Portrait de Robert du Lattay fc

Robert RUBILLON du LATTAY

 13/2/1934 – 19/5/2019

Robert Guy André Marie Rubillon du Lattay est né le 13 février 1934 à Caen, d’André et de Colette Charpy. Il avait deux sœurs, Monique et Chantal. Il fut baptisé le 17 mars de la même année. Il fit sa communion le 10 mai 1945 au Mans à l’école Notre-Dame de Sainte Croix.

Robert avait choisi d’entrer au séminaire St Sulpice d’Issy-les-Moulineaux afin d’y discerner entre la vocation de prêtre diocésain ou de religieux prêtre Fils de la Charité. Il fut qualifié en 1ère année par le supérieur comme « l’un de nos excellents sujets, plein de bon sens et très travailleur. » et «l’apostolat dans les milieux populaires l’a toujours attiré.»

Robert fit son noviciat au cours de l’année 1954-1955 et ses premiers vœux le 24 septembre 1955 “jusqu’à mon incorporation militaire qui eut lieu dès le 11 octobre. Envoyé en Algérie, il s’occupait d’un centre de regroupement de plus de 300 enfants, certains orphelins, « ces camps dit d’hébergement sont de vrais camps de concentration barbelés tout autour, c’est vraiment une grande souffrance. ». Il y découvrit les méfaits de la guerre et « la misère atroce des pays sous-développés. Alors s’est fait pressant en moi le désir d’aller aux plus pauvres d’entre les pauvres et de vivre pauvre comme eux, témoin de l’amour de mon Seigneur. » Libéré des obligations militaires en novembre, il fit le renouvellement de ses vœux temporaires le 11 décembre 1957 “jusqu’au 24 novembre 1960“. Mais il obtint l’autorisation de faire sa profession perpétuelle le 24 juillet 1960 « pour élever petit à petit ceux dont j’aurai la charge à la dignité de Fils de Dieu, à la plénitude du Christ notre Sauveur »[1]. « Je vous offre ma vie toute entière pour les pauvres d’Afrique, de l’Inde ou du Brésil ou de tout autre pays. »[2]

Robert fut ordonné prêtre le 9 octobre 1960 à Issy-les-Moulineaux.

Jeune prêtre, il est envoyé à Bezons durant un an puis à Vierzon. Il est vicaire et apprend la pastorale en milieu ouvrier à la manière des Fils de la Charité.

Le 31 mars 1964 il arrive au Brésil à Santo André. Mais le 31 mars 1964 est aussi une date funeste: l’avènement de la dictature militaire. Robert a très vite pris la tête d’un mouvement de femmes, les “donas de casa”, les maîtresses de maison, et avec d’autres, il a rendu le mouvement puissant sur la région. Une revue du parti communiste français en fit l’éloge. En même temps, Robert était aumônier diocésain de l’action catholique ouvrière. Après un temps de travail ouvrier dans la métallurgie, Robert rentre en France en 1969 et il est nommé dans l’équipe de Grand Quevilly.

En 1971, il retourne au Brésil, dans le quartier de Guaraciaba, des favelas de 30000 habitants. Il fonde la paroisse Sao Geraldo : «Les gens étaient si heureux d’avoir un prêtre qu’ils m’avaient construit une petite baraque en bois.»

En 1978 il revient en France, nommé à Colombes. Après tant d’années passées au Brésil, il lui fallut se réadapter à la vie française. Mais par son ingéniosité pastorale, sa simplicité et son écoute, par ses homélies, il a aidé à la réconciliation entre des paroissiens divisés.

A Colombes en 1987, son esprit missionnaire le rend attentif à une nouvelle situation : c’est la révolution pacifique aux Philippines avec la chute du dictateur Marcos et l’arrivée au pouvoir de Cory Aquino. Robert a alors demandé à son frère d’équipe Daniel Godefroy : « Serais tu d’accord que nous allions ensemble fonder les Fils aux Philippines ! » qui lui a immédiatement répondu : « Je suis volontaire ! » Les évènements ont été un peu différents que ce qu’il avait prévu. Il est parti en Côte d’Ivoire et c’est Joseph Bouchaud qui a été le père fondateur de la communauté Fils aux Philippines en 1991. Mais son intuition était juste.

