La liturgie dans les camps par Yves Chiron
La liturgie dans les camps, Célébrer la messe à Auschwitz
La foi à l’épreuve de la détresse extrême
Enfermés dans des camps, les jeunes catholiques, en particulier les plus engagés en Action Catholique, Scoutisme et Mouvements divers devaient affronter un questionnement radical : comment vivre sa foi dans un cadre de détresse extrême et sans pratique ni vie communautaire ?
L’organisation d’une aumônerie clandestine sous l’occupation
Sous l’autorité du cardinal Suhard, archevêque de Paris, l’abbé Rodhain, futur fondateur du Secours catholique, met en place une aumônerie pour soutenir spirituellement les prisonniers. Valises-chapelles, évangiles, livrets de prières et de chants, des dizaines de milliers de documents sont expédiés, qui ne couvriront pas l’ensemble des besoins et resteront soumis au bon vouloir nazi. Face à ce bouleversement du cadre religieux habituel, des prêtres, séminaristes et militants catholiques feront preuve d’une grande créativité.
Un « christianisme des catacombes » au cœur de l’horreur
Partout et en tous lieux, en célébrant l’eucharistie, ils se sont évertués à rendre présent le Christ au milieu de leurs frères détenus, souvent aux portes de la mort. Messes cachées au fond d’une salle commune, ou derrière des châlits, calices, patènes, ciboires créés à partir d’ustensiles ordinaires dans le dénuement le plus total. Livres de messe et de prières cachés dans les lieux les plus insolites et sous formes diverses, offices créés en français.
Ce « christianisme des catacombes » marquera à tout jamais ceux qui l’ont vécu. Assez vite ils remettront en question les liturgies ou offices répétitifs sans âme, et garderont avec nostalgie le souvenir de ces temps où « notre coeur n’était-il pas tout brûlant quand il nous parlait en chemin » ! Comment oublier cette vie fraternelle au coeur d’une souffrance absolue secrétée par une idéologie nazie niant toute dignité humaine ? Comment ne pas désirer perpétuer ce chemin qui leur avait permis de ne pas se soumettre, de garder leur dignité et d’espérer contre toute espérance ? Cette épreuve commune avait aussi permis d’effacer « les classes » dans l’église et un cléricalisme pesant fondé sur un sacré factice et frivole ! Comme jadis au pied de la croix, ils étaient mélangés sans distinction, communiant dans la même souffrance qui les faisait « un », coeurs saignants et coeurs brûlants, unis au crucifié.
Témoignage et vie spirituelle : vers les racines de Vatican II
Ce livre fait un bilan matériel et humain de l’action chrétienne dans les camps. Mais surtout il laisse voir une vie spirituelle éblouissante, bouleversante au fur et à mesure que des visages surgissent. On lit l’obstination de chrétiens démunis de tout et qui, par amour du Christ, témoignent fraternellement à leurs camarades de misère l’amour qui couve en eux dans le partage matériel, le souci des uns et des autres ; plus encore, ils font tout pour se rapprocher d’eux là où ils en sont de leur foi ; par des messes en français, un jeûne eucharistique allégé, des confessions en promenade.
Là s’enracine la réforme liturgique de Vatican II. On oublie qu’elle ne fut pas le produit de quelque mode ou dérive d’un clergé avide de nouveautés. Elle est le fruit du choix de martyrs de la foi qui ont tout fait pour témoigner de « Celui qui a tellement aimé le monde qu’Il en est mort » ; avec la certitude que, dans cette pauvreté, rien ne pouvait faire obstacle au cheminement vers Jésus le Christ.
L’héritage : Participation et renouveau liturgique
À la suite de ces expériences des prêtres ont désiré comme Jésus rester « au coeur de la pâte », dans les usines et ateliers. En même temps un renouveau liturgique s’est développé pour permettre au peuple de Dieu de ne plus seulement « assister », mais « participer » à l’Eucharistie, et entendre dans sa langue les exigences de l’Évangile certes, mais en premier lieu le bonheur d’une Bonne Nouvelle.
Éric Récopé fc
Fiche technique de l’ouvrage
- Auteur : Yves CHIRON
- Titre : La liturgie dans les camps, Célébrer la messe à Auschwitz
- Éditeur : Le Cerf, 2025
- Détails : 329 pages

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