“A ce moment-là, j’ai crié, j’ai demandé un autre enfant !”

Carine et Hervé Compagnons de la Charité de Jean Guellerin

Témoignage bouleversant de Carine, membre des Compagnons de la Charité, interviewée par Pierre Tritz fc, vicaire général des Fils de la Charité pour Chantiers (de mars 2020 “La femme est l’avenir de l’homme”).

Elle raconte comment elle a osé demander un autre enfant alors que sa maladie rendait la possibilité impossible. Et elle a été exhaussée miraculeusement par deux autres enfants !

Sur les pas du père Anizan à Verdun en mai 2015 avec la Fraternité Anizan

Ce 20 juin 2009, une trentaine de personnes et d’enfants, des sœurs Auxiliatrices de la Charité et des Compagnons de la Charité, marchent sur les pas du Père Anizan. Elles ont le désir de découvrir les lieux et ses écrits.

Carine, avec son mari Hervé, tous deux membres des Compagnons de la Charité et Andry leur fils, âgé de 5 ans, sont avec nous. Carine raconte. Surprenant. Questionnant. Bouleversant.

Ce puits très profond

Carine : Je ne connaissais pas du tout l’histoire du Père Anizan à Verdun (voir ci-dessous), ni même l’histoire de cette Première guerre mondiale.

Quand on a commencé à marcher et au fur et à mesure que l’on avançait sur ce chemin, il y avait comme un appel. Quelque chose comme un sentiment que je ne pouvais pas exprimer.

Durant la visite du premier fort – le fort de Vaux, ndlr – j’avais un sentiment d’oppression. Nous avons continué à marcher, nous avions chaud.

Quand nous sommes arrivés à La Laufée, il y avait comme un apaisement. Nous avons commencé à descendre, je me rappelle bien, Pierre, tu nous as dit:

“faites attention où vous mettez les pieds. Il fait noir, ne serrez pas à droite car il y a un puits profond”.

Une fois, tous entrés et bien regroupés, j’éprouvais comme un sentiment d’apaisement et puis il y avait ce puits, ce puits profond. Je le voyais, il m’appelait. Je ne voyais pas le fond mais je savais qu’il était très très profond. Dès que l’on a commencé la célébration je ne voyais que ce puits. Je ne vous voyais plus et à un moment, je ne dis pas les choses dans l’ordre, j’ai ressenti comme un appel qui me disait : « parle, parle ».

Des intentions de prière ont été partagées, comme ci, à ce moment là, ce « parle » se complète avec « je t’écoute, je peux exaucer ta demande ». C’était vraiment ça.

Puits de cdd20 par Pixabay
2015 05 La Laufée Verdun de Marie-Catherine Cloarec

Le fort de La Laufée

La Laufée est un ouvrage militaire intermédiaire entre le fort de Vaux et celui de Tavannes. Il a été visité plusieurs fois par le père Anizan. Il est sur le tracé du chemin du père Anizan mais ne se visite pas.

Le Père Anizan à Verdun

Le père Anizan est venu à Verdun le 6 août 1914 comme aumônier volontaire. Habitant à Damloup, petit village en amont de Verdun, il en était le curé. Il visitait les soldats cantonnés dans les forts. Son “Journal de guerre”, rédigé les premiers mois durant son séjour dans cette région, donne la mesure de ce qu’il vivait. Jean Yves Moy, historien, est l’auteur du livre : “Aumônier à Verdun. Journal de guerre et lettres du père Anizan“. Le père Anizan quitte Verdun début février 1916.

Sur les pas du père Anizan à Verdun en mai 2015 avec la Fraternité Anizan
Sur les pas du père Anizan à Verdun en mai 2015 avec la Fraternité Anizan

Un appel comme un tourbillon

Endométriose

Carine : A ce moment-là, j’ai crié, j’ai demandé d’avoir un autre enfant. Il y a 6 ans d’écart entre Andry et Nirina. On avait découvert peu de temps avant, entre janvier et juin 2009, que j’avais une endométriose, raison pour laquelle je ne pouvais pas concevoir.  Je saignais beaucoup. Si les règles, les menstruations d’une femme durent 3 jours, moi c’était 15 jours,  des hémorragies qui me fatiguaient beaucoup. J’en avais marre.

