Coronavirus (COVID-19) : Regards sur la Semaine Sainte et Pâques à Paris 18ème

La moitié de la planète en confinement depuis fin mars 2020. Pour lutter contre la pandémie les gouvernements ont pris des mesures de confinements.

Les religieux, partout dans le monde, sont aussi tenus de respecter ces mesures restrictives.  Ils témoignent de leur manière de le vivre et de leur action.

L’équipe confinée de la Paroisse Sainte-Hélène à Paris

Michel Retailleau fc, Robert Jourfier fc et Jean-Pierre Maçon fc sont confinés à la Paroisse Sainte-Hélène à Paris. Toute l’équipe paroissiale s’est mobilisée depuis le début pour poursuivre le lien notamment grâce au bulletin “Contacts” avec des “spéciaux jours saints”, la mise à jour de leur site internet et la mobilisation des bénévoles pour distribuer 100 sacs de nourriture quotidiens depuis le 24 mars.

1. Les mots des pères Robert, Michel et Jean-Pierre

En mémoire de moi

Confinement et cuisine

Avec le confinement et le temps de cuisiner, certains redécouvrent que les nourritures ne sont pas seulement des aliments.

En cuisinant et mangeant certains plats ou pâtisseries, nous mangeons aussi les souvenirs d’une ambiance familiale, d’une mère ou grand-mère qui les avait préparés pour nous. Et en les mangeant, nous mangeons l’amour qu’à travers ces plats, elles nous avaient donné.

Le pain sans levain

Il en est ainsi de ce petit pain particulier, que nous utilisons à la messe. C’est un pain chargé d’histoire et de souvenirs et d’amour. C’est un pain sans levain.

Les juifs l’appellent pain azyme. Et la bible dit que la nuit ou les hébreux ont fui l’Egypte avec Moïse, ils sont partis si précipitamment que leur pâte n’avait pas eu le temps de lever. Depuis ce jour, chaque année, ils célèbrent Pâques en ne mangeant pendant une semaine que ce pain azyme et l’agneau pascal sacrifié dont le sang les avait protégés lors de leur fuite. Ce pain a pour eux le goût de la liberté que le Seigneur leur a donnée, et le goût de l’alliance d’amour qu’Il a nouée avec eux.

Fidélité de Dieu

C’est ce pain-là que Jésus lui-même a mangé pendant la dernière cène. J’imagine que, voyant sa vie menacée, Jésus a vécu ce repas comme une célébration de confiance et d’espérance : Dieu qui a sauvé son peuple autrefois, le sauvera lui Jésus « car éternel est son amour ». Pour lui, ce pain a le goût de la fidélité de Dieu.

Symboles de sa vie donnée

Jésus va alors donner une autre signification à ce pain et à la coupe de vin. Il en fait les symboles de sa vie donnée et de sa mort prochaine sur la croix. « C’est mon corps livré pour vous, c’est mon sang versé pour vous ». Il s’identifie à l’agneau pascal sacrifié. Il dit que cette coupe de vin est la nouvelle alliance en son sang. Et il nous demande d’en faire mémoire.

Le goût du Christ Serviteur

En communiant, nous mangeons tous ces souvenirs de Moïse et de Jésus. Ils ont le goût de l’alliance et de l’amour fidèle que Dieu nous offre à travers eux. Ils ont le goût du Christ Serviteur qui nous a donné sa vie et nous sentons que nous devons le suivre sur ce chemin.

D’autant plus qu’au début de ce repas, selon l’Evangile de St Jean, Jésus a lavé les pieds de ses disciples, geste nécessaire pour des pieds nus sur des chemins poussiéreux, mais geste de serviteur ou d’esclave. Si moi, le Seigneur et le maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. De ce geste aussi il faut faire mémoire.

Communion spirituelle

Le corona virus nous prive des liturgies si riches de la semaine sainte et de la communion eucharistique. Faisons une communion spirituelle comme nous y encourage le pape François, unis les uns aux autres, dans le même amour du Christ sacrifié.

Prendre soin

Et avec Jésus prenons la place du serviteur. Aujourd’hui ceux qui servent sont nombreux : les soignants et tous ceux qui, fidèles à leur poste, travaillent pour permettre aux autres de vivre.

