Ikambere, la maison des migrantes séropositives en banlieue parisienne

Jean-FrancaJean-Francois Courtille portrait de Florence Krasowskiois Courtille portrait

Accueillir et accompagner des femmes migrantes touchées par le sida, c’est le pari audacieux relevé depuis 22 ans par l’association Ikambere à Saint-Denis.

La fondatrice de cette association, Bernadette Rwegera, d’origine rwandaise, raconte pour la revue chantiers de mars 2020, ce projet collectif hors du commun. Témoignage recueilli par Jean-François Courtille, rédacteur en chef de la Revue chantiers.

La fondation de l'association Ikambere

Rompre l’isolement

L’idée de cette association m’est venue à la suite d’un travail de recherche pour mon mémoire de DEA à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. J’ai compris la souffrance, l’isolement et les problèmes liés au sida. Cela m’a donné envie de fonder Ikambere, une maison pour que les femmes migrantes touchées par cette maladie puissent se rencontrer, rompre l’isolement et parler ensemble.

Coopération dans le domaine public, de la santé et associatif

Une fois que la maison a été créée, j’ai vu que le fait de rompre l’isolement ne suffisait pas. Il fallait aussi régler les nombreux problèmes rencontrés par ces femmes, à commencer par la nourriture et l’hébergement.

J’ai alors créé d’autres activités et d’autres projets autour d’Ikambere. Ma démarche s’est appuyée sur une coopération avec les hôpitaux, l’Agence Régionale de Santé, la Mairie, le Département et les financeurs publics.

J’ai aussi rencontré d’autres personnes travaillant dans le domaine de la santé et d’autres associations, pour découvrir quelles réponses elles apportaient à ce type de problème. Et aussi quels problèmes n’ont pas de réponses ! En Seine-Saint-Denis, j’ai rencontré beaucoup de gentillesse et d’attention vis-à-vis de ce projet.

Crédit : Ikambere (L’objectif principal d’Ikambere est de rompre l’isolement de ces femmes, améliorer leurs conditions de vie pour qu’elles deviennent actrices de leur destin)

Un bouquet de missions

Aucune ressource, aucun logement

Aujourd’hui, Ikambere est une équipe de 23 salariés. Nous accueillons chaque jour une centaine de femmes. Parfois, ce nombre peut aller jusqu’à 500, notamment quand nous préparons des colis alimentaires.

Quand les femmes arrivent à Ikambere, elles se trouvent vraiment au bas de l’échelle, elles n’ont rien. Aucune ressource, aucun logement. La plupart sont à la rue. Il nous arrive parfois de leur payer des nuits d’hôtel le week-end pour qu’elles aient au moins un hébergement provisoire en attendant de pouvoir les accompagner.

Les propositions

Nous proposons plusieurs activités aux femmes. D’abord, un repas gratuit, chaque jour.

Le lundi, nous organisons des ateliers de danse thérapie. Le mardi, des soins esthétiques. Le mercredi, du sport. Le jeudi, de l’informatique.

Nous mettons en place aussi tous les jours des cours d’alphabétisation. Les médecins viennent à Ikambere rencontrer les femmes malades pour leur donner une information.

C’est tout un bouquet de missions qui constitue le cœur de notre démarche d’accompagnement.

Crédit : Ikambere (L’objectif principal d’Ikambere est de rompre l’isolement de ces femmes, améliorer leurs conditions de vie pour qu’elles deviennent actrices de leur destin)

Autour des besoins exprimés

A long terme, notre objectif est que les femmes deviennent autonomes. Toutes les activités se construisent autour et à partir des besoins exprimés par les femmes.

Au départ, elles sont envoyées par les médecins vers Ikambere en raison de leurs problèmes de santé, car nous accueillons exclusivement des femmes atteintes par le VIH. Mais nous cherchons à résoudre tous les problèmes qu’elles rencontrent pour permettre à ces femmes de bien vivre avec la maladie.

Elles vont rencontrer des médecins et aussi des diététiciens. Nous allons évoquer avec elles tous les problèmes thérapeutiques liés à leur maladie.

Autre volet : celui de l’éducation et de la prévention. Nous parlons avec les femmes de la manière de se protéger et de protéger leurs partenaires, de la santé sexuelle et de la santé globale. Le travail administratif fait partie de notre accompagnement. Nous apportons un appui pour la régularisation de leur titre de séjour ou pour l’obtention d’une couverture maladie universelle.

Crédit : Ikambere (L’objectif principal d’Ikambere est de rompre l’isolement de ces femmes, améliorer leurs conditions de vie pour qu’elles deviennent actrices de leur destin)

Rétablir le lien social

Pour rétablir un lien social, nous organisons des groupes de parole et des repas partagés, des sorties à la plage ou sur les bateaux mouches. Quand les beaux jours arrivent, nous les emmenons dans les parcs.

Mais nous devons aussi essayer de répondre à leurs besoins fondamentaux comme l’accès au logement. A Ikambere, nous avons cinq appartements et dix places. Cela ne suffit pas, car de nombreuses femmes sont dans le besoin. Alors, nous travaillons avec d’autres structures d’hébergement qui peuvent les accueillir.

Parfois, nous assurons des aides financières ponctuelles pour le transport.


Extrait de Chantiers n°205 – mars 2020

 “Le femme est l’avenir de l’homme” : en savoir plus et s’abonner


Couverture de la revue chantiers de mars 2020 sur

Sommaire de la revue chantiers de mars 2020 sur

Pouvoir trouver un travail et accéder à un revenu

Insertion professionnelle et autonomie

Toutes les activités que nous proposons aux femmes chaque semaine doivent leur permettre d’avancer vers l’insertion professionnelle et l’autonomie.

Nous les aidons à définir un projet professionnel. Cela commence parfois avec une remise à niveau ou une formation. Nous leur proposons aussi des ateliers coaching, comment rédiger un CV ou préparer un entretien. A la fin, la femme doit pouvoir trouver un travail et accéder à un revenu.

Nos valeurs

L’accompagnement à Ikambere repose sur plusieurs valeurs. En premier lieu, la confiance et la sécurité. La maison est un lieu de refuge qui facilite la prise de parole des femmes. Une autre valeur importante est le « faire ensemble ».

Nous travaillons avec chaque femme et non à leur place.

« Nous sommes témoins de leurs réussites »

Ce qui nous fait tenir, ce sont les réussites dont nous sommes témoins. Quand une femme qui arrive sans parler un mot de français réussit à apprendre la langue, puis à trouver du travail, par exemple à Carrefour, c’est une fierté pour nous.Et puis, chaque fois qu’une femme réussit à obtenir son titre de séjour et qu’elle est heureuse, nous aussi, nous sommes heureux !

Notre travail est utile pour les femmes. Nous ne pouvons pas les abandonner toutes seules. Ces femmes ont subi beaucoup de violences physiques, sexuelles. Elles sont rejetées par tout le monde. Avec Ikambere, elles trouvent un lieu où elles peuvent vraiment se relever.

Témoignage recueilli par Jean-François Courtille, rédacteur en chef de chantiers

Publication

L’association Ikambere a publié en novembre 2019 aux Editions de l’Atelier un livre écrit par Annabel Desgrées du Lou et illustré par Jano Dupont.

Il s’intitule “Ikambere, la maison qui relève les femmes”.

Les droits d’auteur de ce livre sont reversés à l’association.

Feuilleter
Ikambere, la maison qui reléve des femmes, Annabel Desgrées Du Loû (Auteur), Jano DUPONT (Illustration), paru le 21 novembre 2019, Edition de l'Atelier

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