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Benjamin Vergniaud fc

« Etre attentif à la vie des enfants »

Benjamin est aumônier diocésain de l’Action Catholique des Enfants en Seine-Saint-Denis. Une mission qui nécessite beaucoup d’écoute, de patience, d’humilité et d’espérance.

Accompagner des enfants

Condamné par les dieux, Sisyphe pousse son rocher en haut d’une montagne, mais arrivé au sommet, ce rocher, sans cesse, retombe en bas. Il lui faut à nouveau recommencer et cela jusqu’à la fin des temps. Ce mythe traduit bien, je pense, le sentiment d’impuissance qui peut animer tout accompagnateur en Action catholique. Et comme aumônier diocésain en ACE, Action Catholique des Enfants, depuis plusieurs années, je suis aussi parfois traversé par ce sentiment.

Dieu agit au cœur de la vie des enfants en ACE

Le mythe de Sisyphe peut se comprendre de manière existentialiste, décrivant l’absurdité de la vie, le travail inutile dans l’ambition d’accomplir une œuvre impossible.

Une autre interprétation pourrait être de considérer ce mythe comme un châtiment de Sisyphe qui a eu l’ambition d’être aussi grand que les dieux. Cette seconde interprétation éclaire notre manière de voir l’accompagnement des enfants en ACE. Si nous connaissons parfois le sentiment d’impuissance, nous expérimentons aussi le sentiment de toute-puissance. À trop vouloir faire, on en oublie le sens de notre engagement et donc celui de l’accompagnement. Plus que l’absurdité, ou l’inutilité c’est reconnaître que nous ne maîtrisons pas tout, nous ne sommes pas Dieu, que l’Esprit est à l’œuvre aussi chez les enfants que nous accompagnons.

Comme aumônier, j’ai dû et je dois encore apprendre ce dessaisissement de soi, ce lâcher-prise pour accepter et reconnaître que Dieu agit au cœur de la vie des enfants en club ACE. Et peut-être me départir de la tentation de la nostalgie d’une histoire qui fait état d’un mouvement important avec de nombreux enfants. Une histoire souvent idéalisée et surtout une réalité que de toute façon je n’ai pas connue.

Donner la parole aux enfants

Un des leitmotivs en ACE, comme accompagnateur, c’est d’être à l’écoute de la parole des enfants, de prendre en compte leurs dires. Une évidence presque banale, mais qui pourtant n’est pas si facile. Il est plus aisé de faire dire à l’enfant ce que nous voudrions ou de retranscrire dans nos catégories ce qu’il a dit.

Voilà pourquoi il nous faut insister sur la notion d’accompagnement et non devenir des animateurs en centre de loisirs. J’ai la chance de travailler depuis plusieurs années avec Inès, qui accompagne aussi l’ACE du 93, et nous insistons beaucoup sur cette notion d’être des accompagnateurs. Ainsi pour nous, accompagner en ACE c’est être attentif à la vie des enfants, écouter, s’émerveiller et valoriser leur existence. Mais c’est aussi avec les responsables et les adultes comprendre, analyser et relire ce que nous vivons.

Accompagner c’est aussi former, pour être prophète, parfois à contre-courant de la vie mondaine et ecclésiale.

Jeux d'enfants Pixabay

Peut-être que pour se guérir de ces tentations de la nostalgie ou du désespoir, il nous faudrait être attentif aux signes du Royaume. Ça n’a rien de fumeux que de dire cela, c’est encore une fois reconnaître que Dieu est à l’œuvre en notre monde et que la venue de son Fils Jésus-Christ a inauguré son Royaume.

C’est une pastorale de l’incarnation, et la foi incarnée est au centre de la vie en mouvement. La fragilité d’un mouvement comme l’ACE est une invitation à revenir à la crèche, à contempler cet enfant fragile, presque incertain, et à voir en lui le Christ.

Parce qu’un enfant à une vie intérieure et qu’il nous faut prendre au sérieux cette vie car elle a du prix aux yeux de Dieu. L’incarnation nous demande de prendre au sérieux la rencontre de l’autre, parce qu’il est visage du Christ donc chemin vers Dieu.

Un lieu de responsabilisation et d’engagement

La foi incarnée en mouvement responsabilise. Il nous faut remettre au centre de la vie de chaque enfant la capacité à être, pour qu’il puisse se construire librement et se mettre au service des autres et de la création. Cette capacité d’engagement que permet l’action catholique est une urgence pour aujourd’hui. Dans une société de masse qui conduit trop souvent à l’isolement, à l’esseulement et à la déresponsabilisation, l’ACE peut jouer un rôle.

Il y a là un lieu où les enfants apprennent à se révéler, à être capables de. Un lieu de responsabilisation et d’engagement pour aller vers une société plus solidaire et fraternelle.

Sketch avec l'ACE 93, Crédit Fils de la Charité

Et Sisyphe qui continue de pousser son rocher. Est-ce inutile et perdu d’avance ? Je pense à la parabole dite du « serviteur inutile » dans l’évangile de Luc (17, 7-10) et à sa finale : « de même vous aussi, quand vous avez fait tout ce qui vous était ordonné, dites : “Nous sommes des serviteurs quelconques (inutiles) : nous avons fait seulement ce que nous devions faire.” » Ainsi, accueillir une certaine impuissance, ce n’est pas se déresponsabiliser, ni éliminer une certaine inutilité – ou est-ce de la gratuité ? – mais bien reconnaître que si la lutte est nécessaire, la finalité ne nous appartient pas. Il y a de l’espérance dans la lutte et l’expérience en mouvement nous fait dire que si parfois les choses meurent vite, elles peuvent renaître aussi vite. Une sorte de passage, de mort et de résurrection. Et comme disait Albert Camus : « il n’est guère de passion sans lutte ».

Benjamin Vergniaud fc


Extrait de Chantiers n°212 – décembre 2021

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