Ils sont nombreux aussi dans les familles et les immeubles à prendre soin les uns les autres.

« Comme je vous ai aimés, aimez-vous aussi les uns les autres, ainsi tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. » (Jean 13, 34-35).

Robert Jourfier fc, Jeudi Saint 2020

Robert Jourfier portrait de Jean Guellerin

Une puissance dans nos mains et dans nos pieds

Fêter Pâques

Marielle, l’épouse du colonel Beltrame abattu il y a 2 ans, par un terroriste, a eu ce merveilleux cri du cœur :

“C’est avec beaucoup d’espérance que j’attends de fêter la Résurrection de Pâques avec lui”

C’est dire combien la Fête de Pâques cristallise sur elle de profonds sentiments de Joie, d’Espérance et de Plénitude. Et combien cet Evènement a aussi besoin d’être célébré par une communauté. Nous devrons attendre l’an prochain pour mêler notre joie à cette Explosion de Vie. Mais nous n’avons pas attendu pour en ressentir les effets.

Un carême du cœur, un carême du désir

Et, même confinés, nous ne sommes pas aveugles devant certains signes. N’est-il pas étonnant de constater que ce Carême 2020 si particulier est devenu pour beaucoup un carême du cœur, un carême du désir qui nous a comme “obligés ” à faire un retour sur nous-mêmes ?

N’est-ce pas un signe de Dieu quand, par des événements dont nous n’avons pas la maîtrise, nous sommes comme “délogés” pour grandir vers une humanité plus désireuse de confiance, de fraternité, de solidarité, de justice ?

Nous sommes comme “sommés” de sortir de nos ” tombeaux ” de l’individualisme et du chacun pour soi pour laisser nos existences respirer à plus de hauteur et de profondeur.

Dans les clous de ses pieds et de ses mains

N’oublions pas que le Ressuscité est celui qui a été mis en croix. Et qu’il demeure à jamais ” Et crucifié Et ressuscité “. Et l’un Et l’autre. Si le Ressuscité porte à jamais les plaies ouvertes de “ses mains et de ses pieds”, c’est un fait énorme de sens.

Dans les clous de ses mains, ce sont nos mains fermées qui se sont trouvées desserrées pour mieux les ouvrir.

Dans les clous de ses pieds, ce sont nos impuissances qu’il a déverrouillées.

Depuis 1 mois, combien de mains ne se sont-elles pas ouvertes pour des ‘coups de main’, soins, services de tous ordres… qui ont fait circuler la vie. A la paroisse Sainte-Hélène même, combien de mains et de pieds ne s’activent-ils pas pour distribuer plus de 100 repas quotidiens à des gens du quartier ?

Et qui d’entre nous n’a-t-il pas été le témoin étonné de lui-même à sortir de soi pour un(e) voisin(e) ?

La Vie a triomphé de toute forme de mort

Tous ces gestes ne sont pas comptabilisables, mais ils sont porteurs, en creux, de l’Espérance acquise sur la croix que la Vie a triomphé de toute forme de mort. Que des tombeaux de nos blessures et cassures, la Vie peut toujours surgir.

Qu’elle veut traverser nos réseaux de relation secrètement “visités” par Jésus, le Vivant. Que notre capacité à vivre comme nation, solidaire des autres peuples, et même les équilibres écologiques de la planète sont aussi impactés par la Résurrection du Christ. Rien de notre vie demeure étranger à cette Puissance de transformation et de renouvellement !

Pour reprendre l’expression de Marielle : “C’est avec beaucoup d’espérance que nous attendons de le fêter avec la terre entière”.

Michel Retailleau fc, le jour de Pâques 2020

Michel Retailleau portrait de Florence Sanyas

La paix soit avec vous !

Jésus ressuscité nous donne sa paix

Beaucoup de tensions dans le monde aujourd’hui, et plus encore en ce temps de pandémie, dans la société et parfois dans les familles ! Il peut y avoir aussi des tensions en nous. Nous n’avons donc jamais eu autant besoin de paix.

Et il est justement question de paix dans l’Evangile du jour ( Jn 20, 19-31). A trois reprises, le Christ dit : ” la paix soit avec vous “.