Concevoir d’autres enfants

C’était un ras-le-bol en disant : « si tu veux me donner des enfants, donne-les-nous maintenant c’est maintenant quoi ! ». C’était vraiment mon cri de détresse. D’autant plus que, dans cette période de règles, on ne savait pas si l’on concevait un enfant ou bien s’il était parti ou non. Plus tard, il nous a été expliqué que l’on peut concevoir un enfant mais que cela ne reste pas. C’est la maladie de l’endométriose.

Pendant l’Eucharistie

Pendant cette messe dans le fort, j’étais bien et en même temps cet appel que je ressentais, c’était comme un tourbillon, comme un bien être, je n’avais pas peur. Ce puits, il ne me faisait pas peur. J’avais peur pour les autres mais, moi, non, j’avais confiance. Il faisait noir dans ce fort. Cet endroit m’appelait puisque le père Anizan était là, présent avec nous. Je savais que c’est à lui que je devais m’adresser. Je ne saurais pas l’expliquer mon cri, j’avais confiance, une grande confiance.

Ton cri poussé dans la prière universelle, c’est un cri qui a traversé et rempli le fort tout entier. Il a bouleversé, surpris tous les participants.

Sur les pas du Père Anizan

Oui, c’était un pèlerinage sur les pas du Père Anizan. Je savais aussi que sur chaque centimètre carré de cette terre il y avait eu du sang. Et pourtant, je voyais la vie dans cet endroit-là. C’était un cri de détresse et de confiance.

Sur les pas du père Anizan à Verdun en mai 2015 avec la Fraternité Anizan

Nirina, notre deuxième enfant

Impossible que vous soyez enceinte

Quand nous avons conçu Nirina à la mi-juillet 2009, le jour où j’avais rendez-vous chez le gynéco, j’avais déjà fait un test de grossesse le matin. L’après-midi  du rendez-vous, il était prévu de faire une IRM. Je suis allée le voir avant et il m’a dit :

« ce n’est pas possible que vous soyez enceinte, vous allez directement faire une prise de sang et c’est moi qui annule l’IRM. Si vous êtes enceinte, on ne peut pas faire d’IRM, c’est trop dangereux ».

Le résultat de test étant positif. Il m’a dit : « maintenant on va faire une échographie tous les dix jours ». Parmi ses collègues, certains ont dit que ce docteur est trop prudent, il est « parano ». Non, je ne le pense pas. Avec cette maladie, on l’a su plus tard, lors de mon  opération de l’utérus il y a deux ans en novembre 2017, tout l’utérus, toutes les parois à l’intérieur étaient tapissées d’endométriose. J’avais aussi un fibrome, des nodules. Vraiment il était impossible d’avoir des enfants.


Extrait de Chantiers n°205 – mars 2020

 “Le femme est l’avenir de l’homme” : en savoir plus et s’abonner


Couverture de la revue chantiers de mars 2020 sur

Sommaire de la revue chantiers de mars 2020 sur

"Il y a eu quelque chose, c’est un mystère"

Le gynéco m’a dit : « je ne sais pas si vous êtes croyante, moi je ne le suis pas, cependant il y a eu quelque chose, c’est un mystère. Tant mieux pour vous, cela ne m’est jamais arrivé dans ma carrière ».

Il y a eu un suivi, tous les 10 jours pendant un mois, un mois et demi. Le bébé était bien placé parce que lui-même avait pensé interrompre la grossesse. Il a fallu surveiller et on a surveillé.

Contraction à 5 mois de grossesse

Le 2 janvier 2010, des amis sont venus à la maison pour faire la fête. J’avais une contraction, une contraction comme si j’allais accoucher. Il a fallu aller aux urgences de la maternité. Jusque là, la grossesse s’était bien passée. Je suis depuis plusieurs heures dans la salle d’accouchement et on nous dit : « on va devoir aller la chercher ». Je me rappelle, on a appelé ma belle-mère qui nous a dit : « si ça part, ça part, ce n’est pas grave vous ferez un autre enfant ». Et là je me suis dite en moi-même, ce n’est pas un morceau de bois que j’ai dans mon ventre, c’est une vie, ce n’est pas possible. Pendant les heures où j’étais dans la salle d’accouchement on m’avait mis des perfusions, on surveillait par monitoring les contractions en nous redisant « on va allez la chercher ».

