Traverser les montagnes et venir naître ici par Marie Pavlenko

9 Mai 2026 | Livre coup de cœur | 2 commentaires

Auteur de l'article : Bernard Deshoulières fc
Crédit photos : Editions Les Escales

Traverser les montagnes et venir naître ici par Marie Pavlenko

Une rencontre au cœur de la montagne

Elles ne se connaissaient pas, elles venaient de pays différents, elles n’avaient pas le même parcours mais l’une comme l’autre s’arrachait d’une épreuve. Comment imaginer cette rencontre en pleine montagne ? L’une arrivait de Paris, l’autre de Syrie.

Leur rencontre sur un sentier, alors qu’il neige et que Soraya, épuisée, qui vient de tomber, est relevée par une femme :

« La femme dit quelque chose, elle a l’air en colère, se rapproche encore, la soulève et Soraya l’aide, elle se tient debout. La femme l’observe, les jambes de Soraya lâchent. Alors la femme l’enlace comme sa tante ce matin. »

Deux femmes avec leur fardeau

Qui sont-elles, l’une comme l’autre ? Chacune est là avec son bagage et quel bagage ! A la lecture ce livre nous allons découvrir leurs parcours respectifs. C’est comme un double récit croisant la description du vécu, d’un présent, évoquant le passé.

Cette superposition dans le texte permet d’identifier progressivement ce qui peut rapprocher ces deux femmes. Car elles vont se rapprocher et s’identifier l’une comme l’autre, en révélant leurs fardeaux respectifs :

« Soraya jaillit du canapé et fond sur Astrid. Elle la prend dans ses bras, cette femme qui l’a sauvée, qui la soutient sans rien demander, sauf un prénom, elle qui partage son cauchemar, l’en l’allège, Soraya s’agenouille et la serre contre elle. »

Plus tard on découvrira que ce fardeau de l’une devient source vive pour l’autre, comme une naissance.

Une insertion dans la vie locale

Cette rencontre de ces deux femmes leur fait vivre ensemble une insertion dans la vie locale. Astrid n’avait aucun lien dans cette haute vallée sauvage du Mercantour sinon cet attrait si fort de la montagne qu’elle partageait avec Kamal.

Soraya se souvenait sans cesse des siens dont elle avait dû se séparer pour rejoindre la frontière française en se cachant de la police. Alors il leur a fallu apprendre à communiquer entre elles. Ce sont leurs douleurs indicibles qui vont se rencontrer et s’apprivoiser.

Le rôle essentiel de l’entourage

Leur entourage va jouer un rôle essentiel. Quelques mots en anglais puis l’arabe avec Max qui sera plus qu’un interprète.

C’est ce même Max qui va permettre à Soraya d’exprimer le courage qui lui a été nécessaire pour vivre son parcours :

« Qui peut prétendre avoir vécu ce que Soraya a réussi dans cette vallée ? Combien de gens ont traversé cette Europe à pied, sans bagage ni argent ? »

Une souffrance partagée

Progressivement Astrid va comprendre toute l’ampleur de ce que Soraya a vécu dans son parcours :

« Soraya et elle sont les deux faces d’un même disque. Soraya ne la quitte pas des yeux, elle murmure en anglais cette fois : – Il faisait froid, humide, j’ai essayé de me débattre, il m’a jetée par terre. Parfois j’ai des flashs, je sens son haleine, son poids. Alors je me dédouble. »

C’est Astrid qui assume la conséquence de ce drame pour Soraya. Elle va l’assumer, acceptant progressivement ce que Soraya refuse de vivre. Elle n’avait pas mesuré jusqu’où cela la conduirait.

C’est alors seulement que l’on finit par découvrir ce qui l’a amenée à se retirer sur cette montagne.

Un souffle de vie au cœur du récit

Marie Pavlenko superpose dans son écrit souffrance et reconnaissance, violence et écoute respectueuse, poésie et discrétion. C’est en ce lieu de retrait qu’on voit naître un souffle de vie.

A la lecture de ce livre je mesure tout ce qu’une écoute de l’autre peut produire en moi, en nous ; car rien n’est écrit d’avance. Quand je m’inscris dans une écoute respectueuse de l’autre, c’est comme une aventure qui fait naître en moi un plus, une manière d’être révélant une vie intérieure.

La lecture d’un texte, de la Parole de Dieu n’en finit pas de me renouveler.

Bernard Deshoulières fc

Référence du livre

2 Commentaires

  1. Bonnet

    J ai adoré ce livre d une infinie délicatesse
    Je n ai pas compris dans la course poursuite de la fin le sort de Soraya et Max et les les toutes dernières pages m ont un peu surprises
    Mais vraiment bravo

    Réponse
  2. Florence Krasowski Communication

    Nous vous remercions d’avoir pris le temps de nous le dire. Je préviens Bernard Deshoulières fc, l’auteur de la recension. Amitiés

    Réponse

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