Recension du livre Femmes de Bourges, chemins de migrations

13 Mar 2026 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Bernard Deshoulières fc
Crédit photos : Editions La Bouinotte

Recension du livre Femmes de Bourges, chemins de migrations

Publié aux Éditions La Bouinotte en 2025, Femmes de Bourges, d’ici et d’ailleurs. Chemins de migrations donne la parole à des femmes venues du monde entier et installées à Bourges, dans le quartier de La Chancellerie. À travers leurs récits, elles racontent l’exil, l’intégration, la langue, l’identité et la reconstruction personnelle. Cette recension de Bernard Deshoulières fc nous invite à découvrir un ouvrage profondément humain sur les parcours migratoires et le vivre-ensemble.

Cette recension s’inscrit dans l’attention portée par les Fils de la Charité aux réalités sociales et humaines rencontrées dans leurs lieux de mission.

Un livre né dans le quartier de la Chancellerie à Bourges

Déjà en 2006 était publié ce livre La Chanc’elles dans lequel plusieurs femmes de ce quartier nord de Bourges « La Chancellerie » exprimaient leur ressenti d’un vivre ensemble qui n’en finit pas de se dire. Vingt ans plus tard ce sont des femmes venues d’ailleurs qui nous décrivent leur parcours et ce qu’elles deviennent. Grâce à un réseau associatif elles expriment leur migration. « Pendant trois ans elles ont écrit, confié leur histoire, leurs exils, leurs peurs, leurs espoirs. » Cette migration n’est pas simplement physique et géographique, elle est tout autant une migration intérieure avec ses conséquences sur la vie familiale.

Des femmes venues du monde entier

Mais d’où viennent toutes ces auteures ? D’Albanie, d’Algérie, du Congo RDC et Brazzaville, de Côte d’Ivoire, d’Égypte, de Finlande, de la Guinée, de Hongrie, du Laos, de Madagascar, du Pérou, de Pologne et du Portugal. Auxquelles s’ajoutent quelques femmes venues très ponctuellement. Quelle diversité qui nous renvoie à la question du pourquoi. « Elles ont fui la guerre, suivi un amour, poursuivi des études, cherché la liberté ou simplement un avenir meilleur. » Tout en gardant le souci de l’autre, celui des proches que l’on quittait et de ceux avec qui elles allaient vivre leur vie.

Au départ, invisibles et sans voix, elles étaient déterminées aussi bien à fuir une réalité douloureuse qu’à se réaliser en poursuivant des études.

Reconstruire son identité dans un nouveau pays

Immigrée, il faut reconstruire son identité, établir d’autres relations : « Un nom et un prénom qui ne sont pas moi, écrit Héloïse qui arrive du Laos. Mon prénom a été massacré, notre nom de famille a été escamoté par un ‘g’ qui a changé sa prononciation et tué son sens originel. » Il faut faire des démarches pour obtenir ses papiers : « J’avais la boule au ventre, mon titre de séjour étudiant expirait dans quelques jours, j’étais paniquée. » Il faut aussi faire son insertion sociale : « Grâce à l’école où était ma fille, une voisine m’a proposé qu’on se voie à l’aire de jeux. »

Entre pays d’origine et pays d’accueil

Alors il faut s’adapter sans renier son histoire surtout lorsqu’on retourne au pays d’origine « qui n’est plus le même que celui qu’on a quitté. Ici, en France on n’est pas chez nous puisqu’on sera toujours des Albanais, des Marocains, des Turcs, etc. C’est pour tout le monde pareil et quand on retourne chez nous, on est des Français, ou du pays qui nous a accueillis mais pas de notre pays ! »

Langue, cultures et transmission

Non seulement il faut apprendre la langue du pays mais, au mieux, transmettre sa langue maternelle, car « la langue c’est un livre qui ne finit jamais » affirme Jolimie de Finlande. « De plus, on peut porter en soi plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs façons d’aimer et de dire les choses. » Tahiry de Madagascar.

Un chemin de transformation personnelle

C’est aussi une prise de conscience. Ce long cheminement d’adaptation, d’apprentissages, de rencontres nouvelles conduit à une transformation personnelle. Celle qui a quitté son lieu d’origine n’est plus la même. Elle a été amenée à choisir ses propres valeurs, développer ses compétences, à se positionner dans la vie sociale, à créer des liens de solidarité.

Toute cette lecture nous invite au voyage en nous-mêmes à travers toutes nos relations et nos investissements dans la vie sociale et spirituelle. En conclusion, quelques vers du poème final :

« Nous avons tant rêvé ! Nous avons tant rêvé d’un monde avec des coeurs ouverts, des mains amies et solidaires. Nous avons tant rêvé que nos rêves inlassablement reviennent, ouvrant la voie à des possibles. »

Bernard Deshoulières fc

Référence du livre

Femmes de Bourges, d’ici et d’ailleurs. Chemins de migrations
Éditions La Bouinotte, 2025
141 pages

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