Robert est donc envoyé à Abidjan en 1989, curé d’une paroisse en charge du port de cette capitale. Lors d’une oraison, le Seigneur lui fit prendre conscience qu’il devait redevenir un enfant et apprendre la culture de ce peuple d’Afrique pour le servir. Il y restera jusqu’en 1992, date à laquelle il rejoint l’équipe de Brazzaville en République du Congo. Comme toujours il a aidé beaucoup de gens qui étaient dans les difficultés, morales, psychologiques ou financières… jusqu’à y laisser une grande partie de la quête !

De 1995 à 1996 il est nommé au secteur pastoral de La Ville-aux-Dames et Saint-Pierre-des-Corps du diocèse de Tours. Puis il part rejoindre l’équipe de la Chapelle St Luc jusqu’en 2003. « C’est la bonté même ! » témoignent encore aujourd’hui des paroissiens.

Durant 2 ans, il est à St Ouen et en 2005 il est nommé à l’équipe de La Rochelle. « Il vivait le temps présent à fond : homme de foi, homme de conviction, il était tout à tous. Il accompagnait des catéchumènes, il était très présent à la mission de la mer, à rencontrer des marins à Marine Escale ou parfois sur les cargos, les réunions avec les membres de l’équipe mission de la Mer. » De fait, le 1er janvier 2006, il fut nommé aumônier du monde maritime pour le diocèse.

Robert a fêté son jubilé des 50 ans d’ordination le dimanche 10 octobre 2010 à La Rochelle, dans l’église Saint Pierre à Laleu. Pour illustrer son homélie il y avait dans un filet de pêche des poissons, images des visages des personnes de sa famille, des amis des différents lieux où Robert avait vécu et des équipes pastorales des paroisses de la Rochelle Ouest.

En 2012, affaibli par la maladie, il fut nommé dans la communauté des aînés de St Joseph à Issy-les-Moulineaux ; très difficile pour lui d’accepter de ne plus être au service d’un peuple en pastorale. «Comme j’aimerais venir avec toi !» disait-il à Bernard Claireau nommé à l’équipe de la Chapelle St Luc.

Mais au milieu de nos frères aînés Robert prononçait d’excellentes homélies. Il aimait la vie de la communauté et se voulait religieux, disant : « nous sommes les moines de la congrégation ! »

Robert, Bob tu as été un bon frère, et un très bon pasteur. Et tu as su transmettre ton savoir faire à des jeunes Fils de la Charité. Tu avais aussi un talent pour faire de belles célébrations et des homélies touchantes. Des qualités qui sont mises en évidence dans l’Évangile par Jésus.

Et tu avais un sens profond de l’obéissance : « L’obéissance à mes Supérieurs est encore la plus grande des pauvretés et le plus sûr moyen de sauver les hommes les plus pauvres. »[3]

Laissons encore la parole à Robert, en adaptant légèrement une phrase qu’il a prononcée pour ses 50 ans d’ordinations :

« Près de 60 ans de vie de religieux et de prêtre, c’est dans mon cœur une grande joie, une immense joie, cette joie que Jésus réserve à ceux ou celles qui se mettent à Le suivre. C’est à cause de cette joie que je voudrais, avec vous, rendre grâce à Dieu pour tout le chemin que j’ai parcouru. »

Nous sommes sûrs qu’aujourd’hui le Seigneur t’accueille : « Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître ! »

[1]     Lettre de demande de vœux perpétuels datée du 20 janvier 1960

[2]     idem

[3]     20 janvier 1960

 

Jean-Michel Rapaud, fc

Responsable de France

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