Le jour de Pâques 2020 à La Rochelle

La moitié de la planète en confinement depuis fin mars 2020. Pour lutter contre la pandémie les gouvernements ont pris des mesures de confinements.

Les religieux, partout dans le monde, sont aussi tenus de respecter ces mesures restrictives.  Ils témoignent de leur manière de le vivre et de leur action.

Témoignage d’Eric Récopé fc sur un souvenir de ce qu’est la résurrection

Eric Récopé fc, aumônier de la Cité Saint-Pierre à Lourdes

Le père Eric Récopé fc est confiné à La Rochelle où il oeuvre depuis presque trois ans. Il est en équipe de religieux avec Yves Rannou fc et Gérard Simon fc.

1. Pâques : "Pourquoi chercher parmi les morts Celui qui est vivant ?"

Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux habiles et de l’avoir révélé aux tout petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir.  (Luc 10,21-22)

En méditant sur l’évangile du jour de Pâques évoquant la venue de Marie-Madeleine au tombeau (Jean 20,1-9) c’est comme un flash qui est revenu à mon esprit. Un souvenir de plus de 15 ans qui resurgissait de ma mémoire avec force et m’envahissait à nouveau d’émotion. Beaucoup de détails de cet événement ont disparu depuis de ma mémoire, mais j’en ai gardé au fond du cœur l’essentiel.

Sa mère avait vécu beaucoup de galères

A Saint-Ouen, en banlieue parisienne, une femme demanda à rencontrer le curé.

Je découvrais alors en face de ce moi une jeune femme d’origine maghrébine qui, avec calme et gentillesse, venait me demander si je pouvais faire une cérémonie religieuse à l’église pour sa mère décédée.

Femme, montagne, de StockSnap Pixabay

J’acquiesçais bien évidemment, intrigué …

Elle ajouta qu’elle, elle était musulmane -car elle était avec son père musulman-, mais sa mère était croyante catholique et il était donc nécessaire qu’elle ait un enterrement religieux dans sa croyance.

Puis elle me dit que ce serait difficile. En effet sa mère avait vécu beaucoup de galères.

Jeune, sa mère avait largué sa famille dans le Nord pour venir à Paris et y avait vécu toutes sortes de choses. Elle, elle était la fille d’un de ses compagnons, mais sa mère avait eu d’autres enfants. Aujourd’hui sa mère avait pour nouveau compagnon un handicapé avec deux jeunes enfants qu’ils avaient conçu.

Puis gravement elle ajouta qu’en fait sa mère avait été assassinée et que le meurtrier avait mis le feu à son logement… ! (Sans doute…)

Aujourd’hui le corps était parti pour une autopsie et il y en aurait sans pour un bon moment à cause de l’enquête criminelle. Elle ne savait pas quand on pourrait faire la cérémonie mais elle voulait prévoir.

Demande de funérailles catholiques

Je suis resté silencieux et n’ai rien voulu savoir de plus tant ces paroles devaient être lourdes à porter et à partager avec tout ce qu’elles laissaient imaginer de l’horreur de ce drame.

Je lui proposais de s’associer à la préparation de la cérémonie quand ce serait le moment, si elle le désirait ou quelqu’un d’autre de la famille

Croix cimetière par Carola68 de pixabay

Elle se récusa gentiment, en s’excusant car elle était musulmane ajoutant qu’il ne fallait pas compter sur le reste de la famille. Finalement elle me proposa d’inviter son compagnon actuel, (« Si cela l’intéresse ! ») puis me donna les coordonnées.

Je joignis donc ce compagnon, qui me remercia chaleureusement de cet appel, se disant complètement désemparé face à la mort de sa compagne, mais aussi du fait que l’assistante sociale avait « expédié » tout de suite ses enfants en colonie de vacances (On était en juillet) et qu’il restait seul… « et pourtant ma fille est bien débrouillarde ! » (Des voisins diront qu’elle était souvent envoyée chercher du vin !)

Je lui conseillais alors d’exiger des services sociaux de faire revenir ses enfants pour la cérémonie religieuse afin qu’ils ne soient pas traumatisés à vie de na pas avoir pu dire Adieu à leur maman. Le choc avait dû être trop violent pour escamoter un Adieu à une maman, si nécessaire pour se reconstruire.

Il était si heureux d’avoir un motif pour faire revenir ses enfants auprès de lui ! Et nous avons convenu de nous revoir quand les enfants seraient rentrés près de leur père.