Notre humeur du moment

Pour commencer, je voudrais vous livrer deux expériences de paix que j’ai vécues.

Généralement on s’attache à ce qui est visible, on se situe dans le registre de l’action. Que puis-je faire pour t’aider ? Puis-je faire quelque chose pour vous ? C’est bien de poser des actes concrets de charité. Mais n’oublions pas qu’avant de le faire, il y a l’être. Ou, dit plus simplement, quand nous sommes face à une personne, même si nous n’en avons pas conscience, nous diffusons quelque chose de nous, nous transmettons notre humeur du moment.

Nous sommes en colère, nous diffusons de l’agressivité ; de bonne humeur, nous diffusons de la gaieté.

Une expérience négative

Il y a un certain nombre d’années, là où je travaillais, est arrivé un nouveau chef de production dynamique, très souriant. Mais, à ma grande surprise, je me sentais mal à l’aise quand j’étais en sa présence.

J’ai réalisé par la suite que c’était un homme violent, qui ne croyait qu’à la force dans ses rapports avec les autres.

Une expérience positive

De 19 à 24 ans, je suis allé à Lourdes au  pèlerinage  des malades  et là j’ai rencontré  un prêtre. Un homme rempli de paix. Dès que j’étais en sa présence, je sentais une paix m’envahir. J’allais souvent le voir juste pour recevoir la paix qu’il diffusait. Même pas besoin de ses conseils. C’était sa paix que je venais chercher et qui m’habitait après l’avoir quitté…

Mais on peut ressentir aussi la paix dans certains lieux. Moi,  je ressens une paix profonde quand que je rentre dans un monastère ou quand je me rends à Lourdes.

Questions

Ai-je déjà vécu de telles expériences de paix ? Et ai-je pensé à en remercier le Seigneur ? Tout ce qui vient de Dieu s’accompagne de paix et de d’humilité.

“La paix soit avec vous” : rencontrer une femme ou un homme de paix, c’est toucher cette paix qui vient du Christ. Et cette paix est un baume sur ses doutes, sa fatigue ou blessures.

“La paix soit avec vous” : c’est le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à ceux que l’on croise, une âme apaisée qui vient de l’Esprit du Ressuscité.

“La paix soit avec vous” : que chacun ait à cœur de construire la paix en ce monde par des actes concrets de charité, mais aussi de pardon, de réconciliation et de justice.

Père Jean Pierre Maçon, Dimanche de la Miséricorde

Jean-Pierre Maçon portrait de Jean Guellerin

2. Oeuvre réalisée pendant le confinement par un paroissien

Le Christ est le nouvel Adam

À Pâques, nous fêtons la mort de Jésus-Christ sur la Croix et Sa Résurrection d’entre les morts, que représente ce tableau ? Le Christ ne ressuscite pas simplement pour Lui-même : par Lui, avec Lui et en Lui, c’est notre être rendu mortel par le péché qui ressuscite. Ce « vieil homme » en nous est ici représenté par Adam, que le Christ tire des eaux de la mort et libère de la captivité du péché. Au jour de la Résurrection, notre corps sera glorieux comme celui du Christ sur le tableau. Mais le corps glorieux du Christ conserve les cinq plaies qui témoignent de sa souffrance rédemptrice.

