François et ses frères : Sylvain Piron raconte les débuts du mouvement franciscain
À l’occasion des 800 ans de la mort de François d’Assise, Sylvain Piron revient sur François et ses premiers frères. Une lecture attentive des sources pour retrouver la puissance initiale de leur aventure spirituelle.
François et ses frères
« Après que le Seigneur m’eut donné des frères, personne ne me montra ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon le saint Évangile. Alors je fis rédiger un texte en peu de mots bien simples, et le seigneur Pape me l’approuva. Ceux qui venaient à nous pour partager cette vie distribuaient aux pauvres tout ce qu’ils pouvaient avoir. »
Ce passage du « Testament » que François laissa à ses frères comme ultime message est remarquablement commenté par Sylvain Piron, médiéviste à l’École des hautes études en sciences sociales et qui se réjouit d’observer avec bienveillance l’un des surgissements spirituels les mieux documentés du dernier millénaire. Sous réserve d’inventaire, c’est là le premier livre qui associe à ce point François à ses frères : ils étaient une douzaine au départ, rien ne se serait passé sans eux et ce livre les raconte. Il fallait aussi l’appui de la papauté : deux papes leur ont fait confiance ; en retour ces « frères mineurs » s’interdiront toute remise en cause du clergé traditionnel. En une douzaine d’années ils seront 5 000 et quelques femmes avec Claire d’Assise.
Une bande de va-nu-pieds
« Au tout début, ils n’étaient qu’une bande de va-nu-pieds, très jeunes pour la plupart, en rupture avec leurs familles, qui squattaient les églises abandonnées dans la plaine ou se retiraient dans des grottes de montagne que seuls les bergers connaissaient. À leur tête, un homme à peine plus âgé qui refusait d’être un chef mais ne pouvait s’empêcher d’agir comme un maître et une règle vivante. C’est cette puissance initiale, jamais totalement effacée par l’installation dans des structures établies qu’il m’intéresse de retrouver ici. » Belle introduction à ce livre.
François d’Assise, une figure universelle
Pour l’auteur, il est « le seul saint chrétien véritablement universel, dans lequel peuvent se reconnaître toutes les traditions spirituelles et dont l’exemple parle également à des personnes sans religion. » La ferveur autour de lui ne faiblit pas. Mieux, les thèmes qui lui étaient chers sont les nôtres aujourd’hui : il ne voulait posséder aucune propriété, parce qu’il ne voulait pas d’arme pour les protéger ; il ne voulait pas toucher à l’argent, parce qu’il voulait n’avoir que Dieu pour maître ; les lépreux si rejetés lui inspiraient de la bienveillance ; aux croisades il choisit le dialogue entre les religions ; il parlait aux oiseaux parce qu’il rendait grâce au Créateur présent en toutes choses.
François, ses frères et l’institutionnalisation
« Je défends formellement, au nom de l’obéissance, à tous les frères, où qu’ils soient, d’oser jamais solliciter de la cour de Rome, ni par eux-mêmes ni par personne interposée, aucun privilège sous aucun prétexte » lit-on dans son « Testament ». Vers la fin, François a vu son oeuvre s’institutionnaliser et lui échapper, mais lui-même, avec ses frères et amis de toujours, dont Léon, Ange et Rufin, a gardé les mêmes intransigeances. Malade, devenu presque aveugle, il écrit le Cantique des créatures. Puis Soeur la mort l’a cueilli, posé à même le sol, dans la chapelle de la Portioncule, le 3 octobre 1226, il y a huit cents ans, à l’âge de 44 ans.
Même les familiers de François d’Assise liront ce livre avec bonheur.
Gérard Marle fc

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