Petit frère par Isabelle Coutant et Yvon Atonga

29 Avr 2024 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Eric Récopé fc
Crédit photos : Le Seuil

Petit frère. Comprendre les destinées familiales par Isabelle Coutant et Yvon Atonga

Pourquoi dans une fratrie l’un s’en sort et l’autre pas ?

En 2016, un fait divers attire l’attention d’Isabelle Coutant, sociologue. Il s’agit d’un meurtre et le nom de celui qui a été assassiné et que l’on décrit comme un caïd de Villiers-le-Bel ne lui est pas inconnu. Elle se souvient de l’avoir rencontré quinze ans plutôt dans le cadre de ses recherches sur la banlieue et garde le souvenir d’un animateur de quartier très dynamique, l’image d’un grand frère à l’écoute des jeunes, admiré et avec une influence plutôt positive dans le quartier. Que s’est-il donc passé ? Isabelle renoue avec les connaissances de l’époque et surtout avec Yvan qui a voulu comprendre pourquoi son frère Wilfried n’avait pas échappé à la Cité alors que lui avait réussi.

Famille originaire du Congo-Brazzaville, arrivée en France en 1977

Nous sommes alors plongés dans la vie d’une famille originaire du Congo-Brazzaville, arrivée en France en 1977 et installée à Villiers-le-Bel. Le père a refusé de suivre la tradition familiale de chasseur et a voulu apprendre à lire et à écrire pour s’émanciper. Il fuit donc au Cameroun chez une tante, se débrouille pour manger et travailler. Il travaillera dans les travaux publics, puis devient chauffeur. Il revient à Brazzaville en 1968 et trouve un emploi comme chauffeur dans les ministères. Voyant ces derniers envoyer leurs enfants faire leurs études en Europe, il se dit : « ça veut dire que l’Europe, ça doit être bien » et il postule avec insistance pour y être muté.

Les plus grands protégeant les plus jeunes de mauvaises influences

Marié entre temps, il a fondé une famille avec la conviction que « les enfants, c’est la plus grande richesse qu’on peut avoir, c’est la plus grande fierté qu’on peut avoir. » Il prendra une deuxième femme, ce qui fera une fratrie de dix enfants. Comme dans toutes les grandes familles, des affinités émergent permettant de se soutenir. Les plus grands protégeant les plus jeunes de mauvaises influences.
C’est dans ce contexte que nous voyons évoluer Wilfried entre fratrie, bande de quartier, école, activités diverses, à côté d’un frère qui prend davantage au sérieux les conseils de leur père qui les pousse à lire et faire des études.

Le dilemme qui se pose alors est celui de rester fidèle à ses racines familiales liées à celles d’une Cité et en même temps de s’émanciper

Pour ce faire, il faut s’extraire d’un environnement bruyant, agité et parfois tendu. Si les deux frères restent très complices, en particulier dans des projets musicaux (Rap), leurs voies vont diverger, l’un poursuivant ses études l’autre avançant « à la débrouille » jusqu’à devenir un bon animateur de quartier.
Le dilemme qui se pose alors est celui de rester fidèle à ses racines familiales liées à celles d’une Cité, aux copains de toujours et en même temps de s’émanciper pour se construire une vie plus tranquille au profit de la famille que l’on crée.
Les tensions sont parfois vives et le passé peut ressurgir inopinément comme pour Wilfried, revenu régler un différend, et assassiné.

Invité au cœur même du récit familial de migrants vivant en Cités

La particularité de ce récit d’Isabelle Coutant vient de ce que cette famille est originaire du Congo-Brazzaville. La rédactrice a pris soin d’ajouter une annexe bien fournie précisant les caractéristiques sociales des immigrés congolais et de leurs descendants. On découvre qu’ils sont globalement plus diplômés que les migrants des autres pays d’Afrique ou hors Afrique. Et encore, parmi d’autres précisions fort intéressantes, que, contrairement aux idées reçues, 25% des hommes se déclarent athées ou sans religion.
Ce témoignage ne m’a pas laissé indifférent car j’ai connu comme tant d’autres ce type de situation. Cependant il nous arrive rarement d’être invité au cœur même du récit familial de migrants vivant en Cités.

Éric Récopé fc

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le visage du Père Anizan entre les lignes

Christelle Simonetti raconte sa retranscription de la correspondance reçue par le père Anizan dans le Bulletin de la Fraternité Anizan.

100 ans de mission pour les Auxiliatrices de la Charité

Des Courtillères à Aubervilliers, de Paris au Portugal, les Sœurs Auxiliatrices de la Charité célèbrent leur centenaire au cœur des quartiers populaires.

Surconsommation, on arrête tout et on réfléchit ! par Samuel Sauvage

Samuel Sauvage analyse les mécanismes de la surconsommation et appelle à une sobriété individuelle et collective face aux défis écologiques.

Centenaire des Auxiliatrices de la Charité : une fête d’action de grâce à Bobigny

À Bobigny, les Auxiliatrices de la Charité ont célébré 100 ans de mission et 65 ans de présence dans le quartier de Courtillères.

Deux chorales, une même joie : Bourges et Grigny réunies pour l’Ascension

Rencontre fraternelle entre les chorales de Bourges et Grigny pour l’Ascension 2026, autour de la prière, du chant et de la communion.

La Ballerine de Kiev par Stéphanie Perez

La Ballerine de Kiev raconte la guerre en Ukraine à travers des artistes bouleversés par le conflit, entre danse, résistance et survie.

La fête du Sacré-Cœur rappelle aux Fils de la Charité leur identité profonde

La fête du Sacré-Cœur rappelle aux Fils de la Charité leur vocation : aimer, servir les pauvres et porter l’espérance populaire.

Sacré-Cœur 2026 : Jacques Langlet,omi interprète Christian Bobin

Jacques Langlet omi interprète L’homme qui marche de Christian Bobin pour la fête du Sacré-Cœur 2026 des Fils de la Charité à Issy-les-Moulineaux.

L’homme qui lisait des livres par Rachid Benzine

À Gaza, un libraire résiste par les livres. Une méditation bouleversante de Rachid Benzine sur la lecture, l’exil, la mémoire et l’humanité.

Cathédrale de Chair : quand la danse de Raphaëlle Hubin devient prière

Raphaëlle Hubin dans “Cathédrale de Chair” mêle danse méditative, musique sacrée et fraternité dans l’église de Sainte-Hélène à Paris.

Share This