Frédy Kunz (1920-2000), surnommé Alfredinho, est une figure marquante des Fils de la Charité. Prêtre en France, au Canada, puis au Brésil, il s’engage auprès des pauvres. C’est plus particulièrement au Brésil que le Père Kunz agit en faveur des plus défavorisés, notamment en donnant naissance à la Fraternité du Serviteur Souffrant, dans les années 1980.

À l’occasion des 20 ans de son décès, le 12 août 2020, nous vous proposons de (re)découvrir la vie de Frédy Kunz, à travers des témoignages, vidéos et images.

Enfance

Frédy Kunz naît à Berne, en Suisse, le 2 février 1920. Sa famille s’installe dans le Jura lorsqu’il a 6 ans. Dès l’âge de 11 ans, il commence à travailler comme cuisinier durant les vacances. Il quitte l’école à 13 ans et se consacre à son apprentissage de la cuisine dans des conditions difficiles. Il entre dans la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) à 16 ans. C’est pour lui l’occasion de rencontrer d’autres jeunes travailleurs et de découvrir l’Evangile.

Extrait de L’ânesse de Balaam, de Frédy Kunz et Joseph Bouchaud (Éditions Ouvrières, coll. « À Pleine Vie », 1975) :

« À ce moment-là, je faisais facilement jusqu’à quinze heures d’ouvrage par jour. Ça marchait souvent à coups de gifles dans la figure et à coups de pied au derrière quand ça n’allait pas assez vite.Un travail très dur, et je n’étais presque pas payé. Pour ce qui est de la moralité, mon chef passait tous ses repas à me raconter ce qu’il avait fait la veille avec l’une ou l’autre fille, sans me faire grâce d’aucun détail.

[…] Le dimanche et les jours de fête, évidemment, on travaillait comme les autres jours. Mes patrons m’ont dit une autre fois : Mais pourquoi ne te reposes-tu pas le dimanche matin ? Tu vas à la messe, ça te fatigue, tu devrais rester couché. Il ne leur serait pas venu à l’idée de me dire : Eh bien ! Le dimanche, viens travailler un peu plus tard, au lieu de commencer à 7 heures et d’être obligé d’aller à la messe à 6 heures, viens à 8 heures. Pas du tout ! Dans leur idée, c’est sur la messe qu’il fallait gagner du temps, et non pas sur le travail. D’ailleurs, c’étaient des patrons qui, dans l’endroit, passaient pour des gens très bien ».

Guerre

Engagé dans l’infanterie durant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier avec l’ensemble de son régiment au camp de Kaisersteinleuck, en Autriche. Malgré l’épreuve qu’il vit, Frédy Kunz est soucieux d’aider les autres prisonniers et d’organiser des réunions de prière. Lorsque la guerre est finie, il entre au séminaire des vocations tardives de Fontgombault (Indre), jusqu’en 1948. Sur les conseils du Père Depigny, ancien aumônier du camp de prisonniers, Frédy Kunz entre chez les Fils de la Charité.

Extrait de La brebis d’Urie, le cri du juste opprimé, de Frédy Kunz (éditions des Trois Moutiers, 1983) :

« En 1944, je fus emmené comme prisonnier de guerre dans un de ces camps de discipline, rue Pragerstrasse n°84, à Vienne, faubourg de Florisdorf.

Peu de temps après, environ 1000 prisonniers politiques du camp de concentration de Mauthausen arrivèrent au même endroit.

Je n’avais jamais vu des hommes tant souffreteux, épuisés, maigres, terrorisés. Les yeux se remplissaient de larmes seulement en les regardant.

Ils étaient divisés en deux groupes se relayant, l’un travaillant 12 heures de jour et l’autre 12 heures de nuit, pour fabriquer les fusées V-1 et V-2 que les Allemands lançaient contre l’Angleterre.

Avec les 45 prisonniers, mes compagnons, nous avons décidé d’apporter aux prisonniers politiques, toute la nourriture, vêtements, remèdes que nous pourrions acquérir au prix de sacrifices. Confiant dans la Providence divine, je réussis à entrer et sortir de cet enfer pendant plus de trois mois ».

Canada

Église Saint-Jean de Montréal (© Jean Naert)

Frédy Kunz dans le quartier Saint-Henri de Montréal (©Jean Naert)

Après avoir prononcé ses vœux perpétuels chez les Fils de la Charité en 1952, et avoir été ordonné prêtre en 1954, le Père Kunz passe un an à la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Belleville, à Paris. Il part au Canada en 1955, dans la paroisse Saint-Jean de Montréal, où il est notamment aumônier de la JOC. Il se consacre ensuite à la pastorale des vocations, entre 1962 et 1968, intervenant dans des collèges et prêchant des retraites.

Brésil

D’abord désireux de se rendre en Inde, Frédy Kunz part pour le Brésil en 1968. À Crateús, au nord-est du pays, il est bouleversé par sa rencontre avec Antonieta, une jeune prostituée tuberculeuse, à qui il donne les derniers sacrements.

Il s’installe dans le lieu où est morte la jeune femme, travaille avec les plus démunis et pratique régulièrement le jeûne. De 1987 à sa mort, en 2000, Frédy Kunz vit et œuvre à Santo André.

