Fracture numérique et recherche d’emploi : des situations très inégales
Extrait de la Lettre “Vaincre le chômage” n°135, sur l’Intelligence artificielle et fracture numérique, juin 2026.
À l’heure où les démarches de recherche d’emploi sont de plus en plus dématérialisées, la fracture numérique demeure une réalité pour plusieurs millions de personnes. Les demandeurs d’emploi ne sont pas tous égaux face aux outils numériques. Cette analyse met en lumière les inégalités révélées par les études de l’Insee, de France Travail, de l’Unédic et du Céreq.
Les chercheurs d’emploi face à la fracture numérique : des situations très inégales
Selon l’Insee, 15 % de la population française de 15 ans et plus ne possède pas de compétences numériques de base et n’utilise jamais Internet. Cette situation est qualifiée par l’Insee d’illectronisme.
Les personnes âgées sont les plus touchées. Mais la fracture numérique est aussi liée au niveau de formation et de revenu. À âge égal, les personnes sans diplôme du secondaire ont un risque six fois plus élevé que les personnes ayant un diplôme d’enseignement supérieur de se trouver en situation d’illectronisme.
De plus, à âge égal, les personnes qui se trouvent dans le bas de la distribution des revenus (les 20 % les plus pauvres) ont un risque six fois plus élevé que les personnes qui se trouvent dans le haut de cette distribution (20 % les plus riches) d’être dans cette situation.
Une fracture numérique qui pénalise les demandeurs d’emploi
Dans ce contexte, les chercheurs d’emploi eux-mêmes sont très inégalement affectés et pénalisés par cette fracture numérique.
France Travail (et auparavant Pôle emploi) réalise périodiquement une enquête « Demandeurs d’emploi en risque d’exclusion » (Blache G., Prokova N. (2022), Quel parcours pour les chômeurs les plus vulnérables ?, Cahiers du Céreq).
Il s’agit des chômeurs de longue durée, de ceux qui sont affectés par des problèmes de santé et des titulaires du RSA.
Parmi les principales difficultés qu’ils rencontrent dans leur recherche d’emploi sont cités les moyens de transport, les ressources financières ainsi que l’accès et l’utilisation d’Internet.
Un tiers est concerné par cette fracture numérique. Cette proportion monte à 40 % pour les titulaires du RSA.
Les difficultés d’utilisation des outils numériques
Une enquête qualitative de l’Unédic (Les demandeurs d’emploi face au numérique, 2019), réalisée auprès de personnes inscrites à Pôle emploi rencontrant des difficultés importantes d’accès ou de retour à l’emploi (dont les deux tiers étaient au chômage depuis un an ou plus), souligne les difficultés de cette population à se saisir des outils numériques.
Les principales difficultés concernent notamment :
- la rédaction d’un CV adapté aux normes d’Internet
- l’envoi des candidatures
- le suivi des candidatures.
Une majorité à l’aise avec Internet… mais des réalités contrastées
Par ailleurs, France Travail effectue régulièrement des enquêtes représentatives de l’ensemble des personnes inscrites dans ses fichiers.
Une enquête sur l’usage du numérique par les demandeurs d’emploi (Les demandeurs d’emploi et leur usage du numérique, 2019) montre que huit demandeurs d’emploi sur dix utilisent Internet et déclarent être à l’aise, voire très à l’aise avec cet outil.
En revanche :
- 13 % se déclarent peu familiers avec Internet
- 5 % déclarent ne pas l’utiliser.
Selon France Travail, les outils proposés par le web ne remplacent pas les moyens traditionnels de recherche d’emploi, mais les complètent utilement.
Le baromètre national de satisfaction réalisé en 2022 montre que :
- 78 % des personnes interrogées utilisent les applications web de Pôle emploi
- 87 % de ces utilisateurs se déclarent satisfaits.
Une fracture numérique au sein même des demandeurs d’emploi
On peut s’étonner de la différence des résultats entre les études précitées, toutes commanditées par les organisations en charge du service public de l’emploi.
En réalité, ce fossé entre ces points de vue reflète la fracture qui existe au sein même de la population des demandeurs d’emploi.
Les chômeurs qui possèdent au minimum le baccalauréat, et plus encore un diplôme d’enseignement supérieur, ainsi que les moyens de s’équiper en matériel informatique, utilisent sans difficulté les services numériques, notamment ceux de France Travail.
Ceux qui n’entrent pas dans ces catégories représentent entre 10 et 15 % des personnes âgées de 16 à 64 ans, soit entre 3,5 et 5 millions de personnes.
Leur illectronisme constitue également un obstacle dans les nombreuses démarches administratives.
Une question, trop souvent éludée, est que le contrôle de la recherche d’emploi est lui aussi entièrement numérisé. Les personnes vivant dans l’illectronisme sont dans l’impossibilité de répondre aux convocations et injonctions qui leur sont adressées par Internet par le service public de l’emploi.
Dominique Redor
Publication du collectif Pour la Parole de Chômeurs pour les législatives 2027
Le CCSC qui est membre du Collectif Pour la “Parole des Chômeurs” qui a publié un livre blanc en janvier 2022 après une enquête de 5 mois auprès des demandeurs d’emplois.
- Les 20 membres du Collectif Pour la Parole de Chômeurs :
Le collectif ALERTE, l’Action Catholique Ouvrière France, ATD-Quart Monde France, Atout Différence, Le CCSC- Vaincre le Chômage, le Centre de recherche et d’action sociales (CERAS), le GRED La Défense, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, le Mouvement Rural Jeunesse Chrétienne, le Pacte civique, Démocratie et Spiritualité (D&S), Participation et fraternité, le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNC), le Secours Catholique (SCCF), les Semaines Sociales de France (SSF), Le 7e Lieu, Solidarités nouvelles face au chômage (SNC), Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD), l’Union nationale des acteurs de parrainage de proximité (UNAPP) et Visemploi.
- Un livre rédigé par le Collectif pour la parole de chômeurs, en partenariat avec les Editions de l’Atelier est prévu de paraître au printemps 2027. Ce livre est imaginé pour sensibiliser les candidats aux législatives 2027, les électeurs et les médias au respect nécessaire de la dignité des travailleurs et travailleurs privés d’emploi.

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