Bogotá : le Festival Anizan fait vivre le charisme au cœur d’un quartier populaire
Le Festival Anizan a réuni pour la seconde édition des jeunes et habitants du quartier de Patio Bonito à Bogotá le 19 septembre 2026. Ramón García fc nous raconte cet après-midi mêlant eucharistie, théâtre, danse, chants et fraternité. Ce rendez-vous ne raconte pas seulement l’histoire du fondateur des Fils de la Charité, il cherche à faire vivre aujourd’hui sa “passion pour Dieu et la passion pour le peuple”.
Une histoire racontée par les jeunes
Le Festival Anizan est né à Cuba dans les années 1990 à Puente Grande, après la visite d’un groupe appelé Emmaüs. Les deux novices Ramón et Carlos (qui vit aujourd’hui au Mexique) l’ont organisé de 1994 à 1997 à l’église de Puente Grande.
Son objectif à Bogotá reste le même qu’à Cuba : faire connaître le père Jean-Emile Anizan et le charisme des Fils de la Charité particulièrement auprès des jeunes.
“Nous avons voulu le faire d’une manière simple, populaire et proche de la réalité de notre paroisse” explique le père Ramón. A Bogotá, cette réalité a donné une couleur particulière au festival : “Nous avons inclus des danses typiques colombiennes”.
Les jeunes du groupe vocationnel
L’après-midi de rencontre a commencé par une messe à 15 heures organisée par les jeunes du “groupe vocationnel Anizan”. Puis neuf scènes théatrales ont retracé la vie et la spiritualité du fondateur des Fils de la Charité.
“Nous ne voulions pas en faire une œuvre trop formelle ou académique, mais quelque chose de compréhensible pour les gens du quartier” souligne le père Ramón.
“Notre Patio Bonito est notre quartier de Charonne“.
Ramón García fait le lien avec le quartier parisien où le père Anizan a vécu une partie importante de son expérience apostolique. Le lieu même du Festival Anizan donne son sens à la démarche. La paroisse se trouve dans un secteur populaire et précaire de Bogotá, au milieu d’enfants et de familles fragiles, de travailleurs qui vivent notament du recyclage.
Les enfants de “la Maison du petit Jacob”
Les enfants de la “Casa del pequeño Jacob” ont participé au festival : ils ont interprété la scène consacrée au “Petit Jacob” et chanté l’hymne des Fils de la Charité.
La paroisse organise un soutien appelé la “Casa del pequeño Jacob” de 400 enfants en situation précaire. En ce qui concerne le nom de “petit Jacob” il fait référence au récit du père Jean-Emile Anizan dans le journal de Charonne. Jacob est un garçon de dix ans épuisé par la maladie et la misère. Il se prépare avec ferveur à sa première Communion avec le père Anizan qui vient le visiter et la hâte en voyant la mort approcher. Il la reçoit dans le calme et la joie. Deux jours plus tard, il meurt entouré de sa famille serrant contre ses lèvres le crucifix du chapelet que le père Anizan lui avait donné, sans une plainte.
Pour le père Ramón, la présence de ces enfants a permis de “rompre ces barrières invisibles qui parfois séparent l’Eglise de notre peuple”.
Les familles venues voir leurs enfants ont ainsi découvert qu’au-delà des activités proposées par la paroisse, “il y a toute une histoire, il y a un fondateur, il y a un charisme très concret : annoncer l’amour de Dieu depuis la proximité avec les pauvres et avec le peuple”.
Les quatre aspirants Fils de la Charité
Le moment le plus marquant n’a pas été une scène en particulier. “Ce qui a marqué, c’est de voir les jeunes et la communauté s’approprier l’esprit du père Anizan”.
Les quatre aspirants présents ont représenté certains aspects de la spiritualité du fondateur. En amont, le père Ramón avait partagé les rôles entre eux et proposé un temps d’adoration.
“Pour moi, au-dessus de tout, le but du festival est vocationnel, parce que cela aide beaucoup les jeunes”, insiste-t-il.
Solidarité et les jeunes de la confirmation
Un arbre de la charité pour préparer Noël
Après la messe un autre symbole a été inauguré : “l’arbre de la charité”. Une branche sèche, décorée de lumières et de cœurs invite les habitants à participer à la préparation de Noël.
Les personnes peuvent prendre un cœur et revenir avec un jouet. Le père Ramón rappelle l’ampleur du défi : “l’année passée à Noël, nous avons dû compter au moins entre 1 200 et 1 500 jouets” pour les enfants accueillis à cette occasion.
Pour lui, cet arbre exprime aussi une conviction essentielle : “Le charisme n’est pas seulement l’histoire du passé, mais une semence qui peut continuer à grandir aujourd’hui au milieu de notre peuple”.
Des jeunes qui deviennent à leur tour transmetteurs
Une nouvelle initiative se profile avec le groupe “Jóvenes de Charonne” (les jeunes d eCharonne) destiné aux jeunes et dont l’identité sera liée au service. Le père Ramón veut notamment proposer aux 85 jeunes qui se préparent à recevoir la confirmation de découvrir ce projet.
Au terme de cette rencontre, le père Ramón retient une conviction : “Le charisme du père Anizan a beaucoup à dire dans cette réalité. C’est un charisme actuel.”
Pour lui, vivre ce charisme suppose de ne pas rester à distance : « Il faut être avec eux, s’impliquer, marcher avec eux, les écouter, partager leur vie. » Et il souhaite que les jeunes repartent avec une question : « Que puis-je faire pour que l’amour de Dieu arrive aux personnes que j’ai près de moi, spécialement à celles qui souffrent le plus ? »
Sa conclusion donne au Festival Anizan sa portée la plus concrète : “Il ne s’agit pas seulement de faire un festival sur Anizan, il s’agit de laisser Anizan nous rappeler pour qui nous sommes ici : pour les pauvres et pour les travailleurs”.
Propos de Ramón García fc, recueillis par Florence Krasowski le 29 septembre 2026

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