Karina Berger : Les attentives. Un dialogue avec Etty Hillesum

26 Nov 2021 | Livre coup de cœur | 0 commentaires

Auteur de l'article : Gérard Marle fc
Crédit photos : Albin Michel

Karina Berger : Les attentives. Un dialogue avec Etty Hillesum

Que faisait-elle donc là cette photographie d’une “petite marocaine” accrochée au mur de sa chambre, à Amsterdam, devant sa table de travail ? C’est sous son regard qu’Etty Hillesum écrivit ses onze cahiers de mars 1941 à octobre 1942. Karima Berger, née en Algérie, fut sans doute la première à l’avoir remarquée et y être “attentive”. Etty la nourrit de son immense force spirituelle qui se dégage du journal qu’elle a laissé avant de disparaître dans l’enfer nazi le 30 novembre 1943 à l’âge de 29 ans.

Toutes deux en quête de spiritualité, d’intériorité.

Karima Berger fait parler la “petite noiraude de marocaine” toujours là à regarder Etty, avec sa tradition et sa foi musulmane, avec son « ailleurs » à elle. Toutes deux en quête de spiritualité, d’intériorité. Attentives à ce qui se passe en elles-mêmes et donc dans le monde, puisque leur spiritualité balaie ce qui nous empêche de voir, plus exactement de regarder. Ouvrir des horizons, voilà ce que leur permet leur foi. Pour laisser Dieu advenir en elles, il ne faut pas craindre de faire le ménage, de faire le vide. “Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois je parviens à l’atteindre. Mais plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le remettre au jour” écrit Etty.

Itinéraires singuliers, l’une, juive, hollandaise, russe aussi, Karima l’appelle “petite sœur orientale” ; et l’autre, musulmane, à cheval sur les deux rives de la Méditerranée ; toutes deux viennent d’ailleurs ; toutes deux passionnées de Dieu pour lequel nous devons trouver un toit dans le cœur des humains quels qu’ils soient.

Aimer les gens, c’est une prière élémentaire d’après Karina Berger

“Je suis là près de toi”. Dieu n’est donc jamais loin pour peu que l’on soit attentive à soi et au monde. Etty est fille du judaïsme, même longtemps négligé, par son attachement au visage, au regard. Au camp de transit de Westerbork vers Auschwitz, Etty raconte : “Parfois, je m’asseyais à côté de quelqu’un, je passais un bras autour d’une épaule, je ne parlais pas beaucoup, je regardais les visages.” C’est dans cette attention à chacun y compris à son ennemi que Dieu peut se donner à “voir” comme étant “tout près de nous”. “Dieu ne vient pas si souvent me visiter”, écrit Karima, mais elle cite Etty “Si j’aime les êtres avec tant d’ardeur, c’est qu’en chacun d’eux, j’aime une parcelle de toi, mon Dieu. Je te cherche partout dans les hommes et je trouve souvent une part de toi. Et j’essaie de fouiller dans les cœurs des autres pour te mettre au jour. ” Pour elles deux, aimer les gens, c’est une prière élémentaire qui aide à vivre et donne le goût de Dieu.

A la clé une puissance de vie fabuleuse : “Vous êtes rayonnante” lui a-t-on dit dans le camp de transit. Son secret tient en ses derniers mots jetés du train qui l’emportait à la mort : “Le Seigneur est ma chambre haute”.

Gratitude envers Dieu

Un jour Etty s’est surprise à se mettre à genoux dans sa salle de bain, elle qui ne savait pas le faire, parce que personne ne lui avait appris, mais il y a des gestes qui viennent de plus loin et qui s’imposent un jour. Puis il y a la façon de prier où la musulmane se retrouve encore, les mains ouvertes qui se prolongent par le livre ouvert, les mots tracés sur le rouleau biblique ou sur les tentures noires qui enveloppent la Kaaba ; il y a les yeux enfouis dans les mains et non pas tournés vers le ciel loin des tourments de la terre, l’immensité de l’univers et sa beauté toujours inattendue, le jasmin, le géranium, l’arbre à la fenêtre. Il y a pour elles deux une gratitude envers Dieu, une confiance inébranlable qui leur font écrire que la vie est belle. Que l’on peut s’abandonner dans la main de Dieu.

Un jour, Etty vit un vieil homme passer à bicyclette avec une étoile jaune accrochée fièrement à son manteau ; signe d’une mort prochaine, non, ce “jaune était terriblement radieux”, il était déjà la marque des vainqueurs.

Gérard Marle fc

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

10 ans de fidélité, le témoignage de Lewis Moundanga fc

Le père Lewis Moundanga fc a été en mission à Kinshasa, Abidjan, Grigny et à Saint-Ouen. Il témoigne de sa vie religieuse depuis 10 ans.

La vidéo du pape, prier chaque mois en Eglise

La Vidéo du Pape diffuse les intentions de prière mensuelles du Saint-Père. Nous nous associons à la prière mondiale de l’Eglise.

Rencontre européenne de Taizé à Paris 2025-26

Grigny-Ris Orangis, Saint-Ouen, Sainte-Hélène à Paris et La Courneuve accueillent des jeunes pour la 48ème Rencontre européenne de Taizé 2025-26

Nos cœurs invincibles par Tala Albanna et Michelle Amzalak

Depuis un an et demi, Tala Albanna et Michelle Amzalak, étudiantes, s’envoient des lettres dont Dimitri Krier, jeune journaliste au Nouvel Obs, a fait un livre magnifique.

107 ans de fondation de la Congrégation des Fils de la Charité

A Noël 1918, le père Anizan fondait les Fils de la Charité. Nous fêtons 107 ans de fondation et la naissance du Christ. Bonne année 2026 !

Hommage au père Jean Naert fc (29/01/1928 – 19/12/2025)

Jean Naert fc est décédé le 19 décembre 2025 après une vie pastorale au Québec, Villeneuve-Saint-Georges, Sallaumines, Saint-Ouen, Valenciennes, Issy-les-Moulineaux, Auxerre, Gentilly, Colombes.

Aucune nuit ne sera noire par Fatou Diome

Dans ce récit initiatique de Fatou diome, un vieux loup de mer va préparer son mousse à se lancer sur l’océan de sociétés méconnues.

Porter la lumière au cœur des fragilités

Roger Mimiague fc vit à Lourdes une “Demeure des Sources Vives”, un hébergement pour personnes en difficulté psychique, au cœur des fragilités

Invitation à la pièce “Au nom de la mère” le 24 mars 2026

Les Fils de la Charité en partenariat avec le Pôle BEL vous invitent à la représentation de la pièce de théâtre “Au nom de la mère” le 24 mars 2026 à Issy-les-Moulineaux

Défense du pain et du vin par Benoît Sibille

Pour Benoît Sibille “Le pain et le vin ont perdu le goût de ce pain pétri de nos vies humaines pour devenir une marchandise comme une autre”.

Share This