucoup. Mais dans un mois, qu’en restera-t-il ?

Retrouver un usage raisonné de WhatsApp

Un usage raisonné de WhatsApp passe peut-être par une forme de discernement. Avant d’envoyer un message dans un groupe, posons-nous deux questions :

  • Est-ce nécessaire ?

L’information doit-elle réellement être partagée avec tout le groupe ?
Peut-elle attendre ?
Est-elle déjà disponible ailleurs ?

  • Est-ce le bon canal ?

Une information importante mérite peut-être un message individuel.
Une décision professionnelle nécessite souvent un e-mail.
Une conversation personnelle pourrait justifier un appel.

Cette démarche rejoint la réflexion que je mène professionnellement autour de l’intelligence artificielle raisonnée. Si nous devons apprendre à utiliser l’IA avec discernement, pourquoi cette exigence ne s’appliquerait-elle pas aussi à nos messageries, nos réseaux sociaux et notre téléphone ?

La vraie question est : “à quoi vais-je consacrer mon attention et mon temps, nécessairement limités ?”

Petite anecdote pour finir : depuis que j’ai commencé à rédiger cet article il y a 15 jours, j’ai été ajoutée au groupe WhatsApp de catéchisme de mon fils… Me voilà donc dans 47 groupes ! 😉

Florence Krasowski

2 Commentaires

  1. Antoine

    Très bon article. La communication tue la communication. J’ai abandonné WhatsApp il y a quelques années après un profond burn-out. Savoir se mettre à distance. Ne pas sombrer dans l’immédiateté. Je reste informé mais les informations qui me viennent sont naturellement filtré par le fait que je en sois pas sur WhatsApp…

    Réponse

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