Tout près de Jésus

Pour ma part j’appréhendais cette rencontre ne sachant vraiment pas comment réagiraient les enfants et leur père dans ce contexte anxiogène… et de quelle manière je pourrais les réconforter, les accompagner, les pacifier… avaient-ils seulement une perception de Dieu, d’un au-delà… ??? Jésus soutiens-moi !

croix, sspiehs3 Pixabay

Et puis ils sont venus tous les trois une après-midi. Une fillette (entre 10 -11 ans) et un garçon (entre 6 et 7 ans), accompagnant leur papa sur son fauteuil électrique d’handicapé.
Mon appréhension est tombée au premier regard.

La petite, après présentations, m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit :

« Tu sais, moi je sais que ma maman est heureuse, elle est tout près de Jésus. Maintenant elle ne souffrira plus. »

Je lui ai alors demandé : « Tu as fait du catéchisme pour connaître Jésus ? »

« Non Monsieur, mais ma Maman elle aimait beaucoup Jésus elle le priait souvent et elle me montrait. Oui elle avait beaucoup confiance en lui. ».

Du coup j’enchaînais : « Alors aimerais-tu, avec ton petit frère, préparer quelque chose pour lui dire Adieu pendant la cérémonie que nous allons préparer ensemble ? »

« Oh ! oui monsieur ».

Préparation de l'adieu

J’avais avec moi un petit livret composé de poèmes ou de petits textes autour de la mort et de l’espérance ; nous l’avons feuilleté et puis elle en a choisi un (Hélas je ne l’ai pas retenu), elle l’a lu à son petit frère et lui a proposé de le lire avec elle.

Je leur ai aussi donné la possibilité d’amener des dessins ou une prière ou autre chose pour dire à leur maman qu’ils l’aimaient.

Et encore s’ils étaient d’accord de porter une petite lumière sur son cercueil. « Oui, oui, monsieur, on le fera, hein t’es d’accord ? (A son frère) ? Oh oui ! »

crayons par pixabay

Voir l'Invisible

Le jour de la cérémonie arrive et je vois arriver du monde… des visages reflétant toutes sortes de sentiments… révolte, colère, amertume, larmes, peur, tristesse, recueillement… silence glacial !

Et puis arrive le convoi avec le cercueil suivi du papa effondré, en larmes dans son fauteuil, avec à ses côtés ses deux enfants se tenant par la main et leurs feuilles préparées dans l’autre main.

Ils avaient le visage calme et serein. Aucun signe ne trahissait de l’appréhension ou de la peur. Silencieux… oui et le regard levé vers moi et l’autel… dans ce lieu nouveau, au milieu d’inconnus…

J’ai alors essayé de me hisser à la hauteur de leurs cœurs d’enfants, de la limpidité de leur foi, de la ténacité de leur espérance par un dialogue affectueux du regard, des mots simples et sobres…

Vitrail par Pixabay

Je les vois, attentifs aux prières et aux chants et quand je les invite à venir lire leur poème, ils s’avancent très naturellement, prennent le micro en mains et se mettent à lire calmement leur texte. Quand ils se sont avancés je voyais des personnes stupéfaites, prêtes à se lever pour les arrêter…folie !
Non sereinement ils parlaient à leur mère, pour leur mère…

Et puis ils ont posé leurs dessins et les mots préparés sur son cercueil et enfin des veilleuses …

La prière s’est poursuivie nourrie d’une parole de Jésus dans l’Evangile. Puis il y a eu les derniers gestes liturgiques de l’Adieu. C’était achevé, je les ai embrassés et remerciés.

Puis ils sont repartis en suivant le cercueil avec leur père, les visages toujours aussi sereins.

La colonie de vacances les attendait…

L’atmosphère avait radicalement changé dans la chapelle, les larmes coulaient sur les visages transformés comme après les apparitions au tombeau à Pâques : affection, sérénité, admiration… N’étions-nous pas en face d’enfants qui voyaient l’invisible !

Qui cherches-tu ?

Comme Marie-Madeleine toute en pleurs au bord du tombeau vide de Jésus, notre regard est voilé par la peur, l’appréhension. Il nous faut alors nous baisser pour entrer avec elle dans ce tombeau où deux anges nous attendent, comme ces enfants, pour nous redire ! « Pourquoi pleures-tu ? Qui cherches–tu ? »
« Pourquoi chercher parmi les morts Celui qui est vivant ? »

N’étais-ce pas le message de ces enfants devant la foule incrédule ? Pour ma part, j’en ai la certitude.

Eric Récopé fc

Semaine Sainte 2020 à La Rochelle

2. Album photos de l'équipe confinée de La Rochelle

Sur les photos du jeudi saint et de Pâques, les trois religieux Fils de la Charité et Jean-Claude Seguin (prêtre diocésain)

J’ai envie de vous dire

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.


Je commente sur FaceBook

X