Chemin Xavier

 Va quitte ton pays

A la demande des Supérieurs religieux, Xavier Séclier fc ordonné prêtre en 2010, quitte la paroisse de La Courneuve, pour aller vers un nouvel horizon à partir de septembre 2015. Comment envisage-t-il ce changement de responsabilités et de paroisses?Xavier Séclier fc

 

Comme beaucoup de prêtres et de religieux à travers le monde, en ces beaux mois d’été, je me prépare à une (r)évolution dans ma vie. Je fais mes cartons pour intégrer dès septembre une nouvelle Communauté Fils de la Charité et une nouvelle Paroisse où je serai respectivement supérieur de communauté et curé des deux paroisses de La Chapelle-Saint-Luc/Les Noës, dans la banlieue ouest de Troyes.

Une triple appréhension

Assemblée de Saint-LucienMême si nous savons que cela fait partie de la « règle du jeu » de toute vie religieuse et de toute vie de prêtres (diocésains ou religieux) on ne peut éviter un (petit-gros) pincement au cœur. Quitter sa paroisse, de surcroît quand les choses se sont bien passées, n’est jamais une chose naturelle et banale et cela tout simplement parce que, comme nous le rappelle l’adage, « on sait ce que l’on quitte on ne sait pas ce que l’on va trouver… ». La triple appréhension naît de ma propre appréhension et aussi de celle des paroissiens et amis que je laisse à La Courneuve. Comme me le disait à la sortie de la messe une jeune femme que j’ai accompagnée ces dernières années : « Mais nous, on ne nous a pas demandé notre avis…on te connaissait celui qui vient te remplacer, on ne le connaît pas…». Il faut rassurer ceux que l’on quitte, leur dire que celui qui nous succède à bien des qualités que nous n’avions pas… Enfin, la troisième appréhension, que je ne mesure pas pour le moment, de rencontrer ceux qui vont m’accueillir et me découvrir comme leur nouveau pasteur à la rentrée.

Une triple expertise

Partir n’est pas réservé aux seuls prêtres et religieux. Bien des populations de part le monde, je pense en particulier à nos frères Chrétiens en orient, qui sont déplacées d’une manière moins « délicate » que nous. Pour autant sans doute, nous avons nous, religieux, une triple expertise à apporter à notre monde moderne : celle de l’exil (comment apprendre à refaire sa vie, à se reconstituer des racines…), celle d’être sans cesse en recomposition familiale (comment vivre avec des nouveaux frères que je n’ai pas choisi ?), celle de l’intergénérationnel (Comment peut-on avoir pour frère un homme qui a l’âge de mon grand-père ?).

Rencontrer le visage de DieuBaptême par Xavier Séclier fc

En cinq années j’ai accompagné bien des personnes qui n’ont été que de passage sur la ville de La Courneuve (sociologiquement cette ville est une ville de primo-arrivant) bien des visages me reviennent en mémoire au cœur de mes oraisons matinales. Faire un bilan sur la fécondité de ces années serait bien prétentieux et la vie religieuse n’est pas là pour faire du chiffre et des statistiques mais bien pour faire signe. Or on ne demande pas à un signe de faire nombre. Pour autant, j’espère avoir permis aux personnes que je rencontrais de faire une véritable expérience de Dieu, de sa douceur, de son humanité, de sa miséricorde.

Baptême par Xavier Séclier fc 02J’espère que j’ai pu leur montrer bien humblement ce que Dieu peut faire dans une vie d’homme et de femme quand on se laisse saisir par Lui. Et puis je suis aussi convaincu par ces quelques mots du pape François :

« La mission n’est pas un commerce ni un projet d’entreprise, pas plus qu’une organisation humanitaire, ni un spectacle pour raconter combien de personnes se sont engagées grâce à notre propagande ; elle est quelque chose de beaucoup plus profond, qui échappe à toute mesure. Peut-être que le Seigneur passe par notre engagement pour déverser des bénédictions quelque part, dans le monde, dans un lieu où nous n’irons jamais. L’Esprit agit comme il veut, quand il veut et où il veut ; nous nous dépensons sans prétendre, cependant voir des résultats visibles. »

Evangelii Gaudium (la joie de l’Évangile), Exhortation apostolique du Pape François, 2013, n°279

Se laisser trans-formerXavier Séclier fc à Notre-Dame

Partir, quitter son pays comme Dieu y invitait Abraham c’est quitter ce que l’on connaît. Quitter les personnes avec qui ont a fait un bout de chemin de vie. C’est perdre ses sécurités pour s’appuyer davantage sur Dieu. C’est finalement le principe même de la foi : faire confiance, faire un saut dans l’inconnu sans garantie que le parachute s’ouvre à temps. Le départ touche à quelque chose de la mort et de la résurrection du Christ. C’est accepter la trans-formation: le changement. Dans toutes les expressions commençant par trans -rappelait le père François Varillon- il y a quelque chose de la mort et de la renaissance. Quand une chose se transforme, elle perd sa forme première, elle meurt à cette forme pour naître à une autre . Dans nos départs il y a quelques choses qui rejoint toute proportions gardées l’expérience de la mort et de la résurrection du Christ. C’est une mort pour permettre d’autres naissances. C’est toute l’expérience du peuple de la Bible, ce peuple en exode vers son Dieu. Appelé à rendre grâce du passé, pour vivre le présent avec sérénité et l’avenir dans la confiance…

Xavier Séclier fc

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Commentaires

2 Commentaires

  • Jacqueline Rossi dit :

    Merci pour ce beau temoignage… bon vent !
    Avicenne va te regretter!!!
    Bises

  • Lydie Parisot dit :

    Super belle analyse Xavier!Je comprends que tes paroissiens soient tristes! Nous, nous serons heureux de t’ accueillir, pas très loin de chez nous….1h 30 de Richecourt…A bientôt!….

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