Pour une justice aux mille visages par Youssef Badr

2 Déc 2025 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : Editions de l'Aube

Pour une justice aux mille visages par Youssef Badr

« Lycéen, je ne m’imagine pas magistrat ni même juriste, raconte Youssef Badr. Je trouve très vite dans le droit une manière d’apporter des solutions à des situations concrètes de la vie quotidienne, à un système parfois injuste auquel répondre de manière efficace et incontestable. » Il dira qu’il aime ce métier parce qu’il aime les gens ; si les avocats plaident, ce sont les juges qui décident.

Surmonter d’innombrables obstacles ainsi que de nombreux préjugés

Youssef Badr est fils de Marocains immigrés en France au début des années 70. Son père est ouvrier du bâtiment et sa mère femme de ménage. Il a dû travailler dur, les études et les petits boulots qui épuisent ; il a dû surmonter d’innombrables obstacles ainsi que de nombreux préjugés pour devenir magistrat.

En 2021, il participera à la création de La Courte Échelle, association de mentorat qui a pour objectif d’apporter assistance, entraide et réseau à celles et ceux qui ne sont ni du sérail, ni du bon côté de l’échelle sociale.

Youssef Badr s’interroge : « Peut-on rendre la justice au nom du peuple français quand on ne lui ressemble pas ? » Juge de la 18e chambre correctionnelle du tribunal de Bobigny, il rêve « de voir beaucoup plus d’étudiants issus de milieux modestes, très modestes, accéder au métier de magistrat. » Il précise : « Par mon itinéraire personnel, je capte probablement un peu différemment des moments d’audience, les gestes ou les silences d’une partie. Cela éclaire ma compréhension de ce qui se joue. J’ai pourtant mis du temps à comprendre que cela aussi constituait une ‘culture générale’ au moins aussi utile que la fréquentation des théâtres, des opéras ou des grands auteurs classiques. »

Youssef Badr n’oublie pas ce professeur qui a toujours cru en lui

Pour entrer à ll’École Nationale de la Magistrature, après les examens écrits vient l’épreuve de l’oral ; il y échoue la première fois avec, en prime, « le sentiment d’avoir choisi un chemin d’inconfort, un destin qui n’était pas le mien, plutôt qu’une voie plus ‘simple’ où j’aurais pu exceller. À défaut de me sentir tout à fait légitime, les attentions et les encouragements de mon entourage familial me donne la force d’y croire. » Il sera admis l’année suivante, avec un sens de la répartie qu’il avait déjà au lycée – ce qui lui avait valu d’en être exclu quelques années auparavant. Il n’oublie pas ce professeur qui a toujours cru en lui, qui a pris le temps qu’il fallait quand d’autres, pour préparer le concours d’entrée, pouvaient s’offrir des cours privés.

Youssef Badr accumule des conclusions d’études, les chiffres, les statistiques et quelques récits qui montrent combien l’égalité des chances reste un mythe ; sont concernés certes les jeunes des cités populaires mais aussi les jeunes de la campagne, les enfants d’agriculteurs ou de petits commerçants. Il les décrit comme désorientés à l’école, noyés à l’université, désabusés lors des concours et des premières recherches de travail ; cependant, « nous devons nous appuyer sur le principal outil dont nous disposons, même s’il est infiniment perfectible : notre système éducatif. »

Nous avons tous dans nos relations des hommes et des femmes qui viennent d’ailleurs

J’avais à peine fini de lire que j’étais invité à l’hommage républicain d’une femme morte subitement à l’âge de quarante-cinq ans. Élue maire adjointe dans sa ville et vice-présidente du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. Épouse, mère de trois enfants, militante politique, restée attachée aux Comores et à la foi musulmane, manifestement elle faisait l’admiration des responsables politiques qui parlaient d’elle, et de la foule qui était là pour elle et sa famille. Nous avons tous dans nos relations des hommes et des femmes qui viennent d’ailleurs, et que nous admirons. L’émerveillement devant leur itinéraire et la bienveillance qu’ils nous apprennent peuvent guérir nos sociétés malades.

Gérard Marle fc

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Assomption 2026 : prions pour la France avant la venue de Léon XIV

Le 15 août 2026, en la fête de l’Assomption, les évêques invitent à prier pour la France et la venue de Léon XIV en septembre.

Séisme en Colombie : Nouvelles de la communauté à Bogotá

Séisme en Colombie : Ramón García fc, Fils de la Charité à Bogotá, rassure sur la communauté et partage des nouvelles après la violente secousse.

Prêtre au travail, une vie au service des autres

Prêtre au travail, Jean-Pierre Maçon, Fils de la Charité, accompagne les personnes précaires et partage sa vocation au quotidien.

Catéchuménat en Île-de-France : les résultats de la consultation

Catéchuménat en Île-de-France : découvrez les résultats de la consultation et les prochaines étapes de l’Assemblée ecclésiale provinciale.

De l’immigration en France : un livre documenté pour dépasser les idées reçues

Patrick Weil démonte les idées reçues sur l’immigration et propose des solutions concrètes pour un débat éclairé, documenté et apaisé.

Où les étoiles tombent : un hymne à la vie après l’accident

Recension du livre Où les étoiles tombent de Cédric Sapin-Defour, un récit bouleversant sur l’amour, l’épreuve, la reconstruction et l’espérance.

Complexe scolaire père Michel Gobin à Brazzaville : 86,95 % de réussite

Le Complexe Scolaire Catholique du père Michel Gobin à Brazzaville affiche 86,95 % de réussite au Baccalauréat et poursuit sa mission éducative.

La vidéo du pape, prier chaque mois en Eglise

La Vidéo du Pape diffuse les intentions de prière mensuelles du Saint-Père. Nous nous associons à la prière mondiale de l’Eglise.

Aqua de Gaspard Koenig : une source au cœur du village

Aqua de Gaspard Koenig raconte un village normand confronté à la modernité, à la gestion de l’eau et aux enjeux politiques locaux.

Premiers pas dans le ministère sacerdotal à Kinshasa, Brazzaville et Bogotá

Christian Basila fc à Kinshasa et Gilles Miakoumoutima fc à Brazzaville témoignent de leurs premiers pas dans le ministère sacerdotale.

Share This