Défense du pain et du vin par Benoît Sibille

9 Déc 2025 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Marie-Christine
Crédit photos : Editions Ad Solem

Défense du pain et du vin par Benoît Sibille

« La communion est toujours déjà là dans le pain et le vin. Avant même que nous nous rassemblions pour les partager, des hommes et des femmes se sont rassemblés dans la moisson et les vendanges. Le pain et le vin apportent en eux la vie du monde. »

Les yeux fixés sur le travail de l’homme

Benoît Sibille, professeur de philosophie à l’Institut Catholique de Paris, propose une réflexion théologique sur l’eucharistie centrée sur la matérialité du pain et du vin. « Le réalisme eucharistique doit garder nos yeux fixés sur ce pain et ce vin, sur la terre, les champs de blé, les gestes des paysans, des meuniers et des boulangers, sur les vignes, les vendanges, le pressoir, les mains des vignerons. C’est là, et nulle part ailleurs, que le Messie a voulu donner son corps et son sang. C’est par ces gestes qu’il veut instaurer son Royaume. »

Faire advenir la volonté de Dieu

Le propre de la vie chrétienne n’est pas dans un avenir éthéré, elle n’est pas la fuite organisée du présent, mais elle proclame que le Royaume de Dieu est au milieu de nous. Comme nous le disons dans le Notre Père, elle est un appel à faire advenir la volonté de Dieu « sur la Terre comme au Ciel », à vivre ici et maintenant sous le regard de Dieu.

Le Royaume n’est rien d’autre qu’un repas

Benoît Sibille affirme « Pour qu’un pain soit partagé sur la table, pour qu’un vin coule dans les coupes, il a fallu une alliance. Il a fallu des vies humaines et non humaines entrelacées, il a fallu un monde. Ces gestes sont les plus triviaux, ils sont les gestes mêmes de l’humanité. Le Royaume n’est rien d’autre qu’un repas, rien d’autre que le commencement d’un monde. Une religion n’exige-t-elle pas quelque chose de plus sophistiqué ? En réalité, si nous ne voyons pas que ce repas est le Royaume et que nous réclamons un rituel un peu plus sérieux, c’est que nous sommes aveugles et sourds. C’est que nous n’entendons pas l’appel à faire de ce quotidien le plus simple, à faire du monde en son commencement et en son accomplissement, le lieu même de la venue messianique. »

La fraction du pain et le partage des biens

Dans les gestes eucharistiques est présente toute la trivialité des activités de subsistance. « Nous avons la spiritualité de nos gestes. Si nos gestes ne sont pas matériellement ceux de la communion, aucune spiritualité ne pourra nous sortir de l’individualisme dans lequel nous sommes enfermés. Nous pourrons prêcher indéfiniment que par l’eucharistie nous devenons “ un seul corps ”, ces mots seront vides et impuissants.

Nous avons oublié qu’il fallait un vrai pain et un vrai vin

Si les mots suffisaient, le Verbe ne se serait pas incarné. Si les mots suffisaient, la communauté des croyants n’aurait pas, dès son origine, fondé sa vie sur des pratiques : la fraction du pain et le partage des biens. Ainsi, si rien n’apparaît dans nos célébrations, si l’eucharistie est réduite à une forme de dévotion, c’est que nous ne prenons pas assez au sérieux la matérialité de la liturgie et que nous avons oublié qu’il fallait un vrai pain et un vrai vin … pour transfigurer le monde. (Mais)… notre pain et notre vin ont perdu leur capacité à exprimer l’infinité de ces vies entrelacées. »

Jusqu’à la moitié du XXe siècle le pain et le vin étaient issus d’une agriculture de subsistance, mais ils sont devenus marchandises, produits de l’agro-industrie. « Le pain et le vin ont perdu le goût de ce pain pétri de nos vies humaines pour devenir une marchandise comme une autre. Il n’évoque plus le labeur du paysan, ni le labeur du boulanger. » Ils n’expriment plus toutes les vies imbriquées, signes de la présence de Dieu.

Défendre le pain et le vin, c’est défendre le sens de l’eucharistie pour qu’elle ne soit pas réduite à une dévotion individuelle. C’est défendre, ici et maintenant, la présence de Dieu au monde, ce monde dont le livre de la Genèse dit que « Dieu vit que cela était très bon. »

Marie-Christine

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