Pierre Rosanvallon, Les Epreuves de la vie. Comprendre autrement les Français

22 Oct 2021 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : Seuil Editions

Pierre Rosanvallon, Les Epreuves de la vie. Comprendre autrement les Français

Voici un livre que l’on attendait, documenté à souhait, qui met des mots sur notre malaise face à des événements que ne nous ne comprenons guère. Comprendre autrement ce que nous vivons, Pierre Rosanvallon, historien et auteur reconnu, nous avertit : la vraie vie des Français n’est pas dans les grandes théories ou les moyennes statistiques, ou les sondages : ils n’ont pas déchiffré la boite noire des attentes, des colères et des peurs, de ce climat de défiance généralisée.

Trois types d’épreuves d’après Pierre Rosanvallon

Penser en termes d’épreuves, d’émotions, deux approches qui font sens lorsqu’on se réfère à l’histoire des deux derniers siècles, nous sommes en France, de la Révolution française et de ses prolongements. L’auteur en distingue trois types, les épreuves de l’individualité, harcèlement, manipulation, mais aussi domination sur les femmes ou sur les salariés ; les épreuves du lien social, où l’on trouve, très développée et particulièrement éclairante, la description de ce que sont les épreuves du mépris, de l’injustice et de la discrimination, ressenties comme intolérables dans un monde où l’attention à la valeur de chaque individu s’est imposée comme une exigence démocratique élémentaire ; les épreuves de l’incertitude enfin parce que nous avons pu jusqu’ici nous assurer devant les risques d’un incendie, d’un vol de voiture ou de la maladie mais l’Etat-providence ne sait pas faire devant les nouveaux défis que sont le réchauffement climatique ou les incertitudes géopolitiques.

L’origine de ce livre

Cet ensemble génère une atmosphère d’impuissance, même si les Français n’ont jamais tant manifesté, pétitionné, échangé : le mouvement #MeToo, celui Black Lives Matter, les débats sur l’héritage colonial ou sur les contrôles au faciès ne sont compréhensibles que si on les rapporte à l’attention portée aujourd’hui aux phénomènes de discrimination. Tous ces mouvements contrastent singulièrement avec la longue grève emblématique de l’automne 1995 aux revendications sociales et syndicales traditionnelles. Si celles-ci conservent évidemment leur importance, elles ne sont plus centrales ; c’est la prise en compte de ce déplacement qui est à l’origine de ce livre.

D’abord une question sociétale

L’épreuve ? Elle est ce qui m’atteint personnellement. Ainsi l’épreuve du mépris. Plusieurs fois dans ce livre, il est question des Gilets jaunes. Dès le deuxième mois, ils avaient obtenu des milliards d’euros mais le mouvement ne s’est pas arrêté. Ils s’en sont pris non au MEDEF mais aux institutions politiques et au président de la République et son arrogance ; ce qui les réunissait, ce n’était pas une augmentation de salaire à négocier mais le sentiment d’avoir été méprisés, le ressentiment de ceux que l’on n’écoute pas : « Nous voilà, nous existons, vous ne pouvez pas nous faire taire. »

Nous devons comprendre que le monde a changé, que l’on n’est plus dans les années 80 où les politiques pouvaient régler les questions à coup de milliards d’euros ; aujourd’hui, ce ne sont pas ces intérêts qui ont une place centrale, mais un désir d’égalité, qui reconnaît la singularité de chacun et son rôle dans la société. La question sociale est devenue d’abord une question sociétale.

Les statistiques disent l’ampleur d’une réalité (le chômage, les abus sexuels par exemple) mais on ne peut les utiliser avec l’orgueil de ceux qui savent. Dans cette France de la révolution contre les privilèges, l’auteur retrouve la modernité du respect, de la dignité, du besoin de reconnaissance, de la confiance, de l’attention aux réalités vécues, en bref à l’histoire personnelle. Tout ce qui nous sort des stéréotypes et des préjugés hautains. « Ne juge pas ton frère », voici un des plus anciens “commandement” de l’histoire chrétienne, décidément d’une grande actualité.

Gérard Marle fc

Pierre Rosanvallon est historien et sociologue, professeur émérite au Collège de France.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Carême avec le Père Anizan – 20 février 2026

Bon chemin de Carême à tous avec le père Anizan, avec un visuel par jour, du 18 février 2026 à Pâques le 5 avril 2026

Carême avec le Père Anizan – 19 février 2026

Bon chemin de Carême à tous avec le père Anizan, avec un visuel par jour, du 18 février 2026 à Pâques le 5 avril 2026

Carême avec le Père Anizan – 18 février 2026

Bon chemin de Carême à tous avec le père Anizan, avec un visuel par jour, du 18 février 2026 à Pâques le 5 avril 2026

Session WELCOME 2026 : Relever les défis de la mission en France

Comment les religieux venus d’ailleurs s’adaptent-ils à la mission en France ? Retour sur la session WELCOME 2026 : interculturalité, laïcité et vie consacrée.

Gilles Miakoumoutima fc et Christian Basila fc, nouveaux diacres

Gilles Miakoumoutima fc (République du Congo) et Christian Basila fc (RDC) ont été ordonnés diacre le 14 février 2026, à Riano en Italie.

Retour sur l’Edition Spéciale Famille Anizan 2026

Lettres inédites du P. Anizan et vers le centenaire des Auxiliatrices de la Charité lors des retrouvailles de la Famille Spirituelle Anizan 2026

Rêver en grand, agir ensemble : La force de la jeunesse avec l’ACE

Les 7 et 8 février 2026, l’ACE s’est réunie autour de la résolution “Vivons nos rêves ensemble”, moteur des clubs pour 2025-2027.

“J’ai vu la main de Dieu”: le témoignage de Gratia Ngisi fc

L’archevêque de Kinshasa ordonnera diacre Gratia Ngisi fc le 7 février 2026 en la Cathédrale Notre-Dame du Congo. Il témoigne de sa vocation.

Livret de Carême 2026 : un rendez-vous quotidien avec l’Evangile

Les Fils de la Charité proposent un livret de Carême 2026 : un rendez-vous quotidien pour méditer l’Evangile et découvrir la spiritualité du père Anizan

“Pedro Meca, un homme libre dans la rue” par Nicolas Clément

Portrait de Pedro Meca op dont la vie donnée à la rue et à l’exclusion révèle une foi en l’homme et en Dieu à travers 50 ans de combat social

Share This