Coronavirus (COVID-19) : à São Paulo la crise politique, sanitaire et sociale oblige à changer d’attitude

Pour lutter contre la propagation du Covid-19 de nombreux pays ont été mis à l’arrêt. En fonction de la situation sanitaire locale chacun adopte son plan de déconfinement.

Les religieux partout dans le monde, sont aussi tenus de rester vigilant et de respecter les gestes barrières.  Ils témoignent de leur action en ce temps de crise planétaire.

“Reconnaître Jésus-Christ dans le partage du pain, signe sensible d’une nouvelle économie solidaire”

Monsieur Bernard Hervy réside au Brésil depuis 54 ans. Il a été Fils de la Charité dans les années 60-70. Il nous donne son point de vue personnel sur la situation actuelle de crise politique, sociale et sanitaire. Il est aujourd’hui encore aumonier du MMTC et de l’ACO sur São Paulo.

La menace du covid-19

Les gestes barrières

Les recommandations d’isolement social sont suivies seulement par une petite moitié de la population sur São Paulo et la banlieue. L’application est en baisse, dans cette métropole de 16 millions d´habitants, il y a encore beaucoup trop de piétons à prendre le métro, le train, l’autobus et de voitures à circuler pour faire le marché ou se rendre au travail.

Les scolaires

La pollution a diminué aussi. Mais le risque de contamination reste. Les écoles de l’Etat sont fermées. Il y a un projet d’étude par Internet mais les 2,8 millions d’étudiants à São Paulo-ville ont souvent du mal à s’adapter et tous n’ont pas un ordinateur pour chacun des enfants confinés dans la même famille.

Les défunts

Les services funèbres ne sont plus à même de remplir tout seuls leurs fonctions. En raison de la contagion les actes de décès sont rédigés par un médecin urgentiste qui se dévoue sur place. Dans les cimetières les cercueils sont relégués dans des emplacements où l’on a creusé des fosses communes. Quelques prêtres, diacres ou pasteurs apparaissent ici ou là, seul pour bénir les défunts sans la présence de la famille.

A l’hôpital

Pour ceux qui priorisent le problème de santé contre le virus, il y a beaucoup de générosité. Les volontaires, professionnels ou non de la santé se plaignent à juste titre d’un manque d’équipements de protection : masques, blouses, bonnets, gants. Les hôpitaux sont surchargés par de grandes files pour détecter la contamination. Il manque surtout des appareils respiratoires que les services de santé n’ont pas encore reçus de l’Etat. Des remèdes du style la “cloroquine” sont appliqués à ceux qui en ont les moyens bien que leurs efficacités ne sont pas confirmés. Le vaccin semble encore loin.

sao-paulo par David Mark de Pixabay

Quelques effets de la pandémie

En négatif

La violence s’étend dans la rue : avec le vol, le marché noir, la discrimination raciale et augmente dans les familles, contre les femmes. L’eau potable manque dans certains quartiers de banlieue. En Amazonie, l’un des Etat les plus menacés des décès, on déplore la lenteur du pouvoir fédéral : “si le gouvernement n’offre pas un avion pour transporter deux mille urnes funéraires vers la capitale Manaus, nous pourrons arriver à mettre les corps dans la rue” disent les habitants.

En positif

Les gestes de solidarité sont nombreux :  dons de vivres alimentaires (100.000 paniers) sur São Paulo pour des gens nécessiteux à travers des organisations municipales ou privées.

A niveau individuel les contacts sont plus fréquents par téléphone et WhatsApp. Nous avons la nécessité de communiquer, de partager ses angoisses, sa dépression, de nouvelles recettes, ses occupations actuelles, de passer du temps avec les enfants et petits-enfants, de méditer l’Evangile en récitant le rosaire en famille.

ambulance brésil par Alexandre FUKUGAVA de Pixabay

L'économie de marché

En vue des élections de 2022

Dans la ligne du gouvernement fédéral actuel les comportements antidémocratiques se multiplient. La confusion se créée parmi la population dans un climat d’indifférence ou de haine. Les facke news sont utilisées par les partis politiques pour accéder et se maintenir au pouvoir. L’actuel exécutif, de nombreux  parlementaires, juges et grandes entreprises privées maintiennent la discorde, surtout en pensant aux  prochaines élections parlementaires et présidentielle en 2022. La population  désinformée par la grande presse qui appartient à 6 familles, des églises dites évangéliques sont entrées dans le jeu de cette politique et l’église catholique est dans sa majorité restée au dessus du mur.

Démolition sociale entreprise par le politique

La perte des droits sociaux et civiques est à déplorer par des réformes imposées sans discussion avec la classe des travailleurs. Les syndicats n’ont pratiquement plus aucune place. Depuis quelques semaines divers ministres ont démissionné sans autre explication. Il est plausible qu’ils ne s’alignaient plus avec  les vues du chef de l’Etat, de sa famille ou de ses invisibles amis. C’est le cas du ministre de la santé, du super-ministre de la justice, du chef de la police fédérale. Tous ces événements donnent une vision d’un pays qui se détruit, une république où la souveraineté du peuple n’est plus respectée.

Corona au Brésil par Alexandre FUKUGAVA de Pixabay

Que faire au niveau individuel et collectif

  • Retrouver dans l’intime de ma conscience, l’espérance de vie et d’amour qu’aucun pouvoir terrestre ne peut détruire
  • Nous situer dans l’Histoire du pays: le peuple n’est pas sorti de l’esclavage
  • Ne pas oublier l’époque encore récente où le peuple de la classe ouvrière, du monde agricole, maritime et de divers services, a élu ses représentants politiques pour l’aider dans son combat pour un “mieux vivre”, dans une solidarité en recherche avec les plus pauvres. Même si ces leaders ont été injustement destitués ou emprisonnés, ils indiquent dans la confusion aujourd’hui un chemin nouveau à suivre.
  • Il nous faut inventer un nouveau langage avec de nouveaux partenaires, spécialement les jeunes, les femmes, les immigrants.
  • Raviver en nous la vie militante, dès aujourd’hui en ce temps de crises aiguës
  • Retourner à l’Évangile par exemple les disciples d’Emmaüs (Luc 24, 13-35).
  • Reconnaître Jésus-Christ dans le partage du pain, signe sensible d’une nouvelle économie solidaire: pain matériel pour tous, sans oublier les plus démunis ; pain spirituel, souffle de l’Esprit qui nous anime pour la reconstruction d´un Brésil nouveau et pain Eucharistique, qui nous unit dans un même Corps.

Ce fut notre prière quotidienne, et nos célébrations durant la semaine sainte, en dehors du Temple, ce fut la découverte d’une Eglise peuple sacerdotal dans la ligne du pape François.

« Seigneur, reste avec nous, car il se fait tard, aide-nous à être porteurs d’Espérance »

Bernard Hervy, le 30 avril 2020

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