Refuser la fatalité des violences faites aux femmes

Jean-FrancaJean-Francois Courtille portrait de Florence Krasowskiois Courtille portrait

Actualité : reportage de Jean-François Courtille, journaliste, sur les actions du collectif “mains violettes”

Un Collectif appelé “Mains violettes” est né l’automne dernier dans les Hautes-Pyrénées. Les lycéens, filles et garçons, ont organisé une manifestation le 5 mars 2020 à Tarbes pour dénoncer les violences faites aux femmes. Ils se sont aussi associés le 7 mars à la Journée de lutte pour les Droits des femmes.

A nos sœurs assassinées, on vous oubliera jamais !

Les jeunes filles, rassemblées sur la place de Verdun à Tarbes, nouent un bandeau sur leurs yeux et se placent en ligne. Nullement découragées par le déluge de pluie qui s’abat sur la cité bigourdane, les lycéennes entament alors une chorégraphie inspirée par le collectif féministe chilien Las Tesis.

« A nos sœurs assassinées, on vous oubliera jamais ! Le coupable, c’est pas moi, ni mes fringues, ni l’endroit. Le violeur, c’est toi ! Le coupable c’est toi ! C’est la police. C’est la justice. Edouard Philippe, on n’en peut plus. Le milliard, on l’a pas eu ! ».

Un tonnerre d’applaudissements salue leur prestation impressionnante qui ponctue une manifestation entre plusieurs lycées tarbais ce jeudi 5 mars 2020.


Extrait de Chantiers n°205 – mars 2020

 “Le femme est l’avenir de l’homme” : en savoir plus et s’abonner


Couverture de la revue chantiers de mars 2020 sur
Sommaire de la revue chantiers de mars 2020 sur

Refuser la fatalité des violences faites aux femmes

Marche nocturne en novembre 2019

Les Mains violettes sont un collectif regroupant des filles et quelques garçons de plusieurs établissements scolaires bigourdans : les lycées Marie Curie, Jean Dupuy et Théophile Gautier.

Le collectif a été constitué au cours de l’automne 2019, quand les jeunes ont découvert qu’une femme en France meurt tous les deux jours sous les coups d’un homme. Ils ont alors contacté le Collectif 65 de Défense des Droits des Femmes et le syndicat FSU pour demander des conseils et un appui logistique. Puis, ils ont préparé et animé la Marche nocturne contre les violences faites aux femmes à Tarbes fin novembre.

Manifestation du 5 mars 2020

La deuxième étape de leur action a été d’organiser une manifestation à l’occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Ils ont choisi la date du 5 mars afin de permettre aux lycéens internes de participer à cet événement.

« Nous avons découvert avec plaisir que des lycéens de Lourdes et d’Aureilhan se sont associés à notre manifestation », confient Amandine et Manon, membres du collectif Mains violettes. « Nous avons voulu faire un maximum de bruit aujourd’hui, et même déranger les cours, pour que l’on nous entende. Nous en avons marre de constater que les choses ne bougent toujours pas depuis cet automne. Le gouvernement a promis un milliard d’euros pour lutter contre les violences faites aux femmes lors du « Grenelle ». Ce milliard, nous ne l’avons pas vu ! Nous lançons un appel à l’aide au premier ministre Edouard Philippe pour qu’il réagisse enfin ».

Les lycéens ont été rejoints le 5 mars par le Collectif 65 de défense des Droits des femmes, par les syndicats CGT, FSU, FO, Solidaires et par les Gilets jaunes, pour un rassemblement au centre-ville de Tarbes. Les adultes ont été épatés par le dynamisme et l’enthousiasme des lycéens. « Les jeunes n’ont pas eu besoin d’être épaulés », souligne Ingrid Darroman, l’une des responsables du CDDF 65. « Ils sont très autonomes et savent mener à bien leur propre mouvement. C’est encourageant pour l’avenir ».

Nous sommes la voix de celles qui n’ont plus de voix

Manifestation du 7 mars 2020

Le 7 mars, les Mains violettes ont participé à la Journée de lutte pour les Droits des femmes organisée par le CDDF 65 à Tarbes. Une nouvelle manifestation a été organisée dans les rues de la ville, entre la place de Verdun et la Bourse du travail. Au départ de la manifestation, les lycéennes ont renouvelé leur chorégraphie, cette fois au soleil.

Puis, elles ont défilé en tête de cortège, en scandant « nous sommes la voix de celles qui n’ont plus de voix ». Pendant la manifestation, les jeunes ont aussi mêlé leur voix à celle des adultes pour reprendre quelques phrases de l’Hymne des femmes, composé par des militantes féministes à Paris en 1971, sur la mélodie du Chant des déportés.

« Reconnaissons-nous, les femmes. Parlons-nous, regardons-nous. Ensemble, on nous opprime, les femmes. Ensemble, révoltons-nous ! Levons-nous femmes esclaves. Et brisons nos entraves. Debout, debout, debout ! ».

L'affiche du film Woman

Débat et témoignages

A la Bourse du travail de Tarbes, un débat a ensuite été animé par le CDDF 65.

De nombreuses femmes en lutte y ont apporté leur témoignage : syndicalistes, travailleuses précaires, militantes associatives, migrantes, gilets jaunes. Et les lycéennes ont témoigné sur la création du collectif Mains violettes.

Amandine et Manon sont confiantes. « Nous espérons développer notre mouvement, motiver davantage de jeunes, y compris les garçons. Pour le moment, trois d’entre eux font partie des Mains violettes. Et une dizaine de garçons étaient à nos côtés le 5 mars. Nous pensons organiser à l’avenir une autre manifestation, plutôt en fin d’après-midi pour rassembler plus de lycéens. Mais nous voulons surtout que les adultes se mobilisent et que les pouvoirs publics tiennent enfin leurs promesses. La violence vis-à-vis des femmes doit cesser. Personne ne tue par amour ! ».

Jean-François Courtille

Violence, Poing, Main Tumisu de Pixabay

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