Le mystère de Pâques contient l’essentiel de la vie chrétienne

  • La foi : la foi des chrétiens, c’est quelqu’un, Jésus de Nazareth (né vers -5 /mort vers 33). Nous croyons que ce personnage historique était le Messie (= “Christ” en grec) attendu par les Juifs, le Fils de Dieu et Dieu Lui-même fait homme. Nous croyons aussi qu’après avoir été mis à mort sur la croix, Il est ressuscité. C’est cet événement historique et spirituel que représente ce tableau.
  • L’espérance : nous croyons que l’amour de Jésus-Christ nous sauve de la mort, spirituellement et corporellement au jour de la Résurrection. La Bible dit : L’Amour est fort comme la Mort, la passion implacable comme l’Abîme. (Ct 7, 6) Jésus-Christ ne nous évite pas la mort, mais sur la Croix, Il prend sur Lui notre péché et notre mort et les souffre pour nous. Il passe au travers de la Mort et crée un passage pour nous en Lui. Sa Résurrection fait renaître la vie au cœur de la mort. Ainsi, le tableau le représente marchant sur l’eau de la mort car Il l’a vaincue.
  • L’amour : le mystère de l’amour de Dieu pour les hommes est au cœur de la foi et de l’espérance. L’aimer en retour implique d’obéir à ce commandement : Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. (Jn 13, 34) Ceux qui sont disciples de Jésus-Christ sont unis à Lui et unis entre eux en une communion d’amour. Cette communion est pleinement réalisée dans l’Église, Corps de Jésus-Christ, mais elle s’étend spirituellement à toute l’humanité, qui est aimée de Dieu et appelée à s’unir à Lui dans l’Église. Cet amour fraternel est représenté par la poignée de main de Jésus à Adam.

Emmanuel Phatthanasinh, réalisée à Ste Hélène durant le confinement.

Le 3e jour ressuscité des morts par Emmanuel Phatthanasinh de Nicole Domergue

“Le 3ème jour ressuscité des morts” par Emmanuel Phatthanasinh

Oeuvre (2,30m X 1m)

3. Paroles de paroissiens confinés

"Je suis avec vous, pour toujours"

En écoutant à la radio ou la télévision les témoignages d’autres “confinés”, j’ai bien conscience d’être une sorte de privilégié.

Comme je suis le plus souvent seul, je souffre beaucoup moins que d’autres de la situation actuelle. Quand je dis seul, ce n’est pas vrai, puisque je crois et que je vis chaque instant en la Présence du merveilleux Compagnon qui a dit “Je suis avec vous, pour toujours…”

Mais, comme la croix est faite de deux morceaux, l’un vertical, l’autre horizontal, je crois aussi fort que ma relation au Christ passe aussi par les autres, mes frères et sœurs qu’en temps normal je côtoie, à Sainte Hélène et ailleurs. Je ne pensais pas, malgré tout, éprouver un tel manque lorsque le dimanche 15 mars je me suis retrouvé à 11 heures dans mon fauteuil à regarder la messe télévisée. J’ai eu à ce moment l’impression d’être comme amputé

C’est aussi l’occasion de vivre une communion plus étroite avec tous ceux qui ne peuvent célébrer l’eucharistie chaque semaine. Je suis un “riche” !

Daniel

Devant la Pandémie

Ô Dieu créateur d’un monde plein de splendeurs.
Vois ! Mon Dieu, mon Ami chéri
Nous sommes comme des biches aux abois.
Blessées par des chasseurs et nous avons peur.

” Mes enfants chéris Mes touts petits
J’entends vos déchirements
Mes petits-enfants, Soyez patients
Mes amis, Restez unis.
Patience ! Patience !

Comme un Père, j’écoute vos prières,
Et comme vous, continuez à prier et à m’adorer.
Un jour dans un élan d’amour
Je referai… mes amis, mes bien-aimés
La tempête apaisée.
Mais priez, priez, priez.”
Ô mon Dieu adoré, Ton amour est folie
i mpossible d’y résister. Nous voulons te garder
Et, avec ton aide, Dieu Ami devant l’avenir
Essayer de toujours dire oui comme la vierge Marie.

Thérèse

4. Citations bibliques en cas d'angoisse

  • Même si je marche dans un ravin d’ombre et de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ; ton bâton, ton appui, voilà qui me rassure. (Psaume 23.4)
  • Ne vous inquiétez donc pas pour le lendemain : le lendemain s’inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. (Matthieu 6.34)
  • Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car il prend soin de vous. (1 Pierre 5.7)
  • Rejette ton fardeau, mets-le sur le Seigneur, il te réconfortera, il ne laissera jamais chanceler le juste. (Psaume 55.22)
  • Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre. (Jean 14.27)
  • Soyez forts et courageux, ne craignez pas, ne tremblez pas, car c’est le SEIGNEUR ton Dieu qui marche avec toi : il ne te délaissera pas, il ne t’abandonnera pas. (Deutéronome 31.6)
christ bible de Didgeman par Pixabay

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