Fraternité du Serviteur souffrant

Insigne de la Fraternité du Serviteur souffrant

C’est dans le cadre de sa vie parmi les pauvres que Frédy Kunz crée la Fraternité du Serviteur souffrant. Ce mouvement rassemble les personnes se sentant blessées ou exclues, et est maintenant présent sur tous les continents. Il trouve son origine dans la famine qui frappe le Brésil au début des années 1980.

Extrait de Frédy Kunz, Alfredhino et le peuple des souffrants, de Michel Bavarel (Éditions Ouvrières, coll. « À Pleine Vie », janvier 1991).

« Si je repense au temps où j’allais dormir dans un terrain vague, à Besançon, pour échapper aux punaises de ma chambre, à la JOC, à ma vie de prisonnier de guerre, à ministère au Canada, à mon séjour dans la maison d’Antonieta, parmi les prostituées de Crateus, au chantier de la sécheresse, à mes pérégrinations de maison en maison, une semaine dans une famille, une semaine dans une autre, je vois que c’est tout ce cheminement qui a conduit à la formation de la Fraternité du Serviteur souffrant. Celle-ci n’est pas née d’un coup. C’est le résultat de centaines de rencontres, d’un long travail en commun qui crée la confiance, de tout un tissu d’amitiés. Il n’y a rien de forcé, la Fraternité a surgi de la contemplation, de la prière et du jeûne, de l’amour de la Sainte Vierge, du partage du sort des plus pauvres et de leur désir de libération, de la reconnaissance de leur valeur. Il n’y a pas de règlement écrit, mais des personnes qui ont la même mentalité, toute une complicité entre elles et qui s’aiment. Cette Fraternité est pour moi l’aboutissement, je ne rêve de rien d’autre, je ne vis plus que d’elle ».

Ils se souviennent de Frédy Kunz

Frédy Kunz célébrant la messe au Brésil (©Michel Lemarchand)

Père Michel Lemarchand, Fils de la Charité ayant vécu au Brésil de 1978 à 2000, puis de 2004 à 2019 :

« J´ai connu Frédy au Brésil, lors de séjours chez lui, quand il était dans le Nordeste du pays, puis au cours des nombreuses années qu´il a passées à Santo André, dans la grande banlieue de São Paulo.

Son témoignage a marqué ce grand pays d´Amérique Latine et représente une bonne nouvelle pour les pauvres. Il perdure dans le temps car il était basé sur son expérience personnelle, humaine et religieuse.

Cette expérience est née au cœur de la souffrance : celle de sa petite enfance, celle des camps de prisonniers et celle des pauvres, habitant les quartiers populaires de nos grandes villes.

Il a compris que les souffrants ne sont pas abandonnés, car Dieu est à leur côté et que, de plus, ils ont une mission dans le monde.

Cette expérience est source de réconfort pour tous les « exclus » de ce monde. De plus, ces pauvres ayant découvert la vraie richesse de l´amour de Dieu ont un message à transmettre à notre société : « Le Christ, « Serviteur souffrant », est avec nous ; Vivons dans la simplicité, le partage et la non-violence » !

Frédy, ton message reste très actuel ! Prie pour nous quand nous célébrons l´anniversaire de ton passage pour l´Éternité ! »

Père Jean Naert, Fils de la Charité au Canada de 1954 à 1969 :

« Frédy, mon plus grand ami, mon compagnon depuis son entrée chez les Fils ». Ensemble « au scolasticat et plus tard durant 13 ans au Québec, avant son départ au Brésil ». Présent auprès de la mère de Frédy Kunz, le Père Naert a également été engagé dans la Fraternité du Serviteur souffrant.

Jean Naert et Frédy Kunz au Canada (©Jean Naert)

Pour en savoir plus...

Livres de Frédy Kunz

BOUCHAUD (Joseph), KUNZ (Frédy), L’ânesse de Balaam, Éditions Ouvrières, coll. « À Pleine Vie », 1975, 102 p.
La brebis d’Urie, le cri du juste opprimé, éditions des Trois Moutiers, 1983, 106 p.
Rajnyck, Montréal face aux camps de la mort, dessins de Sonja Waldstein, Montréal,1959, 67 p.

Livres sur Frédy Kunz

MESTERS (Carlos), La mission du peuple qui souffre, Éditions du Cerf, coll. « Lire la Bible », 1984, 157 p.
BAVAREL (Michel), Si vous saviez la joie des pauvres, éditions Saint-Augustin, 2002, 243 p.
BAVAREL (Michel), Frédy Kunz, Alfredhino et le peuple des souffrants, Éditions Ouvrières, coll. « À Pleine Vie », janvier 1991, 204 p.

Films

GUTTIEREZ (German), Loin des plages, production Programme Français de l’Office National du Film du Canada et Agence canadienne de développement international, 1992.
REGNIER (Michel), Le monde de Frédy Kunz (les bidonvilles de São Paulo), production Programme Français de l’Office National du Film du Canada et Agence canadienne de développement international, 1991.
Série "Contagion" n° 5 : Frédy Kunz. Son expérience au Brésil, sa spiritualité du Serviteur Souffrant, ses actes prophétiques. Un temps de méditation très fort, SPOTS expression, 2001.

Document audio

Jos Tremblay, témoin du Dieu Amour, Studio RM Cap-de-la-Madeleine, 1967.

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