La Brigade de Miss Morgan : quand les livres reconstruisent les vies après la guerre
À travers La Brigade de Miss Morgan, Janet Skeslien Charles raconte une histoire où la lecture devient un acte de reconstruction au cœur de la Première Guerre mondiale. Bernard Deshoulières fc livre ici une recension qui met en lumière la force des rencontres, la mémoire des archives et le pouvoir des bibliothèques.
Une découverte dans les archives de New York
Wendy Peterson, écrivaine en formation tombe par hasard sur une référence à Jessie Carson dans les archives de la NYPL (Bibliothèque principale de New York), c’est en 1987. Elle est fascinée par les écrits d’une jeune femme qui avait répondu à l’appel d’une riche héritière, Anne Morgan, qui avait fondé en 1917 le Comité américain pour les régions dévastées (CARD).
Cette jeune femme, Jessie Carson, va rejoindre un groupe du CARD qui s’investit en Picardie, juste à l’arrière du front, dans le village de Blérancourt que la guerre laisse avec une population meurtrie luttant pour subsister.
« Ce village à 124 kilomètres au nord de Paris était situé dans une région agricole que les alliés avaient récemment libérée après trois ans d’occupation allemande », précise l’auteur.
Au cœur de la guerre, une mission d’espérance
Voici ce qu’elle perçoit à son arrivée en janvier 1918 :
« Durant toute la première nuit de mon arrivée, l’offensive continua sans relâche. Les obus hurlaient et explosaient, atterrissant de plus en plus près, assourdissants et mortels. Les secousses des déflagrations nous faisaient presque tomber du lit. »
C’est dans ce village qu’elle va s’investir avec ses compagnes du CARD, tout en veillant à répondre aux besoins substantiels de la population. Très vite elles se préoccupent des enfants et parmi eux une certaine Marcelle qui va se lier d’amitié avec Jessie Carson qui deviendra « Kit » Carson.
Leur souci : redonner le goût de vivre par la lecture à ces enfants et leurs parents meurtris et bouleversés. Ainsi des liens s’établissent, une approche progressive permet aux uns et aux autres d’exprimer leur souffrance. Elles accompagnent ces villageois qui reviennent sur leur terre, leur offrant de quoi repartir à zéro.
L’auteur met en valeur le personnage de Jessie Carson, très liée à Marcelle, devenue plus tard membre du CARD.
L’enquête passionnante de Wendy Peterson
C’est cette histoire que Wendy Peterson découvre dans les archives de la NYPL. D’abord cet article :
« Une bibliothécaire arrive à Blérancourt : – Intriguée je relis l’article. L’auteur déclarait que durant la guerre, les français était le mur défensif sur lequel le monde entier comptait. »
Alors elle se met à fouiller, recherchant tout ce qui pouvait concerner cette action du CARD, allant jusqu’à se demander si cette Jessie Carson avait créé des bibliothèques sur des gravats.
Progressivement elle découvre ce que sont devenues ces femmes, en particulier les deux fondatrices du CARD : les deux Mary.
Comme c’est toujours la même bibliothèque qui fonctionne à New York, elle se renseigne pour savoir ce qu’est devenue Marcelle Moreau. Elle découvre qu’elle vit encore et qu’elle habite New York. C’est avec elle qu’elle va pouvoir découvrir tout ce parcours des CARD. L’une et l’autre sont stupéfaites de leur rencontre si loin de ces évènements.
Une lecture qui fait grandir l’humanité
Ce qui m’a frappé particulièrement dans ce roman, c’est qu’il n’est pas seulement un roman mais le récit de rencontres dans le cadre de la guerre.
Celles de ces femmes venues d’ailleurs qui se laissent saisir par l’approche d’une population meurtrie. Elles ne se contentent pas de subvenir à des besoins mais elles cultivent le goût de vivre par la lecture en créant une bibliothèque.
Jessie Carson restera en France et contribuera à créer une bibliothèque à Paris dans le quartier de Belleville.
Par ailleurs j’ai mesuré l’importance de consulter des archives, non seulement pour commémorer un passé historique mais comme moyen pour sa lectrice de vivre son propre cheminement d’humanité.
Bernard Deshoulières fc

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