Un étranger nommé Picasso par Annie Cohen-Solal

30 Août 2022 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : Fayard

Un étranger nommé Picasso par Annie Cohen-Solal

“Annie Cohen-Solal m’a passionné !”

Lorsque l’on commence un livre de 700 pages, on en fait un compagnon de vie durant une vingtaine de jours environ, et le livre d’Annie Cohen-Solal m’a passionné. De Picasso je savais qu’il fut un peintre et un artiste surdoué, connu pour Les Saltimbanques, les demoiselles d’Avignon, Guernica et son engagement auprès des républicains espagnols, qu’il venait d’Espagne, j’ai appris qu’il est venu à Paris en 1900 pour l’exposition universelle, et qu’il a fini sa vie en 1973 à l’âge de 91 ans dans le Sud de la France.

Mais qui était Picasso ?

Comment a-t-il réussi à s’imposer dans une Europe déchirée par deux guerres mondiales, une guerre civile, dans une France xénophobe qui l’accueille mal, qui séquestre en 1914 et pour des années près de sept cents peintures, dessins et autres œuvres ? Pourquoi aucun de ses tableaux ne fut accepté dans les musées nationaux français jusqu’en 1947 ? Comment expliquer qu’il ne soit jamais devenu citoyen français alors qu’il en avait fait la demande en 1940 ?

Une véritable enquête policière

Annie Cohen-Solal nous livre une véritable enquête policière, consultant des fonds d’archives inexploités notamment à la préfecture de police, déchiffrant les 4000 lettres que lui a envoyées sa mère « adoratrice », consultant tel ou tel spécialiste sur une question précise. En fait, elle a voulu savoir qui était cet homme, quelles blessures intimes l’habitaient, lui l’étranger pour les uns, l’anarchiste (qu’il n’était pas) pour un commissaire de police, enfin le dégénéré pour les nazis. Il a réussi à s’imposer en créant lui-même des réseaux très différents qui ici le protégeaient, là exposaient ses œuvres en Europe centrale et aux États-Unis. Génial dans son art et stratège efficace
dans la gestion de ses affaires.

Picasso à Paris

Il n’oubliera jamais les conditions de son arrivée à Paris, il avait dix-neuf ans. Durant neuf années, il habitera dans l’Est parisien une « pouillerie », sans se plaindre, avec énergie et courage ; s’il a peint des saltimbanques ou autres aveugles, c’est qu’il ne savait pas comme eux naviguer dans une ville et un pays dont il n’avait pas les
clés. S’il a adhéré au Parti communiste en 1944, c’est parce qu’il y trouvait enfin une famille, un monde où il n’était plus un étranger.

Comme tout étranger il dut quitter un pays, une famille, et il l’a fait en ne répondant pas à une mère qui lui écrivait quatre lettres par semaine (elle en a ouvert 4000) et trouver une place dans un pays autre à bien des égards. Dès son arrivée il fut fiché par la police comme anarchiste par un commissaire de police peu apprécié par ses pairs et accessoirement peintre du dimanche et dont Anne Cohen-Solal a trouvé le nom ; c’est ce dossier qui, quarante années après lui a fermé la porte d’une naturalisation qui devait s’imposer.

Ce livre fourmille d’histoires locales, de gens méconnus qui ont joué un rôle capital, ainsi cet aubergiste espagnol à Gósol, petit village des Pyrénées, qu’il a fréquenté quelques mois et qui l’a conduit tranquillement à sa période cubiste. Il donne à voir un paysage contrasté et juste de la société française faite de gens bornés et de gens lucides et courageux. Ce livre invite chacun de nous, étranger ou pas, à devenir agent de sa propre vie, comme l’a fait Picasso, à refuser l’humiliation, à s’entourer, comprendre, réagir. Il a fini par refuser une possible naturalisation, il avait fait sans. Il a posé les actes qu’il fallait quand il le fallait. Pour la fin de sa vie, il a choisi la province contre la capitale, les artisans contre l’Académie des Beaux-arts, il est devenu un modèle pour les céramistes du monde entier. Et quelque part, pour nous tous.

Gérard Marle fc

Annie Cohen-Solal, « Un étranger nommé Picasso ». Fayard 2021, 728 pages, 28€.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le site filsdelacharite.org en chiffres – Bilan 2025

En 2025, plus de 15 000 visiteurs ont exploré le site filsdelacharite.org, reflet de la mission menée dans les quartiers populaires de 12 pays

10 ans de fidélité, le témoignage de Lewis Moundanga fc

Le père Lewis Moundanga fc a été en mission à Kinshasa, Abidjan, Grigny et à Saint-Ouen. Il témoigne de sa vie religieuse depuis 10 ans.

La vidéo du pape, prier chaque mois en Eglise

La Vidéo du Pape diffuse les intentions de prière mensuelles du Saint-Père. Nous nous associons à la prière mondiale de l’Eglise.

Rencontre européenne de Taizé à Paris 2025-26

Grigny-Ris Orangis, Saint-Ouen, Sainte-Hélène à Paris et La Courneuve accueillent des jeunes pour la 48ème Rencontre européenne de Taizé 2025-26

Nos cœurs invincibles par Tala Albanna et Michelle Amzalak

Depuis un an et demi, Tala Albanna et Michelle Amzalak, étudiantes, s’envoient des lettres dont Dimitri Krier, jeune journaliste au Nouvel Obs, a fait un livre magnifique.

107 ans de fondation de la Congrégation des Fils de la Charité

A Noël 1918, le père Anizan fondait les Fils de la Charité. Nous fêtons 107 ans de fondation et la naissance du Christ. Bonne année 2026 !

Hommage au père Jean Naert fc (29/01/1928 – 19/12/2025)

Jean Naert fc est décédé le 19 décembre 2025 après une vie pastorale au Québec, Villeneuve-Saint-Georges, Sallaumines, Saint-Ouen, Valenciennes, Issy-les-Moulineaux, Auxerre, Gentilly, Colombes.

Aucune nuit ne sera noire par Fatou Diome

Dans ce récit initiatique de Fatou diome, un vieux loup de mer va préparer son mousse à se lancer sur l’océan de sociétés méconnues.

Porter la lumière au cœur des fragilités

Roger Mimiague fc vit à Lourdes une “Demeure des Sources Vives”, un hébergement pour personnes en difficulté psychique, au cœur des fragilités

Invitation à la pièce “Au nom de la mère” le 24 mars 2026

Les Fils de la Charité en partenariat avec le Pôle BEL vous invitent à la représentation de la pièce de théâtre “Au nom de la mère” le 24 mars 2026 à Issy-les-Moulineaux

Share This