Le Dieu qui ne compte pas, par Etienne Grieu sj

28 Mar 2023 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : Salvator

Le Dieu qui ne compte pas, par Étienne Grieu sj

Voici un livre d’Étienne Grieu inconfortable qui demande du temps parce qu’il enrichit ce dialogue incessant entre les textes bibliques et notre propre vie. L’écriture est sobre, ponctuée de « mais il y a plus » qui nous introduisent dans un univers qui sans cesse « élargit l’espace de notre tente ».

Dieu est gratuité

Au centre de la vie chrétienne, il y a « ceux qui ne comptent pas », il y a « l’écoute des humiliés et des boiteux » qui vont nous révéler petit à petit mais avec force un Dieu qui lui-même ne compte pas, aux deux sens du terme : Dieu est gratuité, don sans calcul ni retenue, il est la « vie en abondance », et en même temps, il ne s’impose à personne. Il frappe à la porte et il n’entre que si nous l’y invitons, au risque d’être oublié comme les oubliés de nos sociétés. Depuis longtemps déjà Étienne Grieu, jésuite, conduit cette méditation lourde de conséquences : « Le grand rendez-vous spirituel et religieux de notre temps est avec le Dieu qui ne compte pas, qui ne compte plus comme un acteur qui pourrait faire valoir ses états de service ou s’imposer dans nos compétitions. Et qui ne compte pas, au sens où, mû tout entier par un dessein de don, il s’est toujours refusé à ce que le calcul occupe la première place. »

Une fraternité à renouveler

L’auteur place au cœur de l’annonce de l’Évangile et donc au cœur de l’Église ce « petit peuple qui la houspille », ce même peuple considéré comme ignorant et dont Jésus dit qu’ils sont les plus qualifiés pour parler de Dieu. Ils nous permettront de définir une nouvelle « utopie » pour le monde, à savoir une fraternité renouvelée car toute centrée sur notre capacité de donner une place à tous les oubliés. Nous préparons ainsi ce que les chrétiens appellent le Royaume. « Que ton Règne vienne ! »

Depuis longtemps, Étienne Grieu sj fréquente des lieux où ceux qui ne comptent pas prennent la parole après de très longs silence, blessés qu’ils étaient jusque dans leurs capacités de raconter ; de ces paroles il tente de nous en faire entendre toutes les significations. Voici un court extrait d’un dialogue : « C’est pas une vie. Déjà, à la naissance, j’ai été abandonné. Ça fait cinquante ans, oui, depuis ma naissance. Des questions ? Je m’en pose des questions. Je ne suis pas mort pour ça. Ma vie, elle est comme ça, je vis quand même. » Si nous prenions le temps de mettre sur un papier ce que nous comprenons de ces quatre lignes, nous pourrions ensuite lire le commentaire qu’en fait l’auteur au chapitre 3. De même peuvent être mises en débat les quatre pages sur la religion populaire.

Au cœur de l’Alliance

Devant le chemin de croix, les textes de la passion du Christ (« Il est tombé » « Il a voulu souffrir pour nous, c’est notre sauveur »), devant les récits de la Résurrection, ceux-là qui se taisent habituellement discernent un Dieu qui n’a pas abandonné son Fils, et qui n’abandonne aucun de ses fils, ceux qui sont dans la grande misère et ceux qui sont avec eux, en relation avec eux, en dehors de tout calcul, et pour l’unique raison : « Tu me demandes pourquoi ? Parce que c’est toi. »

Peut-être sommes-nous accablés, déprimés devant un monde présenté comme éclaté de toutes parts parce qu’il n’y a plus de grands récits, ni de projets de société communs capables de nous fédérer, de faire de nous un peuple. « En redécouvrant l’Église comme signe de l’Alliance, nous sommes reconduits vers ces frères qui campent au bord du monde. Nous retrouvons le geste séculaire des croyants qui, au long du récit biblique, refusent de voir jeter hors de notre cité ceux qui nous font peur ou qui sont ingérables. Ce sont ceux-là qui nous ramènent au cœur de l’Alliance, parce qu’ils sont, dans leur être même, une question vivante adressée à tous : qu’est-ce qui fait que nous appartenons à la même famille humaine ? »

Gérard Marle fc

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les oreilles de l’évêque, à propos des diacres

Les oreilles de l’évêque d’Étienne Grieu : qui sont les diacres, au service de la liturgie et des plus pauvres ? Coup de cœur.

Hommage au père Eric Récopé fc (19/03/1945–16/10/2026)

Le père Eric Récopé de Tilly Blaru fc est décédé à Paris dans la nuit du 15 au 16 octobre 2026 à l’age de 81 ans.

Prendre le positif de la vie, même dans les galères

Marie-Juliette raconte son père prisonnier de guerre, son enfance de gauchère contrariée et comment prendre le positif de la vie face aux épreuves.

Vieillir dans la foi : chaque jour mène à Dieu

Vieillir dans la foi, entre isolement et dépouillement : Bernard invite à faire de chaque jour un chemin vers Dieu, à l’exemple de Nazareth.

Accompagner des souffrances par Françoise Niessen

Accompagner des souffrances : Françoise Niessen éclaire la souffrance, la fin de vie et l’art d’accompagner.

Saint Carlo Acutis à Romariz : une statue et une relique pour la jeunesse

Le 4 octobre 2026, la paroisse de Romariz a accueilli la statue et une relique de saint Carlo Acutis. Flávio Alvés fc nous explique pourquoi.

Ouverture d’une Annexe paroissiale à Vindoulou-Obambi en République du Congo

L’Annexe paroissiale Sainte Faustine ouvre le dimanche 25 octobre 2026 à Vindoulou-Obambi en République du Congo, lors d’une messe à 8 heures.

Bogotá : le Festival Anizan fait vivre le charisme au cœur d’un quartier populaire

A Bogotá, le Festival Anizan rassemble jeunes et habitants autour de la figure du père Anizan, de la foi, du service et de la fraternité.

Un siècle plus tard, le pèlerinage des Auxiliatrices de la Charité refait le chemin des origines

Les Auxiliatrices de la Charité ont fait un pélerinage en trois étapes pour revivre les origines de la congrégation, cent ans après sa fondation.

Adieu ma Russie : Nicolas Werth, un historien face à la Russie de Poutine

Adieu ma Russie : l’historien Nicolas Werth mêle son histoire familiale à celle de l’URSS dans un livre testament, publié aux Belles Lettres.

Share This