Une façon de vivre sa culture indienne à Grigny

La situation des femmes Tamoules varie selon les lieux où elles vivent. Quand elles sont au Pays dans la région de Pondichéry, les coutumes demeurent très importantes et respectées. L’implantation dans un pays européen comme la France n’élimine en rien le respect de certaines coutumes mais apporte parfois une autre façon de vivre la culture indienne.

Jean Guellerin fc a recueilli le témoignage de familles d’origine indienne vivant à Grigny (Essonne) pour Chantiers de mars 2020 sur “la femme est l’avenir de l’homme”. Il est le Directeur de la publication de la revue Chantiers et curé de la paroisse Notre Dame de toute joie,

Nous avons choisi de recueillir les réflexions de parents ayant des grands enfants, d’un jeune foyer qui vient d’avoir son premier enfant, ainsi que les témoignages de quelques jeunes adolescentes et adolescents.

Tous, ils sont membres de l’assemblée chrétienne Tamoule, attachés à la pratique de leur foi. Bien intégrés à la communauté chrétienne de leur ville de Grigny, ils aiment pour la plupart se retrouver une fois par mois afin de célébrer l’eucharistie en Tamoul avec l’aide de leurs aumôniers parisiens.

Témoignage d'un jeune foyer

Échanger sur la condition féminine

J’avais demandé à un jeune foyer de m’accueillir pour échanger sur la façon de vivre la condition féminine. Elle est une femme indienne, jeune maman avec son mari et sa petite fille. Je sonne et la porte s’ouvre avec Sandra qui m’accueille avec un large sourire et sa fille qui ne la quitte pas d’une semelle. Son mari n’est pas loin et toute la petite famille se joint à la conversation autour d’un jus de fruits et de quelques petits gâteaux. La petite prend sa place à sa façon en m’apportant ses petits livres et quelques jeux.

Rôles et tâches

Bien vite, nous en venons à parler de la condition des femmes indiennes dans la société et dans l’Eglise. Sandra nous parle de la génération de ses parents. « Dans nos familles, c’est l’homme qui est le responsable. Il décide tout et les femmes doivent écouter leur mari.

La femme est chargée des tâches ménagères. Elle ne pourra pas prendre un travail, elle fait à manger pour toute la famille.

Le mari, lui, prend en charge toutes les tâches à l’extérieur. La femme fait les courses et c’est l’homme qui apporte l’argent.

Une femme ne détient pas l’argent. Elle doit toujours demander la permission à son mari. » « Cela se passe ainsi généralement en Inde et parmi les anciennes générations venues en France. » Bien sûr, il faudrait nuancer car cela varie selon les familles, mais c’est la tendance habituelle.

"Les gens vont parler"

Evolution de la situation

« Dans nos générations », nous dit Sandra, « on se répartit les tâches. Le matin j’emmène ma fille à l’école et mon mari va la rechercher le soir. Les enfants sont élevés sous la responsabilité des deux parents. Quand il s’agit d’une fille, c’est surtout la maman qui s’occupe de l’éducation. Les courses, nous les faisons ensemble, on parle de ce que nous allons acheter. Je ressens le besoin d’avoir l’avis de mon mari. Si j’ai une meilleure situation professionnelle c’est grâce à lui car il m’a poussée à reprendre des études. Avant mon mariage, j’étais une personne très réservée et aujourd’hui, je n’ai plus peur, j’ai confiance en moi. »

Le regard des autres

Le regard des autres compte beaucoup pour les parents dans les familles Tamoules. Il y a des réflexions sur tel ou telle, pas toujours agréables. Cela provoque parfois des disputes et des jalousies. « Un jour il y a eu des difficultés dans la famille. Pendant toute une période, j’ai été à la messe en dehors de Grigny à cause du regard des autres. Maintenant je suis revenue prier dans notre communauté Tamoule. Je ne fais plus attention aux réflexions qui pourraient venir.

Je me souviens après mon mariage à l’Eglise, on m’a demandé de donner la communion. J’ai commencé par dire mes craintes : « vous croyez vraiment ? Les gens vont parler ! ». « Je suis l’aînée », nous dit Sandra.

« Ma responsabilité est immense vis-à-vis de ma famille. Dès qu’il y a une décision à prendre la famille m’appelle pour que je donne mon avis. J’aurai toujours cette responsabilité pour les grandes décisions. Mais je suis assez heureuse de cela. »

Don encens et fleurs des femmes tamoules - Jean Guellerin

Ils semblent soudés comme les doigts de la main

Interview de jeunes

Le temps passe et la petite commence à s’agiter ! Il faudrait que papa lise son petit livre. Je décide de partir car j’ai rendez-vous avec la génération d’après. Celle des enfants, des adolescentes et adolescents. Auparavant, j’avais demandé aux parents l’autorisation d’interviewer leurs enfants dont les plus jeunes sont mineures ! Il faut respecter les règles. Je les retrouve donc dans une salle de la paroisse. Les deux premiers sont majeurs, et les deux derniers encore au lycée. Deux garçons et deux filles qui semblent être soudés comme les doigts de la main.

