Le Tapis d’Arlène ou comment Vivre-ensemble en banlieue

By 24 novembre 2016Pastorale
José Miguel Sopeña, fête de Saint-Raphaël, 29 septembre 2016, à Getafe, Espagne

Le Tapis d’Arlène
ou comment Vivre-ensemble en banlieue

 

José Miguel Sopeña fc, ancien Supérieur général de la Congrégation, est Délégué à la Pastorale des migrants, dans le diocèse de Getafe, en Espagne. Il s’adresse aux habitants du quartier “multicolore” de la banlieue de Madrid où il vit actuellement.

Traduction : José Rodier fc

Un “test” de ce qui se vit à l’échelle mondiale

Un privilège

J’ose dire que vivre dans un quartier comme le nôtre est presque un privilège. Il est probable que ceux qui ne vivent pas ici s’étonneront de m’entendre dire cela. Personnellement, et bien d’autres personnes parmi lesquelles les Fils de la Charité dans le monde, nous pensons que ces quartiers “multicolores” sont un privilège. Pourquoi? Certes ce n’est pas un quartier idyllique et sans problème. Il est évident que tout le monde ne le vit pas ainsi, certains le vivent mal et ne sont pas heureux. Mais ce n’est pas cela que je veux vous dire.

José Miguel Sopeña, fête de Saint-Raphaël, 29 septembre 2016, à Getafe, Espagne

© Hijos de la Caridad

Mais j’insiste, c’est un privilège, un échantillon en petit de ce qu’est notre monde, dans sa diversité (origine, âge, sexe, culture, religion). C’est une caractéristique de nos sociétés actuelles où se mélangent différentes cultures. Ce qui se vit ici, les efforts pour un vivre-ensemble assez harmonieux, et également nos échecs, constituent comme un “test” de ce qui se vit aujourd’hui à l’échelle mondiale. Ceux qui construisent des murs pour empêcher cette diversité, en plus de provoquer bien des souffrances, marchent en sens inverse de l´histoire et n´apportent rien à l’humanité.

Un défi

Mais si c´est un privilège, c´est aussi un défi. Je note au moins trois attitudes possibles devant cette diversité:

  • La méfiance, la peur. Attitude qui se termine souvent par une réaction de violence.
  • L´ indifférence. Chacun s’enferme dans son monde et sa “tribu”. On refuse toute relation avec ceux qui nous sont différents.
  • L´intégration. Ce qui ne veut pas dire l’assimilation. Dans ce cas, les plus faibles doivent se soumettre face aux plus forts et aux plus nombreux. L’intégration, c’est construire quelque chose ensemble.

Un projet de vie

Est-ce difficile? Oui, mais c´est un projet de vie. Notre foi nous encourage en ce sens. Nous croyons dans un Dieu que nous appelons “Trinité”, ce qui veut dire, “Communauté”. Il s’agit d’une relation permanente de don et d’accueil vis-à-vis de l’autre. Par son caractère universel et sa diversité, l´Eglise nous le rappelle. Les peuples et les communautés enfermés sur eux-mêmes finissent par mourir.

Arlène, dans un atelier de confection des Philippines

Tissu jeté

Manille, Philippines, 2009

© Calixto Martinez fc
Manille aux Philippines en 2009

A ce propos il me vient à l´esprit, ce que me disait une femme, dans un quartier de la banlieue de Manille (où sont présents des Fils de la Charité). Cette femme, Arlène, était une de ces personnes qui par leur sagesse sont considérées comme une référence par les voisins. Elle était l’âme d’un atelier de confection de tapis et de couvre-lits qui travaillait uniquement à partir de coupons de tissu que les gens jettent.

Je lui demandais ce qu´elle pensait de son quartier et du rôle de la Paroisse. Elle me répondit :

“Nous sommes tous comme ces tapis, nous provenons des quatre coins du pays, nous parlons des langues différentes, nous avons tous nos coutumes. (aux Philippines il y a plus de 7 000 îles). Nous sommes isolés comme ces coupons de tissu que les gens jettent aux ordures. Mais tous ensembles, avec notre pauvreté, nous sommes capables de faire quelque chose de beau. C’est ainsi que je vois le rôle de la Paroisse dans ce quartier”.

Manille, Philippines, 2009

© José Miguel Sopeña fc
Manille aux Philippines en 2009

Laisser un espace à l’autre

Il s’agit d´un effort collectif qui n’est pas facile, qui est exigent. Il me vient à l’esprit quelques convictions bien nécessaires :

  • Chacun doit se “déplacer intérieurement” pour laisser un espace à l’autre. Les immigrés savent bien ce que cela suppose car ils ont du se déplacer d’un pays à l’autre. Tous, nous sommes appelés à nous déplacer “intérieurement”.
  • Lutter contre les préjugés et les clichés qui falsifient la réalité (les Marocains sont ainsi, les “Latinos” comme ça, les Andalous aussi, etc.). On ne rentre pas en relation avec des images toutes faites à l’avance mais plutôt avec une personne qui a un nom et un prénom.
  • Il faut jeter des ponts et détruire les murs.
  • Avoir le courage de construire ensemble ce qui servira à tous.
  • Prendre soin surtout des plus fragiles.

Croire en Dieu suppose croire en l’oeuvre de Dieu que nous sommes nous-mêmes. C’est croire en ce quartier et en ses habitants. Dieu nous fait confiance. Qu’il augmente en nous cette foi. Croire en Lui et en sa Création, il ne nous abandonne pas.

        José-Miguel Sopeña fc, Délégué à la pastorale des migrants.

Le site internet des Fils de la Charité en Espagne : cliquez ici

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