Prière et supplication

Elle avait 5 mois, 5 mois et demi. Alors, nous avons demandé, Hervé et moi, à être seuls. Nous avons beaucoup prié, prié l’Esprit Saint pour éclairer les chirurgiens. Nous avons appelé et prié le Père Anizan, nous avons supplié Jésus, nous avons prié Victoire – une bienheureuse malgache – d’où le nom de Victoire. Nous avons prié en tremblant : « tu nous as confié cet enfant, pourquoi l’enlever aujourd’hui ? ». C’était vraiment notre prière et puis, comme nous sommes croyants, nous savions qu’il n’y avait pas de hasard là-dedans. Si le Seigneur voulait que l’on ait cet enfant, il a tout fait pour.

A un moment, la sage-femme, juste elle, est revenue. En regardant l’écran, elle s’aperçoit que cela s’améliore. Nous sommes restés encore 3 heures, les contractions se sont calmées. Nous sommes rentrés à la maison, la grossesse s’est poursuivie.

Naissance à terme de notre enfant

Nirina est née le 30 avril 2010, dans la nuit du 30 avril au 1er mai, entre 23 heures et minuit.

Puis Noro, notre 3ème enfant

Pour Andry, c’était un cadeau, Nirina c’est le deuxième cadeau mais après il y a eu Noro en 2012.

Noro en malgache se prononce Nour. Ce prénom signifie : Vie, Lumière. Noro s’est implantée toute seule sans qu’on le sache parce que la maladie à ce moment là était au plus haut. J’ai beaucoup souffert. La maladie se calme pendant la grossesse, c’est le seul moment où la femme ne souffre pas pendant la grossesse ou la ménopause.

Cette maladie, c’est le sang qui doit être évacué, il se balade dans les organes ou ailleurs et cela crée des nodules. A part les saignements abondants, il y a aussi la douleur, douleur atroce. Quand on accouche on a des contractions, on a mal mais il y a un répit. Cette douleur, c’est une douleur incessante pendant quatre jours.  Aucun médicament ne permet de calmer.

Noro, c’était le 3ème enfant, elle est née  le 30 avril 2012 à 22h25, c’est incroyable.

Carine et Hervé et leurs enfants, Compagnons de la Charité de Frédéric Tonquedec

Carine et Hervé et leurs enfants, lors du Centenaire de la fondation des Fils de la Charité

"C’est au père Anizan que je me suis adressée"

Carine, Hervé, Andry … et Nirina

Elle est née, c’était le bonheur. Pour Andry c’était une césarienne en urgence. Pour elle, un accouchement normal. Le soir de l’accouchement, j’étais gênée parce qu’autour de moi, il y avait toute l’équipe médicale, des étudiants c’était rempli de monde. Pour eux tous, la grossesse était difficile, l’accouchement allait être difficile. Ils étaient tous là, au taquet même notre pédiatre, elle a attendu. C’était le plus bel accouchement.

Nirina, pour nous c’était le miracle. Son prénom, en malgache, signifie Désirée. Victoire est son deuxième prénom parce que c’est la victoire sur la vie, en lien avec la bienheureuse malgache. Pour nous, un enfant, c’est le cadeau de Dieu. S’il nous confie des enfants, c’est qu’il a confiance en nous. On dit que ce sont nos enfants mais ce sont les enfants de Dieu et c’est à nous d’en prendre soin.

Le fruit de hasard ?

Ces nuits du 30 avril au 1er mai

C’est lorsque j’ai lu la biographie spirituelle du Père Anizan – livre écrit par Antonio Cano, Fils de la Charité espagnol, ndlr – que j’ai fait le lien. Mais déjà je le savais puisque c’est à lui, au père Anizan que je me suis adressé à la Laufée.

Quand j’ai lu la biographie je me suis dit, cela ne peut pas être un hasard, on est dans la nuit du 30 avril au 1er mai,  date et heure du décès du père Anizan.

Cette maladie touche 20% des femmes. Nous pouvons dire que nous avons eu de la chance d’avoir ces enfants. Beaucoup de femmes ne peuvent pas en avoir et je me dis que c’est notre foi qui nous confirme que l’on nous a confiés ces enfants-là.

J’ai été opérée il y a deux ans en novembre 2017. Ils ont envoyé à l’anatomopathologie l’utérus. Le compte rendu était édifiant. Durant l’opération il y a eu une complication. Il a fallu aller chercher les nodules à l’extérieur de l’utérus.

Ce n’est pas un hasard, ces deux naissances. Noro aurait pu naître à un autre moment, elles ont juste deux ans de différence.

Pierre : Demandez et vous recevrez, priez et vous obtiendrez.

