Éloge de la religion par Paul Valadier

3 Avr 2023 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : Salvator

Éloge de la religion par Paul Valadier

Lectures critiques, sans concession

Les religions sont-elles mourantes ou alors d’une vitalité inquiétante ? Laisseraient-elles la place aux croyances non religieuses, à des spiritualités laïques qui, elles, font florès ? Depuis des dizaines d’années, la plume de Paul Valadier, philosophe qui fut directeur de la revue jésuite Études, décortique les propos d’écrivains qui saturent l’espace médiatique ou les rayons de librairies, sans oublier de discuter fermement avec quelques autorités religieuses. Avec toujours une sorte de tendresse pour Nietzsche et son « Gai savoir », qui sut comprendre le vingtième siècle et ses drames avant même qu’il ne débute. Lectures critiques, sans concession, mais qui n’oublient pas que les auteurs ont eux aussi une vie qui dépasse de loin leurs propres discours : ainsi, ils peuvent tenir des discours d’une platitude désarmante sur une spiritualité dite laïque et pour autant être réellement habités par un esprit de courage et d’engagement. Avec l’auteur de ce livre, Paul Valadier, place à la discussion, à la raison.

Les religions sont-elles déconsidérées ?

Certes, mais Paul Valadier en fait l’éloge. Parce que sans leur enracinement dans des communautés structurées, les croyances qui en refusent les contraintes non seulement sont très vite fumeuses – un vague « prendre soin de soi » enfermé dans le soi – mais en plus elles se prêtent à toutes les manipulations possibles. « Nous dirons qu’on a affaire à une religion dès lors qu’on trouve des textes tenus pour sacrés, une tradition qui les transmet au long du temps et les commente, une communauté ou un groupe structuré et rassemblé autour d’une telle tradition, des rites et des célébrations ordonnées selon certaines règles, des croyances partagées et tout un travail d’interprétation de ces croyances et de ces traditions. Cette approche saisit le phénomène religieux comme une réalité historique, collective, sociale. »

Que met-on alors sous le mot de spiritualité ?

« Si l’on n’entend pas là une vie de l’esprit, c’est-à-dire de la réflexion, de la pensée, de la prise de distance réfléchie par rapport aux phénomènes de la vie, une certaine intériorité, il va de soi qu’aucun être humain ne peut ignorer une telle dimension de son existence… Mais la spiritualité dont il est question dans les religions est bien autre chose de plus fondamental et de plus aventureux. Il faut même parler de spiritualités au pluriel, car elles indiquent des chemins et des voies diverses pour s’ouvrir au divin et avancer sur des chemins difficiles. Ce sont des « écoles » avec des enseignements, des conseils et des conseillers, règles de prudence et de savoir-faire. C’est que la vie spirituelle, en ce sens fort et authentique, n’est pas une aventure banale et sans risque », puisqu’il s’agit « d’une sortie de soi », d’un « pars » vers un avenir aujourd’hui inconnu, ce qui appelle un accompagnement, à tout le moins un enracinement dans une communauté.

Il s’agit d’appeler à vivre de l’espérance par la charité et la justice

Elle a tous les défauts du monde, cette Église au point qu’on en oublie ses richesses que sont les myriades de croyants fabuleux, la beauté sobre de ses cathédrales et de ses liturgies. Ces communautés de croyants n’ont jamais revendiqué pour elles la perfection, « leur rôle est d’annoncer à l’humanité qu’elle est appelée en Christ à la vie éternelle ; elles sont porteuses d’une espérance qui passe les espoirs humains. Il s’agit d’appeler à vivre dès maintenant de cette espérance par la charité et la mise en œuvre de la justice. »

Nous avons le devoir de penser ce que nous croyons. Tout en donnant raison à Péguy lorsqu’il affirmait que la chaisière au fond de l’église avait sans doute plus d’intuitions justes de Dieu que tel savant théologien. C’est Paul Valadier qui le souligne !

Gérard Marle, fc

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

10 ans de fidélité, le témoignage de Lewis Moundanga fc

Le père Lewis Moundanga fc a été en mission à Kinshasa, Abidjan, Grigny et à Saint-Ouen. Il témoigne de sa vie religieuse depuis 10 ans.

La vidéo du pape, prier chaque mois en Eglise

La Vidéo du Pape diffuse les intentions de prière mensuelles du Saint-Père. Nous nous associons à la prière mondiale de l’Eglise.

Rencontre européenne de Taizé à Paris 2025-26

Grigny-Ris Orangis, Saint-Ouen, Sainte-Hélène à Paris et La Courneuve accueillent des jeunes pour la 48ème Rencontre européenne de Taizé 2025-26

Nos cœurs invincibles par Tala Albanna et Michelle Amzalak

Depuis un an et demi, Tala Albanna et Michelle Amzalak, étudiantes, s’envoient des lettres dont Dimitri Krier, jeune journaliste au Nouvel Obs, a fait un livre magnifique.

107 ans de fondation de la Congrégation des Fils de la Charité

A Noël 1918, le père Anizan fondait les Fils de la Charité. Nous fêtons 107 ans de fondation et la naissance du Christ. Bonne année 2026 !

Hommage au père Jean Naert fc (29/01/1928 – 19/12/2025)

Jean Naert fc est décédé le 19 décembre 2025 après une vie pastorale au Québec, Villeneuve-Saint-Georges, Sallaumines, Saint-Ouen, Valenciennes, Issy-les-Moulineaux, Auxerre, Gentilly, Colombes.

Aucune nuit ne sera noire par Fatou Diome

Dans ce récit initiatique de Fatou diome, un vieux loup de mer va préparer son mousse à se lancer sur l’océan de sociétés méconnues.

Porter la lumière au cœur des fragilités

Roger Mimiague fc vit à Lourdes une “Demeure des Sources Vives”, un hébergement pour personnes en difficulté psychique, au cœur des fragilités

Invitation à la pièce “Au nom de la mère” le 24 mars 2026

Les Fils de la Charité en partenariat avec le Pôle BEL vous invitent à la représentation de la pièce de théâtre “Au nom de la mère” le 24 mars 2026 à Issy-les-Moulineaux

Défense du pain et du vin par Benoît Sibille

Pour Benoît Sibille “Le pain et le vin ont perdu le goût de ce pain pétri de nos vies humaines pour devenir une marchandise comme une autre”.

Share This