Artenay et la mémoire d’Auschwitz : le témoignage de Roger Fajnzylberg
Ce que j’ai vu à Auschwitz par Roger Fajnzylberg
Parce que notre nation voit s’enraciner dans le paysage politique un antisémitisme de plus en plus décomplexé, et qui va jusqu’à nier l’existence de la Shoah et des chambres à gaz, il peut être indispensable de lire ce livre-témoignage et de maintenir ouverte la réflexion sur cette machine à tuer très particulière et sur ce qui l’a permis ; il en va de notre liberté et de notre vivre ensemble.
Dans cette réflexion sur la mémoire, Artenay, ville où a grandi le père Jean-Émile Anizan, rappelle aussi l’importance de transmettre une histoire qui aide à comprendre le monde et à rester vigilant face aux idéologies de haine.
Quatre cahiers pour transmettre une histoire
Voici l’histoire de quatre cahiers déposés dans une boîte à chaussures fermée par une cordelette et qui ont attendu plusieurs dizaines d’années avant de livrer à son fils le récit de ce père qui ne parlait pas devant lui de ce qu’il avait vécu durant la guerre. « Dans le contexte politique de l’immédiat après-guerre, la tendance était plutôt au silence, ne serait-ce que pour pouvoir reconstruire. » Ce fils a cependant reçu en héritage « ce qu’a pu engendrer de meilleur la volonté de survivre d’hommes et de femmes de toutes origines et de toutes conditions, mus par un idéal humaniste, pour résister, ne jamais abdiquer et reprendre la marche en avant vers des lendemains qu’ils espéraient heureux. Sans ces convictions, auraient-ils pu, eux aussi meurtris, accablés, rester debout, résister, confiants malgré tout et libres dans leur tête ? »
Des parents rescapés d’Auschwitz et de Birkenau
Ses parents se sont rencontrés à Paris en 1946. Ils étaient des rescapés des camps d’Auschwitz et Birkenau. « Ma naissance, en 1947, est le fruit de la victoire de la vie sur la mort. Pourquoi mes parents ne m’ont-ils pas raconté ? Je sais aujourd’hui qu’ils voulaient me protéger. »
Il avoue : « Comme il est difficile d’être fils de déportés ! Comme il est violent d’être fils d’un déporté affecté aux Sonderkommandos ! Comme il est complexe d’être fils de survivants qui n’espéraient plus rien pour eux-mêmes, mais tout pour leur descendance, afin que la vie refleurisse. Cette responsabilité m’a hanté tout au long de ma vie et me hante maintenant encore. Mon père a rédigé les notes ici reproduites dès la Libération, entre l’automne 1945 et le printemps 1946 pour témoigner. Ces souvenirs furent écrits en polonais dans plusieurs cahiers d’écolier qu’il a conservés dans ses affaires personnelles jusqu’à sa disparition à Paris en 1987. »
Le témoignage exceptionnel d’un Sonderkommando
Les Sonderkommandos d’Auschwitz et de Birkenau étaient des unités de travail, de 400 à 900 membres, composées de prisonniers juifs dans leur très grande majorité. « Leur besogne la plus terrible consistait à extraire les cadavres des chambres à gaz, à couper les cheveux des femmes, et à les dépouiller de leurs bijoux. Ensuite, les membres du SonderKommando devaient brûler les corps, dans des fours crématoires ou des fosses d’incinération, avant de broyer leurs ossements et de disperser leurs cendres dans de petits plans d’eau ou dans les cours d’eau les plus proches. »
Un témoignage sur la Shoah et la mémoire
Le père, Alter Fajnzylberg, a été contraint de travailler au Krematorium du camp d’Auschwitz à partir de novembre 1942 puis affecté au SonderKommando de Birkenau de juillet 1943 jusqu’au mois de janvier 1945. Ce témoignage est tout à fait exceptionnel, en raison de la durée de son affectation et de l’importance des informations qu’il fournit sur son mode de fonctionnement. Il permet de prendre conscience de l’industrialisation du processus de mise à mort à l’œuvre.
Il raconte les révoltes, notamment celle du 7 octobre 1944. Il participera à la prise de 4 photos où l’on voit des membres du SonderKommando brûler des corps dans une fosse d’incinération à ciel ouvert. Il s’est enfui avec un compagnon lors de l’évacuation du camp le 18 janvier 1945 ; cachés par une fermière polonaise, il fut libéré par l’Armée rouge.
N’oublions rien.
Gérard Marle fc

0 commentaires