A quelle heure la marée ?

Marche Je suis Charlie

Encore quelques efforts et nous voici à l’entrée du Boulevard Voltaire au milieu d’une foule compacte qui avance à petits pas. Enfin, nous y voilà, il est 17h00.

C’est dimanche, un dimanche un peu particulier ! Avec quelques amis(es) nous sortions à peine de notre journée annuelle de la Famille spirituelle Anizan. Tous nous étions pressés d’aller rejoindre cette marée humaine dont parlaient déjà tous les reportages en direct. Nous déposons les voitures au garage et nous voilà partis à pieds en direction de la place de la République.

A peine sortis de chez nous, le long du Canal Saint Martin, nous croisons un flot ininterrompu de familles qui reviennent de la place. De jeunes enfants sur les épaules du papa, des mères de famille qui poussent les landaus, des jeunes qui rigolent en criant les slogans : « Je suis Charlie », des gens âgés qui rentrent péniblement à la maison… Mais que se passe-t-il ? Aurions-nous manqué l’heure de la marée ?

Tant bien que mal, nous marchons à contre-courant en ayant peur d’avoir manqué le départ. Mais quelle fut notre surprise, ces gens qui rentraient n’avaient pas pu prendre le départ tant les boulevards parisiens avaient du mal à avaler les flots incessants. Encore quelques efforts et nous voici à l’entrée du Boulevard Voltaire au milieu d’une foule compacte qui avance à petits pas. Enfin, nous y voilà, il est 17h00.

Marche Je suis CharlieUnité Nationale

Impressionnante cette foule sur l’avenue et les deux trottoirs. Ils étaient de tous âges, de tous pays, de toutes religions, ou agnostiques, de tous points de vue. Du jamais vu pour moi qui suis arrivé après la Libération. Il y avait bien une unité nationale très palpable. La foule était sage et calme, mais déterminée. De temps en temps, nous entendions au loin des applaudissements qui enflaient comme une vague déferlante qui passait sur nous pour rejoindre l’arrière de la Marche Républicaine. De temps en temps : « Nous sommes tous Charlie », puis une Marseillaise entonnée par une personne et immédiatement reprise par toute la foule. Carrefour Voltaire, Place Léon Blum et enfin il fallait beaucoup de patience pour arriver sur la place de la Nation.

L’appel à l’Unité Nationale a été entendu par le peuple français. L’émotion a fait son œuvre. Il fallait se rassembler pour étouffer un peu le stress collectif, exorciser les peurs. Mais nous le savons bien, rien n’est réglé ! Les risques de violence sont toujours bien présents.

Et après ? C’est le titre de nombreux reportages. La démocratie impose que les vraies questions soient posées et débattues. L’unité nationale va-t-elle traverser victorieuse cette étape plus délicate ?

Liberté d’expression

Nous tenons à la liberté d’expression, à la liberté de la presse. Que ce soit clair, personne ne peut se donner le droit de tuer au nom des idées qu’il veut imposer. Personne ne peut utiliser une religion pour justifier des actes barbares et asservir Dieu, qu’il soit appelé, Dieu – Allah – Yahvé ou leur prophète. Agir ainsi c’est injurier le Dieu Unique, qui ne veut que l’Amour entre les hommes.

Il y a des choses qui sont difficiles à dire quand les esprits sont encore en effervescence. Pourtant ma liberté s’arrête au moment où elle meurtrit l’Autre. L’objet des religions est de faire que l’Amour de Dieu unifie la vie entre les hommes. Si les caricatures humilient des chrétiens, des juifs ou des musulmans ou tout autre, elles passent de l’humour à la blessure. Mais en aucun cas cela ne peut justifier des meurtres. Le peuple français a eu raison de signifier son indignation.

Sans doute y-a-t-il des mesures urgentes à prendre au niveau de la sécurité, de l’éducation dans les écoles, mais nous n’échapperons pas à une réflexion sérieuse sur ce que signifie la liberté pour tout citoyen de notre République. Sans une liberté équilibrée, la fraternité et l’égalité deviennent illusoires.

Jean Guellerin fc

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Commentaires

Commentaire

  • Myriam dit :

    J’adhère à 100% à ce que tu écris, Jean. Je tiens à la liberté d’expression, je récuse toute violence au nom de Dieu. Et également, comme tu dis : “ma liberté s’arrête au moment où elle meurtrit l’autre.”
    La liberté d’expression ne doit pas se confondre avec la liberté d’agression.

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