Saint-Ouen reçoit la représentation de “Charité Point Comme”

21 Juin 2023 | Projet T' | 0 commentaires

Auteur de l'article : Florence Krasowski
Crédit photos : Florence Krasowski

Saint-Ouen reçoit la première représentation de « Charité Point Comme »

Depuis deux ans, 13 jeunes de Seine-Saint-Denis se préparent avec 3 accompagnateurs, à interpréter la pièce de théâtre de Danielle Kelder « Charité Point Comme ». Le 17 juin 2023, nous étions plus de 150 à assister à la première en l’église du Sacré-Cœur à Saint-Ouen (93).

Une pièce à l’époque du père Anizan

Lorsque je suis arrivée à l’église du Sacré-Cœur j’ai été accueillie par Inès Minin l’une des deux accompagnatrices. En guise d’accueil, tout sourire, elle m’a remis une carte d’un des 17 personnages de la pièce. J’étais tout émoustillée de savoir quelle carte j’allais recevoir en cadeau. Et j’ai eu celle du Père Anizan ! Un beau clin d’œil à notre compagnonnage depuis plus de 14 ans, au service de la communication des Fils de la Charité. Benjamin Vergniaud fc -aussi metteur en scène- a dit à Inès : « Ne batailles pas à lui expliquer, c’est elle qui les a imprimées ! ». Je les ai effectivement imprimées mais c’est tout. J’ai été impressionnée par le travail de Jérémie : les deux superbes affiches et les dessins de toutes les cartes. J’avais lu avec plaisir le dossier de presse et ces fameuses cartes où les acteurs avait rédigé le portrait de son ou de ses personnages. N’allez pas croire que la pièce est sur le père Anizan, justement non ! Vous verrez plus bas.

Puis j’ai pris place à l’intérieur de cette église éteinte. J’ai vu deux mendiantes assises à l’entrée. A vrai dire, j’ai eu un petit coup au cœur en pensant que c’étaient des « vraies » mendiantes. Les bancs de l’église étaient déjà bien pleins. Dans le public arc-en-ciel quant au niveau de l’âge et de l’origine, j’y ai vu des religieux bien entendu, des membres de la Fraternité Anizan de la région parisienne et pas que, des paroissiens ou amis de la Troupe du Projet T’. Le spectacle allait commencer. Le souffleur Laura Leite et les deux jeunes Nelson et Aurélien de la technique étaient à leur table de la technique. Dans le chœur, les tables de bar, le meuble bar, le mot café en guirlande lumineuse, tout était prêt. La joie d’avoir le privilège d’être présente est redescendue d’un coup en entendant la première réplique « La charité messieurs, dames ». Nous rentrions dans le vif du sujet.

J’irai revoir ma Normandie

Nous sommes immergés juste avant la première guerre mondiale. Les images projetées et les costumes des acteurs actualisent la scène. Tantôt dans l’ancien, tantôt dans le moderne du quartier populaire où vivent ces jeunes acteurs. Même si les passages musicaux autorisent de courtes méditations, le rythme des dialogues, des déplacements et de la lumière sont haletants. 75 minutes de voyage sur les chemins humains du labeur à l’usine, de la conversion, de l’amour, de la maladie, de la mort, de la révolte, de l’hostilité, du vivre-ensemble, de l’exaltation, de croyants. La présence de l’Église, de Dieu, des témoins défilent dans ce café. Les paroles de l’Évangile sont distillées au fil des échanges, la vérité nous fait rentrer dans l’introspection de notre propre comportement. Je reconnais aussi certaines paroles du père Anizan.

J’ai un coup de cœur pour les morceaux de musique interprétés en direct au piano, alto, flûte et pour le chant, très présent et apaisant comme un baume sur le cœur.
Je ne peux malheureusement en dire plus pour laisser l’effet de surprise aux futurs publics qui auront cette chance de se plonger dans ce quartier populaire résolument bouillonnant.

Les acteurs ont surpassé la demande initiale

La troupe vit une aventure humaine et fraternelle depuis deux ans. Ils ont appris à se connaitre, à travailler voix, rôles, costumes, décor, mise en scène et pas seulement.
Les metteurs en scène Benjamin et Laura qui connaissaient très bien les jeunes – ont reconnu « avoir proposé les rôles » à chaque jeune en leur disant qu’ils n’avaient pas le choix. Étonnamment, les acteurs ont tous développé des talents inconnus des accompagnateurs : « Chacun a révélé un talent, ils ont su surpasser la demande du départ ».

Orana et Laurette ont pris l’initiative de danses captivantes. Clotilde a composé la musique tout au long de la pièce et les paroles du chant final qu’elle interprète magistralement. Axel au piano, Marie à l’alto, Nelson à la vidéo, Jérémie les dessins…
Gabriel dit avec humour qu’il « a été obligé d’être moins raciste ». Jérémie « n’était pas convaincu par le rôle attribué au début » qui lui semblait « mou ». Il est rentré dans le rôle « avec l’histoire de la mort de son petit garçon ». Il s’est retrouvé avec le plus de répliques alors qu’il ne voulait pas de texte à apprendre. Clotilde a été obligée de salir son déguisement de mendiante en « se roulant par terre pour avoir un vrai costume ». Avec son autre rôle de musicienne, elle n’avait aucune réplique. Clotilde « devait communiquer par des gestes, imaginer l’histoire de Tic-Tac”. La sœur Madeleine, pieds nus, est très convaincante et tellement rayonnante. Marie joue sublimement Émilienne.

Qu’est-ce qui a été vécu en tant que troupe ?

La troupe du Projet T’ a vécu deux longues années de préparation avec des week-ends de répétition, d’apprivoisement de son rôle et des moments de vie quotidienne en groupe. Les acteurs sont rentrés dans l’univers de la pièce par les visites de Verdun accompagnés par Pierre Tritz fc et la visite du quartier de Charonne avec Hélène Bonnet.

Les jeunes acteurs « devaient s’engager sur deux ans alors qu’ils ne savent pas ce qu’ils font à court terme ». Les metteurs en scène expliquent « qu’ils ont grandi avec eux, ensemble, la timidité du début à fait place à un vrai collectif qui grandit et chemine ensemble. Bravo et merci pour ces belles rencontres ».

« Charité point comme » chacun peut répondre

Michel Retailleau fc s’est dit « très ému » car il est à l’origine de la pièce avec Danielle Kelder il y a 20 ans où un certain Benjamin ici présent jouait. Michel a trouvé l’interprétation magnifique « avec beaucoup de profondeur ». « Danielle va pleurer quand elle va la voir ». Il a dit aux jeunes : « Vous avez un réel sens artistique. Le texte est très dense. Vous avez su apporter des moments de fraîcheur à travers la danse, la musique. Le thème est sérieux, très sérieux, à cause de la sono parfois nous avons raté des répliques. Benjamin a rajeuni la pièce, les images donnent beaucoup d’actualité et de fraîcheur ».

Un petit garçon a demandé à la fin de l’échange avec les acteurs : « Quelle est la morale de la pièce ? » La réponse est dans le titre. Chaque personnage a fait avancer la morale, se repend, pardonne, cherche le bonheur, la paix. Tout le monde a sa place en Église, atteignable par tous, Dieu est accessible.

Joël Vabre fc demandait à Pierre Tritz fc si la pièce pourrait se rendre au festival d’Avignon. Assurément ! Tout y est.

En attendant, c’était la première ! Pour la troupe le chemin continue. Vous pouvez réagir sur projet.t@filsdelacharite.org

Florence Krasowski

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