Nos peurs, osons en parler !

Deux pas de chez nous

Nos peurs, osons en parler !

Comme annoncé dans l’article “Une foi qui agit”, une vingtaine de paroissiens de Sainte-Hélène dans le 18ème arrondissement de Paris (où des réfugiés étaient installés devant la mairie) ont voulu partager sur ces deux questions : “Rencontrer l’étranger en quoi cela peut faire peur?” et “qu’est-ce qui nous réjouit et porte du fruit dans cette rencontre de l’étranger?”. 

Voici le résumé de leurs échanges et le témoignage de Mireille :

  • S’exprimer en vérité

Les événements récents ont marqué ce partage, tous étaient dans une attitude d’écoute pour que chacun puisse s’exprimer en vérité :

« Je ne me sens pas chez moi. Il y a des agressions dans le bus, le métro. On est déstabilisé. J’ai du mal à comprendre. Crainte de la fin de notre civilisation. On manque d’analyse. Je ne comprends pas l’histoire. »

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« Il y a quelques années, à Belleville, « l’uniformité » des chinois me donnait un sentiment de peur. Des gens que je ne connaissais pas. L’apparent grand nombre fait peur. »

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« Peur de la religion de l’étranger. L’Islam, deuxième, voire première religion, cela m’a fait peur. Il a fallu que je réfléchisse. »

 

« Déjà, il n’y a pas de boulot, pas de logement. »

 

« C’est à l’Etat, aux gouvernements, à l’Europe de s’occuper de cela. C’est dans les pays qu’il faut régler les problèmes ».

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  • S’informer, s’ouvrir

pourquoiNombre de participants ont franchi le pas : ils sont allés au-delà de leurs peurs en prenant le temps de réfléchir, de s’informer auprès des organisations, des associations :

 

« On a peur parce que l’on sait que l’on va être obligé de se bouger. La question n’est pas : je suis pour ou contre les migrants. C’est une réalité, Ils sont là. Qu’ils soient migrants économiques à cause de la situation de pauvreté de leur pays ou réfugiés à cause des bombardements. J’ai à agir, à participer de façon organisée. »

« Je n’ai pas de chez moi à défendre. Je suis un citoyen du monde. Il n’y a pas d’histoire fixe. Le monde a été formé de migrations. »

  • Regarder, s’associer

L’enjeu est de passer au-delà de ses peurs en allant à leur rencontre, en communiquant ne serait-ce qu’avec le regard :

« A Notre-Dame de Clignancourt, près de la Mairie les Soudanais et Erythréens ont été accueillis. Les bénévoles ont fait des sandwichs, donné des vêtements, moi, j’ai cuit du riz. Le curé a fait mon admiration. »

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« J’ai vu des migrants apaisés. J’ai vu des gens qui s’occupaient d’eux ou qui passaient sans afficher leur casquette. (Secours populaire, Secours catholique, CGT,…) Naturellement les gens sont bons”.

Secours Catholique à Lourdes

« Ils nous obligent à nous réveiller. Cela nous fait travailler avec d’autres. Ils permettent de créer du lien. La question de Dieu revient grâce à eux. Ainsi, dans l’équipe JOC, ce sont les musulmans qui interpellent les chrétiens sur leur foi. Ils nous réveillent ! »

 

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Cette rencontre a transmis un appel fort à s’écouter, à s’informer (Réseau chrétien-Immigrés…), à s’ouvrir, à donner du temps (alphabétisation, …) à agir avec des associations, organisations et à apprendre à recevoir.

Propos recueillis par Alain Ollivier fc, curé de la paroisse

Le témoignage de Mireille

Deux kilos de riz

En rentrant de vacances, quelle ne fut pas ma surprise de voir des réfugiés faire un sit-in autour de la mairie du 18ème arrondissement de Paris, entourés de quelques policiers bienveillants et d’entendre, à la messe appeler à l’aide pour s’occuper d’eux dans une salle des locaux paroissiaux mise à leur disposition.

Je me suis inscrite spontanément sur le planning pour participer au roulement des bénévoles et, pour essayer de comprendre ce qui se passait, je suis passée au local aussitôt après la messe.
Et là, une autre surprise – et de taille- m’attendait…

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… une quinzaine de migrants étaient assis autour des tables et devisaient calmement entre eux, l’air serein comme profitant d’un moment de répit dans leurs difficultés et dans un sentiment de confiance. Autour d’eux quelques bénévoles s’affairaient à leur servir avec gentillesse de la nourriture et des boissons et à leur parler en anglais quand ils le pouvaient. Des jeux de dominos circulaient, des sourires s’échangeaient. Bref , une atmosphère de bienveillance qui contrastait avec la dure réalité qu’ils vivaient. Ils venaient au 36 à tour de rôle depuis le parvis de la mairie et même là, des citoyens venus de tous les coins de Paris bavardaient avec eux et essayaient de leur apporter un réconfort matériel et moral. Ainsi les étudiants de la FEMIS qui leur préparaient des repas chauds sur place. Pendant ce temps, derrière les barrières d’entrée des locaux paroissiaux, de nombreuses personnes apportaient vivres, vêtements chauds, de pluie, sacs à dos et cabas que le Père Marsset stockait et classait.

J’ai donc fait cuire deux kilos de riz pour le mardi midi qu’ils ont dévorés en 10 minutes tout en essayant de dialoguer avec eux comme je pouvais car je ne parle pas anglais. Je les sentais détendus et ça m’a fait du bien. Je devais revenir le jeudi mais quand je suis arrivée ils avaient été conduits dans des centres d’hébergement où ils doivent être pris en charge le temps qu’on leur dise s’ils relèvent ou non du droit d’asile.

Repas servis dans la rue

La prise en charge de ces réfugiés s’est faite par des citoyens de plusieurs confessions religieuses ou organisations politiques, par des associations et même des individuels, généralement habitués au service du pauvre : Secours catholique, Secours populaire, Secours islamique, personnels de santé. Olivier Besancenot, qui habite le 18ème s’est même déplacé. Mais chacun a fait en sorte de cacher son étiquette et de dépasser les clivages religieux ou politiques pour travailler dans l’urgence au service du plus pauvre, tandis qu’en coulisse s’effectuait la recherche d’une solution d’hébergement dont seuls, les principaux responsables de cette action humanitaire étaient tenus au courant par la mairie ou les services de la préfecture.

Cet événement m’a fait comprendre que beaucoup de gens sont bons naturellement et que ce qui les rend durs, c’est l’action qu’on exerce sur eux.

Quelle leçon pour le « vivre ensemble » en France !
Le contact de personne à personne m’a appris aussi à avoir un autre regard sur les migrants, a fait tomber les préjugés que je pouvais avoir contre eux et m’a montré que je devais encore me convertir, pour être moins dure à leur égard. Au boulot !

Mireille

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