Carine : Oui, c’est vraiment cette phrase de l’évangile qui m’est venue à la Laufée : « demandez et vous obtiendrez ». C’était un cri de détresse, mais aussi un cri de confiance. Dans cet endroit là et au milieu de vous, j’avais confiance. Comme je te l’ai dit ce puits m’appelait, comme ci il me disait : « parle, c’est maintenant ». Je ne regrette pas d’avoir demandé. Je savais que c’était à ce moment-là qu’il fallait demander. C’est le cri de la confiance, de la foi.

Carine de Pierre Tritz
Biographia espiritual del padre Emilio Anizan, Antonio Cano fc

Pierre : Dans la Laufée, tu as été appelée, tu voyais et croyais que la vie pouvait naître à partir de cet endroit mais aussi dans ton corps. Nous y avons célébré l’eucharistie, la vie et la mort du Christ.

Carine : Oui, c’est exactement ainsi. J’étais appelée dans cet endroit et j’ai fait confiance. Je me sentais bien ici, alors que dans le premier fort, celui de Vaux, je n’étais pas bien et pourtant il y avait de l’espace, il y avait des entrées de lumière et je n’étais pas bien. A la Laufée, il y avait le danger et ce puits ne me faisait pas peur. Il faisait nuit noir dans ce lieu. Noro est venue plus tard, cela veut dire Vie, Lumière.

Carine, à partir de l’enregistrement réalisé par Pierre Tritz, le 22 novembre 2019

Le chemin du Père Anizan près de Verdun a été inauguré le 30 avril 2006. Depuis cette date, 51 groupes différents l’ont emprunté, accompagnés par Pierre Tritz, Fils de la Charité.

A lire sur ce sujet :

J’ai envie de vous dire

  • Nette Sanyas dit :

    On dirait un miracle dû au Père Anizan.

  • CHEL Gabriel dit :

    Oui, c’est très émouvant. Je souhaite plein de bonheur et de vraie vie à cette famille et à ces enfants.
    Cependant en lisant j’ai pensé au danger que représente ce puits.
    Certes vous écrivez quelque part que le fort de La Laufé ne se visite pas, mais ce n’est pas tout à fait exact puisque le groupe auquel appartenait Carine l’a visité de même que 51 groupes différents qui ont emprunté ce chemin écrivez-vous plus loin.
    Par ailleurs, même si ce fort ne se visite pas, il est apparemment accessible puisque tous ces groupes y ont pénétré.
    Donc des promeneurs, des enfnants, des adolescents pourraient un jour ou l’autre y pénétrer et de plus n’ayant pas connaissance du danger que représente ce puits dans l’obscurité, l’un ou l’autre d’entre eux pourrait y tomber, et s’il s’agit de plus d’un enfant ou d’un adolescent qui s’est aventuré seul il ne pourra même pas appeler à l’aide à supposer qu’il ait survécu à sa chute.
    Bref tout donne à penser que ce puits représente un danger de mort.
    Dans ces conditions il faudrait je pense que vous fassiez les démarches auprès des autorités compétentes pour faire combler ce puits (seule solution sûre et durable pour écarter tout danger – une barrière n’est pas la solution, car elle peut rouiller ou se détériorer avec le temps, tandis que si le puits est comblé tout danger est écarté à jamais).

    SVP veuillez me tenir au courant.

    Amicalement
    Gabriel CHEL

  • Pierre Tritz fc dit :

    Je vous remercie pour votre commentaire suite à l’article publié sur le site des Fils de la Charité à propos de la Laufée. Je vous remercie pour vos observations.
    Lors de mon dernier passage à Verdun et à La laufée, j’ai constaté que toutes les entrées et ouvertures de ce fortin avaient été fermées par des grilles soudées, empêchant d’entrer dans ce fortin.
    J’ai constaté après cet interview de 2009 que le puits dont il est question avait été recouvert par une grille scellée avec du mortier.
    Bien sûr, il est toujours possible d’approcher ce fortin de la Laufée. Il en est de même de tous ces lieux mémoires de la grande guerre. Quelque soit le lieu, il est toujours recommandé la prudence et de ne pas faire n’importe quoi. Des panneaux signalent les interdictions dès l’entrée dans la zone rouge. Et malgré cela, tous les ans, il y a des visiteurs qui font n’importe quoi et se mettent en danger.
    Pourtant ces lieux visités, simplement en respectant les normes de sécurité élémentaire permettent de prendre conscience de la folie de cette guerre comme de toute guerre. Ces lieux peuvent alors devenir des lieux de mémoire et qui nous engagent dans une réflexion et un travail de paix.

    Bien amicalement,

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