Les études pour tous

« Dans la famille, on est tous sur un pied d’égalité. Ça dépend de l’éducation des familles. Nous les filles, on n’a pas été élevées comme en Inde où les femmes font tous les travaux ménagers. Ici on ne fait pas trop de différences. Les parents veulent qu’on se consacre aux études. Ils s’occupent des tâches de la cuisine. On soutient et on les aide un peu plus pour faire les courses, on n’a pas de voiture, alors on rapporte les courses. »

La Cité de la Grande Borne à Grigny - Jacques Baudet

Des responsbailités

Les femmes

« Les filles sont particulièrement fêtées à l’occasion de la puberté. La famille offre des cadeaux ! D’ailleurs les femmes sont davantage mises en valeur dans les familles.

Lors de la venue du premier enfant, au 7ème mois de grossesse, la famille se réunit pour faire la fête et offrir des présents à la future maman. On lui donne de l’eau parfumée, on lui met des bracelets. On dit que l’enfant entend les bracelets et qu’il se réjouit. » Les jeunes filles et les femmes Tamoules sont incitées à revêtir leurs habits de fête : ces saris dont les couleurs ravissent les yeux de tous et mettent en valeur les femmes indiennes.

La place de l’aîné(e)

« L’aîné, garçon ou fille a de l’importance dans nos familles. L’aîné ouvre la voie pour donner une descendance à la famille. C’est quelqu’un de protecteur. Pour les questions importantes on lui demande son avis. ».

A l’église

« Nous souhaitons fonder une famille, avoir un bon métier, transmettre la foi à nos enfants, comme les parents nous ont éduqués. Nous avons souhaité servir à l’autel pour les messes. Nous avons commencé dans les célébrations Tamoules, puis après avec la communauté de Grigny. Ici les filles peuvent servir, pas seulement les garçons ! »


Extrait de Chantiers n°205 – mars 2020

 “Le femme est l’avenir de l’homme” : en savoir plus et s’abonner


Couverture de la revue chantiers de mars 2020 sur

Sommaire de la revue chantiers de mars 2020 sur

La place de l’aîné(e)

« L’aîné, garçon ou fille a de l’importance dans nos familles. L’aîné ouvre la voie pour donner une descendance à la famille. C’est quelqu’un de protecteur. Pour les questions importantes on lui demande son avis. ».

A l’église

« Nous souhaitons fonder une famille, avoir un bon métier, transmettre la foi à nos enfants, comme les parents nous ont éduqués. Nous avons souhaité servir à l’autel pour les messes. Nous avons commencé dans les célébrations Tamoules, puis après avec la communauté de Grigny. Ici les filles peuvent servir, pas seulement les garçons ! »

Joël fêté pour sa confirmation - Jean Guellerin

Joël fêté pour sa confirmation

Le mariage

« Les parents cherchent et proposent pour nous un mariage possible et ils nous demandent notre avis. Si nous ne sommes pas d’accord avec la personne présentée, ils nous proposeront une nouvelle possibilité et donc évidemment un mari issu d’une famille respectable. Pour nous la religion chrétienne est essentielle, par conséquent nos parents feront attention à tous ces critères-là.

Si par hasard nous sommes amoureux d’une personne, nous la présenterons à nos parents, qui eux discuteront avec les parents de l’autre famille afin de bien s’informer sur l’identité de la personne, c’est-à-dire de savoir si elle est issue d’une famille respectable ».

« Actuellement en France il y a plus de mariages d’amour que de mariages arrangés par les parents. Même en Inde, nous sentons ce changement. » Les mariages arrangés deviennent heureusement des mariages d’amour dans la majorité des situations.

Grigny, carrefour des nations

La ville de Grigny, comme d’autres de la banlieue, est un carrefour des nations. Chaque culture est une source de découvertes pour qui sait écouter regarder et admirer.

D’autres pays du monde sont fortement représentés chez nous. La communauté Tamoule est particulièrement importante.

Merci aux trois familles qui ont témoigné et aux jeunes filles qui se sont livrées avec simplicité sous le regard discret et respectueux de leurs deux frères.

Ouverture au pays d’accueil et fidélité à la culture d’origine : oui, vraiment un beau témoignage.

Propos recueillis par Jean Guellerin, fc à Grigny en Essonne

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