Il faut un temps d’apprivoisement

Marie-Juliette Gérard, de la Fraternité Anizan d’Argenteuil, témoigne de sa rencontre François sur son lit à l’hôpital d’Argenteuil. En fin de vie, serein, cet homme accorde son pardon à son “parrain” et à sa femme.

Marie-Juliette Gérard crédit Hélène Négrini
A l'hôpital, François est atteint d'un cancer

Nathalie est aumônier de l’hôpital d’Argenteuil, parfois, il lui arrive de m’appeler pour rencontrer des malades qui demandent une présence chrétienne.

C’est ainsi que je suis allée à la rencontre de François. A 68 ans, il est atteint d’un cancer. Une troisième chimiothérapie – par voie orale – est tentée : “chimio de la dernière chance” lui aurait-on dit!

Assis dans son fauteuil, il regarde par la fenêtre le nouveau pavillon de l’hôpital qui est en construction: “C’est du Légo géant ” me dit-il!

Oui, c’est comme cela qu’il m’accueille, avant de me dire bonjour et merci d’être venue.

Il avait vu mon badge: Le bout de carton sert de présentation pour le personnel médical et le malade. J’ai souvent fait du Légo avec les enfants, avec ma petite fille et il est vrai que ce type de construction s’en rapproche.

Il faut que je vous dise

Quelle belle entrée en matière, il faut bien trouver une approche pour libérer la parole! Il faut un temps d’apprivoisement, d’ailleurs je ne sais toujours pas pourquoi il a demandé à voir quelqu’un de l’aumônerie.

J’attends! Petit à petit, il commence à parler. Est-ce la fatigue? Il cherche ses mots. Suis-je venue au bon moment? Dois-je lui proposer de revenir? Je n’arrivais ni à ouvrir la bouche, ni à me lever, comme s’il était évident que j’étais là où je devais être.

Nous avons échangé quelques banalités, une infirmière est passée pour les soins du matin m’invitant à sortir de la chambre le temps nécessaire. Il s’est empressé de me dire: “Vous ne partez pas, il faut que je vous dise”.

Les expressions de foi malgré la souffrance

Je profite du couloir pour visiter les locaux que je ne connaissais pas encore, sans m’éloigner trop, je suis dans l’attente, dans tous les sens du mot : de l’ouverture de la porte et de celle du cœur. En voyant des noms sur les portes, je me sens poussée à dire un “Notre Père” pour les malades. L’infirmière est venue me dire: “Il vous attend”.

Tout est alors allé très vite, Je n’ai pas eu besoin de parler et heureusement, j’avais besoin de toute ma concentration pour entendre l’inattendu. François me raconte sa vie, pas tout, mais ce qu’il a sur le cœur. La place de son oncle qu’il avait reçu comme parrain, la confiance qu’il avait eu en lui jusqu’au jour où, après le décès de sa tante, le parrain lui “pique sa femme”.

Sa souffrance, sa difficulté à se relever et, souriant, il finit par me montrer deux photos d’identité posées devant la fenêtre: ce sont ses deux petits- enfants. “Ma femme m’a fait deux magnifiques cadeaux: nos deux filles, pour cela je ne la remercierai jamais assez!”

A travers les paroles de François, j’ai pu relever des expressions de foi, aucun mot violent, une bienveillance pour sa sœur, son beau-frère…. L’amour pour ses filles et petits-enfants, j’ai vu une croix près des 2 photos d’identité et comme un signe venant du ciel, je vois un Missel sur la table de nuit. Pourquoi ne l’avais-je pas vu plus tôt?

Témoin d'une vraie démarche de pardon

Je venais d’être témoin d’une vraie démarche de pardon. Pourquoi moi? Je ne suis pas un prêtre!

Là encore c’est lui qui me rassure: “Pas besoin d’un prêtre, Dieu nous a déjà pardonné. J’avais besoin de le dire pour partir plus léger”. Ensemble, nous avons dit un Notre Père et un Je vous salue Marie, je lui ai bien redit que – s’il le souhaitait – un prêtre pouvait venir à sa rencontre.

Sa réponse a été: “Je t’appellerai, dans trois jours ce sera la Toussaint, pourrais-je communier?”. Nous avons, bien sûr, organisé cela.

main et bougie par Myriam Zilles de Pixabay
J'ai aussi besoin de vos prières

J’étais passé le voir avant de partir en vacances il m’avait dit: “A ton retour Je serai encore là! Merci pour le cadeau que tu m’as fait. N’oublie pas de prier pour moi”. Ce jour-là je me suis permise de lui répondre: “J’ai moi aussi besoin de vos prières”.

Nous nous sommes quittés dans un sourire profond. Sa famille m’a appelé pour me prévenir qu’il est décédé 4 jours après mon passage, il est parti dans la paix. C’était la chimio de la dernière chance.

Pardon de l'homme, pardon de Dieu

Dans la discussion, François m’a parlé de sa vie de notaire, de son souci que les petits ne soient jamais lésés. Moi, j’avais vu un homme en fin de vie. Devant Dieu, nous sommes tous logés à la même enseigne, nous avons les mêmes appréhensions, les mêmes questions…. Quel que soit notre rang social! Dieu était là!

Pourquoi n’avais-je pas vu le Missel plus tôt? Cela m’aurait aidé! Dieu ne s’impose pas, il était là! Ce n’était pas à moi de guider la conversation. C’est François qui a demandé à rencontrer une personne de l’aumônerie, alors merci Seigneur.

Bulletin d'adhésion et abonnement 2020
"Le pardon, quèsaco"?

Extrait du Bulletin de la Fraternité n°63 – février 2020
“Pardon, la fraternité en actes”

Partie 1 : Pardon, don de Dieu…Quèsaco?

Couverture du Bulletin de la Fraternité Anizan de février 2020 sur le pardon

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